Stimuler l’emploi pour sortir la zone euro de la crise

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La crise de la zone euro a entraîné l’Europe dans une récession qui ralentit aujourd’hui l’économie mondiale, selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques qui a présenté ses nouvelles prévisions pour l’année.

Les économies du G7 devraient croître à un taux annuel de 0,3 % au troisième trimestre de 2012 et de 1,1 % au quatrième trimestre, a indiqué hier (6 septembre) l'OCDE basée à Paris.

L'OCDE a revu à la baisse ses prévisions pour les pays de la zone euro. L’Allemagne est passée de 1,2 % à 0,8 %, dans la mesure où la crise de la dette dans la zone euro pèse de plus en plus sur ses grandes économies. Les perspectives de l'Italie se sont encore assombries pour passer de -1,7 % en mai à -2,4 % aujourd'hui. Quant aux estimations pour la France, elles sont passées de 0,6 % à 0,1 %.

« Le ralentissement se poursuivra si les dirigeants ne parviennent pas à trouver des solutions à la cause de la détérioration de la croissance : la crise continue dans la zone euro », a déclaré Pier Carlo Padoan, l'économiste en chef de l'OCDE. 

L'OCDE estime que l'une des principales causes de la perte de confiance des consommateurs est le taux de chômage persistant.

« Le chômage de masse est un phénomène dramatique », a souligné Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, lors de la conférence « Des emplois pour l'Europe » à Bruxelles. « Il a un impact sur le paysage politique et la stabilité politique. L'emploi n'est pas un objectif intermédiaire de nos politiques. C'est le but ultime. »

Entre 2008 et mi-2012, le taux de chômage de l'UE est passé d'environ 7 % à 10,4 % et concerne 25 millions de personnes. Dans la zone euro, 11,2 % de la population active est touchée, soit près de 18 millions de personnes. Plus d'un jeune sur cinq ne parvient pas à trouver un emploi.

L'emploi devient également de plus en plus précaire : près de 94 % des emplois créés pour la tranche d'âge de 15 à 64 ans en 2011 étaient à mi-temps. Quelque 42,5 % des jeunes employés travaillent dans le cadre de contrats temporaires.

En 2011, le chômage de longue durée concernait plus de 10 millions de personnes et le nombre de personnes menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale au sein de l'UE est passé à 116 millions. « Cette situation augmente les risques d’exclusion sociale, de pauvreté et de troubles mentaux », a expliqué Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE.

Même si la crise a clairement pesé sur l'emploi en Europe, Bruxelles est consciente que d'autres éléments entrent aussi en compte.

La concurrence internationale des forces de travail éduquées dans les économies émergentes force les Européens à s'adapter et à améliorer leur compétitivité qualitative, a déclaré M. Van Rompuy avant d'ajouter que les réformes n'allaient pas à l'encontre de la solidarité, mais représentaient plutôt le seul moyen de la garantir pour l'avenir.

Reprise créatrice d'emplois, mais pas uniquement

L'économiste et lauréat du prix Nobel Christopher Pissarides a fait part de sa solution pour un marché du travail dynamique qui permettrait à l'Europe de sortir de la récession : l'UE ne devrait pas se concentrer uniquement sur une reprise créatrice d'emplois comme elle l'a fait dans son paquet pour l'emploi en avril dernier.

Les propositions de ce train de mesures se concentraient sur la création d'emploi du point de vue de la demande en établissant différents moyens pour que les États membres stimulent l'embauche en réduisant les taxes sur le travail et en soutenant davantage la création d'entreprise. « C'est une bonne politique de lutte contre la récession », mais les pays ne devraient pas trop compter dessus pour une croissance de la production durable, explique l'économiste.

M. Pissarides a ajouté que l'insistance de la Commission sur l’économie verte, les services de santé et les TIC n'étaient que des mesures à court terme. Les emplois verts et des TIC n'augmenteront pas de beaucoup le taux d'emplois nets, a-t-il souligné. Selon lui, les TICS représentent un secteur trop restreint et les emplois verts sont voués à détruire les « emplois sales ». L'Europe a besoin d'emplois dans d'autres secteurs de services comme l'éducation, le commerce de détail, le transport et les services de santé.

Salaire minimum et formation pratique

Dans bon nombre de ces secteurs, le niveau de salaire minimum devient un élément clé. M. Pissarides a indiqué que l'Europe devait conserver des salaires minimums bas pour encourager les entrepreneurs à créer des emplois.

M. Gurria est du même avis : « En rapprochant les salaires minimums des salaires moyens, on crée un paradoxe et on empêche les nouveaux arrivants d'accéder au marché de l'emploi. Et qui sont ces nouveaux arrivants ? Les jeunes. Les entrepreneurs sont découragés et ne créent pas de nouveaux emplois », a-t-il déclaré.

Les programmes de formation pratique et d'apprentissage professionnel sont un bon moyen de combler le fossé entre l'éducation et l'emploi, comme le souligne l'UEAPME, l'organisation représentant les petites et moyennes entreprises.

En Italie, la région de la Toscane a réussi à fournir l'année dernière des formations et des emplois à 35 000 de ses 53 000 jeunes au chômage, grâce à l'effort combiné des autorités locales et des entreprises. La moitié des jeunes ayant participé à ce programme ont été confirmés et ont obtenu un emploi permanent à plein temps.

« Cela montre clairement que les jeunes à qui l'on donne un minimum de règles et de dignité relèvent le défi et réussissent à convaincre leurs employeurs que leur entreprise ne peut plus se passer d'eux »,  a déclaré Enrico Rossi, le président de la Toscane.

L'Italie vient d'adopter une réforme du travail qui repose sur cinq piliers, dont la flexibilité pour l'entrée sur le marché du travail.

« L'apprentissage professionnel a été identifié et soutenu comme le meilleur moyen d'entrer sur le marché du travail. Il s'agit de favoriser les travailleurs compétents, qualifiés et plus productifs et d'encourager les relations de travail stables », a expliqué Elsa Fornero, la ministre italienne du travail. Elle a souligné que l'Allemagne et l'Italie avaient défini un calendrier pour partager leur expérience et mettre leurs efforts en commun. Ce calendrier encourage également la mobilité internationale de la jeunesse.  

« La dégradation des conditions du marché du travail a durement touché les revenus de nombreux Européens. Même si ces revenus étaient protégés par des stabilisateurs automatiques dans la plupart des États membres lors de la phase initiale de la crise entre 2009 et 2011, le revenu des ménages a récemment chuté dans deux ou trois États membres. Cette situation a considérablement affaibli la demande globale et les perspectives de croissance de l'UE », a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

« Il est temps pour nos dirigeants de faire face à la réalité : l'austérité tue l'emploi et aucune discussion sur la réforme des politiques de l'emploi ne pourra changer cela. Le mouvement syndical européen est prêt à relever le défi et à prendre ses responsabilités. Nous appelons nos partenaires sociaux du patronat à en faire autant, au niveau européen et national. Les travailleurs européens le demandent et ils le méritent », a déclaré le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, Bernadette Ségol.

Selon le CES, les réformes structurelles du marché du travail sous forme de déréglementation de la loi sur la protection de l'emploi, de démantèlement des structures étendues de négociation collective, de promotion de marchés du travail plus flexibles et de politiques qui augmentent la précarité du travail ne créeront pas nouveaux emplois durables. Au contraire, ils remplaceront les emplois de qualité par des emplois précaires et mettront à mal la confiance des travailleurs européens. 

Le secrétaire général de l'UEAPME, Andrea Benassi, a quant à lui déclaré : « Il faut se pencher sur les questions de la réglementation du marché du travail, les coûts du travail, la  flexicurité et la formation professionnelle continue. Tous ces points doivent être mieux adaptés à la réalité des petites entreprises et les microsociétés avec peu d'employés, pour un marché du travail réellement dynamique et opérationnel ».

Elsa Fornero, la ministre italienne du travail, des politiques sociales et de l'égalité des chances, a souligné que le dynamisme et la flexibilité se traduisaient par la mobilité de la main-d'œuvre. Ces éléments doivent être renforcés par des instruments efficaces et la suppression des derniers obstacles à la libre circulation des travailleurs. Une mobilité de la main-d'œuvre efficace et renforcée au sein de l'UE pourrait permettre de mieux fonctionner sur le marché unique, qui représente la principale source de croissance. 

Le directeur des affaires sociales de BusinessEurope, Maxime Cerutti, s'est exprimé ce matin lors de la conférence de la Commission « Des emplois pour l'Europe: la conférence sur la politique de l'emploi ».

Il a souligné que l'objectif de la politique européenne de l'emploi devrait être d'augmenter la productivité et la compétitivité des travailleurs européens. En substance, cela implique deux dimensions :

« À l'échelle nationale, renforcer la compétitivité du travail nécessite un processus d'adaptation continu sous forme de réformes du marché du travail et dans le contexte de stratégies complètes de flexicurité », a-t-il déclaré.

« Au niveau européen, il faut lancer une politique complète pour l'emploi de manière à coordonner la stratégie européenne pour le marché du travail avec d'autres domaines à fort potentiel d'emploi. Il faut notamment renforcer et développer le marché unique, la politique industrielle et les accords du commerce international », a ajouté M. Cerutti.

Dans le paquet pour l'emploi adopté en avril 2012, la Commission a proposé une nouvelle approche pour la politique de l'emploi. L'exécutif européen propose un modèle basé sur l'emploi, où le travail est la ressource la plus précieuse et où l'emploi productif est une source de croissance et non une conséquence de la relance.

Lors du Conseil européen de juin 2012, les chefs de gouvernement ont adopté un « pacte pour la croissance et l'emploi ». Ce pacte met l'accent sur les solutions face au chômage et aux conséquences sociales de la crise, en référence à des sections du paquet pour l'emploi et la création d'emplois de qualité, les réformes structurelles pour des marchés du travail dynamiques, l'investissement en capital humain et l'amélioration de la surveillance multilatérale des politiques d'emploi.

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