L’Europe veut son propre service de cloud computing

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La Commission européenne veut promouvoir dès l'automne le développement de services de cloud computing.  Le programme de surveillance Prism pourrait réduire la part de marché mondiale des entreprises de haute technologie américaine.

En juin et juillet 2013, le groupe industriel Cloud Security Alliance a interrogé des parties prenantes sur l'impact des révélations sur le programme Prism. Les conséquences ne se sont pas fait attendre.

En effet un non-résident américain sur dix a retiré ses données d'une entreprise installée aux Etats-Unis. Quelque 56 % seraient aujourd'hui moins enclins à utiliser un service américain de "cloud computing".

Cloud Security Alliance anticipe une perte de 26 milliards d'euros d'ici 2016 pour les fournisseurs américains, soit 20 % de leur part de marchés sur les marchés étrangers.

« Si les clients européens ne peuvent avoir confiance dans le gouvernement des États-Unis, ils n'auront vraisemblablement pas plus confiance dans leurs fournisseurs de cloud », a déclaré Neelie Kroes, la commissaire en charge de la stratégie numérique. « Si je ne m’abuse, les répercussions économiques pour les entreprises américaines s’élèveront à plusieurs milliards d'euros. Si j’étais un fournisseur américain de cloud, je serais plutôt frustré par mon gouvernement actuellement », a-t-elle confié en juillet.

D'après James Staten, consultant senior du cabinet Forrester Research, le secteur était en péril indépendamment des questions de sécurité. Il estime que les fournisseurs américains de cloud délocaliseront certaines activités afin de satisfaire leurs filiales et leurs clients internationaux. Il a ajouté que le secteur perdrait 8 milliards d'euros en plus que les estimations du Cloud Security Alliance.

Les fournisseurs de cloud basés aux États-Unis, dont Amazon, Google et Microsoft, représentent actuellement près de 85 % des marchés mondiaux.

Les Européens espèrent tirer profit du scandale de Prism pour gagner une part de ce marché.

Début juillet, Neelie Kroes a rencontré les responsables du "Partenariat européen de l'informatique en nuage", une initiative qui vise à promouvoir les services européens de cloud.

La commissaire a déploré les différences de règles nationales sur la protection des données, car elles entravent la création d'un « cloud européen ». Elle a réclamé une harmonisation rapide des normes européennes sur la sécurité des réseaux et de l'information afin de garantir que les citoyens et les entreprises d'Europe profitent des avantages d'un cloud sûr et fiable.

Les responsables du partenariat rédigent à présent une charte qui sera prête pour la réunion des chefs d'État et de gouvernement le 22 octobre à Bruxelles. La charte facilitera la création de normes harmonisées afin que les entreprises européennes proposent plus facilement des services de cloud.

En septembre 2012, la Commission a publié la stratégie de l'UE sur le cloud computing. Certains affirment ambitieusement que cette stratégie permettrait d'économiser 600 milliards d'euros entre 2015 et 2020 pour créer jusqu'à plus de 2,5 millions d'emplois. L'objectif de ce document est de déplacer les entreprises "dans les nuages".

Les petites entreprises en bénéficieront le plus et pourraient économiser entre 10 et 20 % dans les TIC en raison des coûts bon marché de l'exploitation du cloud, selon le document stratégique.

Angela Merkel veut un Internet européen

Ce document met en évidence la capacité du cloud computing à agir comme moteur de réductions des coûts et de croissance des bénéfices, principalement dans le secteur des PME.

Plusieurs questions sensibles restent toutefois présentes dans les différentes initiatives politiques, notamment la protection des données, le droit d'auteur et les préoccupations environnementales qui pèsent sur la consommation d'énergie utilisée dans le refroidissement de centres de données.

Selon des enquêtes, les entreprises américaines sont sur la mauvaise pente à la suite du scandale de Prism. Cette situation incitera certainement ces entreprises à accélérer la promotion des services de cloud et l'accord sur la charte cet automne.

Le sujet s'est également immiscé dans la campagne électorale allemande. Angela Merkel, a récemment indiqué que l'Europe devait développer sa propre technologie de l'Internet et se lancer dans la concurrence internationale.

Contexte

Le terme « cloud computing » désigne tout un éventail d'infrastructures, de logiciels, de données ou d'applications stockées à distance et non pas dans des locaux, et accessibles via Internet.

Une étude réalisée par l'université de Milan, publiée fin 2010, estimait que le cloud computing pourrait entraîner la création de 1,5 million d'emplois en Europe au cours des cinq prochaines années. En 2010, le chiffre d'affaires mondial du secteur était estimé à 26,7 milliards d'euros.

Alors que les entreprises et les gouvernements se perdent en grandes envolées lyriques sur les avantages du cloud computing, la Commission reste plus prudente. Une utilisation accrue des systèmes en nuage signifierait en effet qu'une grande quantité de données publiques et commerciales pourrait migrer vers des serveurs éventuellement situés à l'extérieur des frontières nationales, voire sur d'autres continents. 

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