Recycleries du sport : « transformer le déchet en ressource locale »

Collecter, réparer, réutiliser : le pari des recycleries du sport pour rendre le sport plus éco-responsable. [Matthieu roux/Shutterstock]

Donner une deuxième vie au matériel et œuvrer pour un sport zéro déchet : c’est le but des recycleries du sport. Apparues en France il y a quelques années seulement, elles connaissent depuis un essor inexorable qui doit se poursuivre en 2021 avec l’ouverture de plusieurs nouveaux locaux.

La première recyclerie du sport a vu le jour dans l’Hexagone en 2015. La Recyclerie Sportive, qui dispose aujourd’hui de deux locaux à Paris et un troisième à Bordeaux, est « née d’une rencontre », raconte son cofondateur Marc Bultez. Rencontre entre lui-même, travaillant dans le milieu du sport, et Bérenice Dinet, professionnelle de la gestion des déchets, qui engendrait la réalisation qu’il était possible de « transformer le déchet en ressource locale tout en rendant le sport plus accessible à tous ».

Car entre, d’un côté, le constat qu’une infime partie seulement du matériel de sport potentiellement réutilisable trouve effectivement une deuxième vie et, de l’autre côté, des prix du matériel neuf empêchant les personnes défavorisées à en acquérir, il existe une grande marge de manœuvre. Les recycleries du sport permettent de faire d’une pierre deux coups.

Un engagement écologique et solidaire

Le principe est simple : « On suit la logique des cinq ‘R’ – réduction des déchets, réparation du matériel, réemploi, réutilisation et recyclage », explique Marc Bultez.

Chaque « R » se traduit par des actions concrètes. Pour réduire les déchets, l’association mène des animations de sensibilisation auprès du grand public – plus de 400 par an. Elle anime également des ateliers de co-réparation, apprenant aux intéressés comment réparer et entretenir eux-mêmes leur matériel sportif. Enfin, la Recyclerie Sportive remplit un grand travail de collecte de matériel que les employés et bénévoles de l’association tentent ensuite de revaloriser au maximum : par la revente à des prix solidaires du matériel deuxième main ou encore par la réutilisation du matériel à des fins artisanaux (le « upcycling ») – et, en dernière option, par le recyclage. De cinq tonnes de matériel récupéré en 2015, la Recyclerie Sportive est passé à plus de 100 tonnes en 2020 et prévoit l’ouverture de deux nouveaux locaux en cours de cette année, à Chambéry et à Marseille.

Clubs de foot zéro gaspillage : "On sent la volonté de bien faire chez les gens"

Réduire la production de déchets lors des manifestations sportives reste un défi pour les clubs de football en France. Dans le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire, une collectivité publique accompagne des clubs pour atteindre l’objectif zéro gaspillage.

Elle n’est pas seule dans cette action. Des recycleries du sport fleurissent un peu partout dans l’Hexagone. À l’instar du Hangar du Sport, né au Pays Basque en 2017 à partir du constat que « beaucoup de matériel traine et rouille chez les particuliers », selon le responsable de la recyclerie, Lionel Lefèvre. Fort d’une boutique réemploi et d’ateliers de réparation, « on peut retaper une petite jeunesse » à beaucoup d’articles de sport. Ici aussi, un axe d’engagement prioritaire consiste dans la sensibilisation et l’apprentissage de bonnes pratiques : « Si elle est bien entretenue, une paire de ski peut faire dix ans de plus », explique Lionel Lefèvre. Outre la collecte, la valorisation et la revente de matériel de sport, le Hangar du Sport permet par ailleurs l’échange de matériel, par exemple pour les vélos d’enfants.

Améliorer les pratiques et « rendre le sport plus responsable », c’est ce qui a motivé également la création de SupporTerre, raconte Julie Chalaux, codirectrice de cette recyclerie du sport qui a ouvert ses portes à Nantes en 2019. Comme ses consœurs, SupporTerre mise sur la collecte et revente – ou occasionnellement le don – de matériel de sport, mais également sur un volet important de sensibilisation auprès des clubs de sport locaux sur des pratiques plus responsables. Un autre axe d’action consiste dans le « upcycling utile », explique Julie Chalaux. « On transforme par exemple des maillots de running qu’on ne peut pas revendre en banderoles ou en sacs réutilisables » – ou encore, des barres de baby-foot en porte-manteaux.

Des alternatives pour une transition écologique « joyeuse »

Des ateliers créatifs de upcycling, c’est aussi au programme de Lezprit Réquipe, recyclerie du sport lancée tout juste en octobre 2020 à Montpellier. « Nous voudrions repenser notre mode de consommation dans le sport et essayer de proposer des alternatives », explique son fondateur, Kevin Blanchard. Alternatives « concrètes, ambitieuses » mais également « joyeuses » – car trop souvent, la transition écologique serait associée à la sobriété et aux restrictions.

Bien au contraire, les recycleries du sport proposent un modèle gagnant-gagnant fondé sur la solidarité locale et la valorisation d’articles trop souvent traités comme déchets prématurément. Et si toutes les initiatives se ressemblent, chacune apporte aussi des solutions individuelles au défi du sport zéro déchet. « C’est ce qui fait la force de ce type de projet« , estime Julie Chalaux. « Chaque territoire a ses spécificités et les recycleries du sport permettent de s’y adapter. »

Les engagements divers se soldent par un succès grandissant – vecteur, également, de créations d’emploi. La Recyclerie Sportive, à titre d’exemple, engage aujourd’hui une quinzaine de salariés, plusieurs volontaires en service civique et de nombreux bénévoles. Ces derniers font aussi vivre les autres recycleries – Lezprit Réquipe en cherche par ailleurs activement, tout comme de plus grands locaux. La dynamique entamée en 2015 dans l’Hexagone semble loin de s’essouffler.

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