Pornographie en ligne : le gouvernement français veut armer les parents

En 2018, une étude OpinionWay évaluait à 62 % la part des jeunes à avoir vu des images pornographiques avant d'entrer au lycée. [Unsplash/Charles Deluvio]

A l’occasion du SafeR Internet Day, et alors que plus d’un jeune sur deux a déjà vu du contenu pornographique avant ses 15 ans, les secrétaires d’Etat au Numérique Cédric O et à l’Enfance Adrien Taquet inaugurent aujourd’hui une nouvelle plateforme pour aider les parents à protéger leurs enfants de cette exposition.

Vidéos explicatifs, tutoriels, liens vers des applications de contrôle parental… La nouvelle plateforme Je protège mon enfant est lancée aujourd’hui par le gouvernement pour armer les parents contre un phénomène à la hausse : l’exposition des enfants à la pornographique en ligne.

En 2018, une étude OpinionWay évaluait à 62 % la part des jeunes à avoir vu des images pornographiques avant d’entrer au lycée.

Plus inquiétant encore, ils étaient 69% à estimer que le porno a eu un impact : s’ils étaient 23% à concéder que cela les avait informés, 23% admettaient que cela leur avait créé des complexes et 13% ressentaient une forme de presse sur leurs performances.

Il est très facile aujourd’hui d’accéder à du contenu pornographique en ligne:  le smartphone arrive en tête des supports utilisés par les jeunes avec 40% pour les garçons et 26% chez les filles selon un sondage Ifop.

Depuis juillet 2020, la loi prévoit de sanctionner les sites pornographiques dont la consultation par un individu « résulte d’une simple déclaration de celui-ci indiquant qu’il est âgé d’au moins dix-huit ans« . Mais, force est de constater que des alternatives sont difficiles à mettre en place. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel, habilité pour reconnaître et punir ces infractions, a été saisi pour la première fois en novembre dernier à ce sujet.

Le "Safer Internet Day" : Ensemble pour un meilleur Internet

À l’occasion de la Journée mondiale pour un internet plus sûr, Mariya Gabriel s’exprime sur le soutien devant être accordé aux jeunes en matière d’éducation aux médias pour leur permettre d’éviter les écueils semés par la désinformation.

Des conséquences bien réelles

A l’inverse dès l’époque des cassettes pornographiques que l’on pouvait trouver en farfouillant, le contenu est désormais « direct » mais surtout « direct dans sa brutalité, » la psychiatre Gabrielle Arena explique. « Cette brutalité et cette consommation facile est préoccupante, » reconnaît-elle.

Selon la spécialiste, les conséquences s’inscrivent dans plusieurs temporalités. Il y a d’abord le choc, face aux corps d’adulte qui sont différents. Il se produit « une impression de décalage » pour l’enfant dont le corps est encore en évolution, notamment au niveau des organes génitaux. Cela peut ainsi générer un malaise, des complexes et même parfois « un sentiment de dégoût« .

Puis, lorsqu’ils deviennent sexuellement actifs — en 2014, on estimait à 16,2 ans l’âge moyen du premier rapport sexuel en France, sans différence notable entre les sexes — Gabrielle Arena note que la consommation précoce de contenu pornographique a parfois empiété sur « l’imaginaire et fantasme« . Sans compter que la pornographie ne reflète pas toujours le réel dans son rapport au corps, à l’autre et au plaisir. En 2017, 41% des ados avouaient avoir essayé de reproduire des pratiques vues dans des films.

Bien que les parents soient peut-être « les moins bien placés pour parler de sexualité« , elle les invite à ne pas fuir le sujet pour autant. Pour la psychiatre, il s’agit d’anticiper l’exposition des enfants — 53% des ados sont tombés par inadvertance sur un vidéo à caractère pornographique selon le sondage Ifop — en expliquant que cela existe et les raisons pour lesquelles cela peut être inapproprié. Il faut inviter l’enfant à pouvoir en parler librement, « déconstruire » ce qu’il a vu et insisté sur le fait que « c’est du cinéma, ce sont des acteurs qui sont payés et qui sont tout le temps dans la performance« .

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer