Fusion avec DoubleClick : Google tente d’apaiser les craintes sur la protection de la vie privée [FR

La fusion prévue entre Google et DoubleClick, le principal fournisseur d’outils publicitaires, n’impliquera pas la création d’une base de données unique sur les informations relatives aux consommateurs, a déclaré Peter Fleischer, le responsable de la protection des données personnelles de Google, afin d’apaiser les craintes croissantes en Europe sur la protection de la vie privée.

Au cours de l’audience  au Parlement européen le 19 janvier, M. Fleischer a souligné que l’intérêt de Google à racheter DoubleClick reflète principalement sa volonté d’entrer sur le marché des outils publicitaires de mesure d’audience (ad-serving).

D’après M. Fleischer, le rachat n’impliquera pas la fusion des bases de données des deux entreprises, principalement parce que DoubleClick ne possède pas les données de ses propres clients. 

M. Fleischer a expliqué que l’entreprise de publicité en ligne peut uniquement utiliser les données obtenues en mesurant l’audience publicitaire afin de fournir des informations générales et anonymes. Ce sont les éditeurs ou les entreprises publicitaires, pour qui travaille DoubleClick, qui possèdent les données. Il ajoute que les clients de DoubleClick n’apprécieraient pas du tout qu’une personne tente de rompre leurs engagements contractuels en partageant des informations entre publicitaires.

A Bruxelles, beaucoup préfèrent envisager la question sous l’angle de la protection de la vie privée, plutôt que comme une simple affaire de concurrence. Néanmoins, la Commission n’est pas suffisamment compétente pour aborder le sujet depuis cette perspective, dans la mesure où la protection de la vie privée relève de la compétence des Etats membres (EURACTIV 14/01/08). 

En dépit de l’issue de la fusion, les activités de Google sont de plus en plus remises en question en Europe. En effet, les craintes sont principalement ciblées sur la collecte des données personnelles sans le consentement explicite du consommateur ou même sans qu’il en ait connaissance.

Plus précisément, la pratique de Google consistant à proposer des campagnes publicitaires ciblées après avoir collecté les données personnelles des utilisateurs (par exemple, via des recherches effectuées sur son moteur de recherche, par la détection d’adresses IP ou en scannant le contenu des emails, comme ceux des utilisateurs de Gmail) est de plus en plus critiquée.

En réponse, les dirigeants de Google ont affirmé que l’utilisateur était la seule personne en mesure de lire les messages envoyés ou reçus sur sa boîte électronique Gmail. Selon eux, c’est simplement un ordinateur qui fait correspondre les mots de passe dans les emails avec des publicités ciblées. 

Actuellement, le dossier est dans les mains de la DG Concurrence qui examine les violations potentielles de règles antitrust sur le marché intermédiaire de la publicité en ligne.

Ben Novick, responsable de la communication et des affaires publiques de Google à Londres, a confié à EURACTIV qu’en attendant l’opinion de la Commission, toute décision devait s’appliquer à l’ensemble du secteur, et non pas à un cas particulier.

Les eurodéputés et les associations de protection des consommateurs réunis lors de l’audience ont conjointement déclaré que le citoyen moyen comprend peu les questions liées à la protection de la vie privée et la façon dont ses données sont utilisées sur Internet.

Lors de l’audience, un représentant du BEUC a déclaré que la majorité des gens pense que ce qu’ils font sur Internet est bien plus confidentiel qu’en réalité.

La prise de position publiée lors de la conférence de la FEDMA, l'association européenne représentant l'industrie du marketing direct, stipule que les exigences sur la transparence concernant la collecte et le traitement des données personnelles existent, et qu'il ne s'agit pas d'une nouveauté, mais seulement d'une technologie plus rapide. Parallèlement, le document admet qu'il est toujours possible de faire plus pour s'assurer que les consommateurs sachent où trouver les informations relatives à leurs droits et comment leurs données peuvent être utilisées.

En décembre dernier, la FTC (Federal Trade Commission), l’agence fédérale américaine en charge de la protection des consommateurs et de la concurrence, a donné son feu vert à la fusion entre Google et DoubleClick, en basant sa décision uniquement sur les questions liées à la concurrence.

La fusion entre Google, le principal fournisseur d’espaces publicitaires en ligne, et DoubleClick, le principal fournisseur de technologies pour la gestion des annonces, a été négociée au printemps 2007

La décision de la FTC a clairement montré son manque d’autorité. L’agence fédérale est en effet incapable d’ajouter des conditions à la fusion qui ne seraient pas liées à la lutte antitrust. Elle a également révélé qu’imposer des limites à une seule entreprise en se basant sur la protection de la vie privée pouvait être considéré comme anticoncurrentiel.

Google a informé la Commission européenne de ce rachat en septembre 2007. L’exécutif européen a décidé d’ouvrir une enquête approfondie sur la fusion en novembre.

  • 2 avril 2008 : la Commission européenne doit décider si elle autorise ou non la fusion.

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