Bruxelles conteste le statut d’économie de marché à la Chine

Conférence de presse de Wang Yi Press. Pékin, 8 mars. [Chinese Foreign Ministry]

Le 8 mars, le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, a déclaré vouloir renforcer les liens commerciaux entre la Chine et l’Europe. Bruxelles hésite encore quant au statut de Pékin au sein de l’Organisation mondiale du commerce.

Le Ministre Wang Yi a organisé une conférence de presse sur la politique extérieure de la Chine en marge d’une session plénière du douzième Congrès populaire national, l’organe législatif national, qui compte 2 987 membres.

« [La politique extérieure chinoise] se concentrera sur la promotion de l’interconnexion des infrastrucures, et sur la construction de couloirs économiques terrestres et de piliers de coopération maritime », a-t-il expliqué, faisant allusion aux priorités chinoises dites « de la route et de la ceinture ».

C’est ainsi que l’on appelle le projet du Président Xi Jinping de connecter l’Asie à l’Europe. La « ceinture » se réfère à une route commerciale terrestre s’étirant de Xi’an, dans le nord-ouest de la Chine vers l’Asie centrale, l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie, avant de traverser le Bosphore pour rejoindre le nord-ouest de l’Europe et de passer par les Pays-Bas et ‘Allemagne pour de rejoindre l’Italie.

Quant à la « route », il s’agit d’une connexion maritime partant de la Chine et de l’océan Indien, contournant l’Afrique pour rejoindre la « ceinture » terrestre à Venise, point de départ européen de l’ancienne route de la soie vers le Catai.

Un statut pratique, et de prestige

Cette déclaration survient alors que l’exécutif européen s’interroge sur le statut de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’organisation qui régit le commerce mondial depuis Genève.

À son entrée à l’OMC, en 2001, la Chine a été enregistrée comme une économie non marchande. Cette question doit être reexaminée en 2016, et certains spécialistes estiment que Pékin devrait recevoir le statut d’économie de marché automatiquement.

L’obtention de ce statut a des conséquences sur le niveau de sanctions possibles contre le pays. Des amendes plus lourdes s’appliquent par exemple aux économies non marchandes en cas de dumping. La Chine est désireuse de se débarrasser de son étiquette d’économie non marchande pour des raisons pratiques, mais également pour redorer son blason au sein de l’organisation.

« La Commission a examiné les progrès de la Chine en ce qui concerne la réforme de son économie selon des principes de marché depuis suffisamment d’années pour pouvoir décider si elle peut être considérée comme une économie de marché ou non lors d’une enquête de défense commerciale », a déclaré à EURACTIV un porte-parole de l’exécutif.

La Chine ne remplit pas les critères, selon la Commission

Il n’y a pas d’approche consensuelle quant à l’obtention du statut d’économie de marché, et chaque nation ou bloc membre établit donc son propre processus décisionnel. « À ce jour, notre analyse montre que la Chine ne remplit pas tous les critères du statut », a déclaré le porte-parole de la Commission.

La question du statut de Pékin et la possibilité d’une accession automatique du pays au statut d’économie de marché devra faire l’objet d’une « réflexion plus détaillée de la Commission », explique-t-il.

Des analystes commerciaux estiment que la Commission devrait fournir une feuille de route sur la prise de décision avant l’été. Cette question est soulevée dans un contexte politique tendu, puisque l’Europe espère attirer des investissements chinois, notamment en ce qui concerne son économie numérique, source de frictions croissantes avec les États-Unis.

« Il est de plus en plus évident que le réel défi de la concurrence viendra de l’est pour l’Europe, et surtout de la Chine, qui adopte une attitude protectionniste et expansionniste afin d’assurer sa dominance du marché numérique », peut-on lire dans un avis du Project Syndicate datant du 23 février. Cet avis a été écrit par Robert Atkinson, fondateur de l’Information Technologyand Innovation Foundation, un groupe de réflexion basé à Washington, et Paul Hofheinz, président du groupe de réflexion bruxellois du Lisbon Council.

« Si l’Union européenne et les États-Unis ne collaborent pas pour contrer la Chine sur ce front, ils risquent d’ouvrir la porte en grand à un régime réglementaire basé sur des principes contraires aux valeurs fondamentales des deux plus grands acteurs du marché occidentales », estiment-ils.

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Contexte politique tendu alors que l’UE espère attirer les investisseurs

« Nous sommes convaincus que l’initiative de la route et de la ceinture gagnera encore plus de soutien et engendrera encore plus de retombées positives, afin de catalyser la revitalisation du continent eurasien dans son ensemble », a assuré Wang Yi lors de sa conférence de presse.

Quand les journalistes lui ont demandé de comparer le projet chinois au plan Marshall, grâce auquel les États-Unis ont fourni des milliards de dollars d’aide à l’Europe après la Deuxième Guerre mondiale, le ministre a répondu : « [L’initiative ‘de la route et de la ceinture’] est un produit de coopération inclusif, et non un instrument de géopolitique, et ne doit pas être envisager avec une mentalité de guerre froide obsolète. »

La relation entre Pékin et Bruxelles n’a pas été mentionnée dans la suite de la conférence de presse. Le ministre des Affaires étrangères a ensuite discuté de la visite du Président Xi Jinping à Washington, prévue pour le courant de l’année, suite à l’invitation de la Maison-Blanche, la bonne santé des relations avec la Russie, le froid entre la Chine et le Japon, ainsi que l’Afghanistan, l’Afrique, le Myanmar et l’Inde.

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Quant aux activités chinoises sur les îles et récifs de la mer de Chine méridionale, source de tensions dans la région Asie-Pacifique, Wang Yi est catégorique : « Contrairement à d’autres pays, nous ne construisons pas de façon illégale chez nos voisins. Et nous n’acceptons pas les critiques d’autres pays alors que nous ne faisons que construire des infrastructures dans notre propre jardin. »

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Contexte

Les relations entre l'UE et la Chine ont été établies en 1975 et sont régies par l'accord de commerce et de coopération de 1985 ainsi que par sept autres accords contraignants.

Outre la rencontre annuelle des dirigeants, ces accords s'articulent autour de trois piliers principaux : le dialogue économique et commercial de haut niveau (lancé en 2007), le dialogue stratégique (2010) et le dialogue direct de haut niveau (2012).

La Chine est la troisième plus grande économie au monde, après les États-Unis et l'UE. Ces dix dernières années, les flux commerciaux et financiers croissants entre l'UE et la Chine ont considérablement renforcé leur interdépendance économique. L'UE est le premier partenaire commercial de l'empire du Milieu, qui est à son tour son second partenaire commercial principal.

En 2012, les dirigeants européens et chinois ont accepté d'intensifier les discussions techniques pour « commencer dès que possible » à négocier un accord sur les investissements.

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