« L’Internet des objets » encourage une impulsion de l’UE en faveur du droit à la vie privée [FR]

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Hier 6 octobre, les ministres européens des Technologies de l’information se sont rencontrés dans le sud de la France pour débattre des questions de vie privée et de sécurité liées à la transition vers un « Internet des objets » qui permettra aux biens de consommation de « parler » entre eux.

La rencontre ministérielle de l’UE à Nice est la première réunion consacrée entièrement à l’Internet du futur. Les points débattus seront repris dans les conclusions du Conseil télécommunication de l’UE qui aura lieu fin novembre 

La  France, qui occupe actuellement la présidence tournante de l’UE, désire introduire de nouveaux droits en matière de protection de la vie privée des consommateurs. 

Un des nouveaux droits prévoit la possibilité de désactiver le système d’identification par radiofréquence (RFID), une sorte de puce intégrée dans les objets et les biens de consommation. 

Les smart tags sont au cœur de « l’Internet des objets ». Ils permettent de stocker des  informations pertinentes et dynamiques à propos d’un objet, comme la pression d’un pneu lors d’un trajet en voiture. Grâce au système RFID, l’information peut être lue à distance à l’aide d’un dispositif spécifique. Si la pression est trop basse, un ordinateur à distance en  informe le conducteur.  

Le problème est la manière dont l’information est utilisée. Des personnes sans  autorisation pourraient avoir accès aux données et obtenir ainsi des informations sur l’utilisateur. Celles-ci pourraient ensuite être utilisées à des fins commerciales ou même criminelles. Les développements technologiques pourraient également permettre de localiser un objet, et par conséquent son propriétaire, dans le temps et dans l’espace. 

Une nouvelle version de « Big Brother » ?

Au Japon, l’utilisation du système est déjà une pratique répandue. Les parents japonais, préoccupés par la sécurité de leurs enfants, intègrent des tags RFID dans les sacs ou les habits de leur progéniture et reçoivent ainsi automatiquement des SMS les informant sur leurs déplacements.    

Préoccupées par l’émergence d’une nouvelle version toute-puissante de Big Brother, les autorités de l’UE ont appelé à une approche plus prudente : le droit de désactiver les tags

Selon les partisans de cette approche, il faudrait contraindre les commerçants d’informer la clientèle au sujet de la présence potentielle d’un tag RFID dans un produit et de bloquer les puces intégrées si le client en formule la demande. 

Localiser les produits dans la chaîne d’approvisionnement

Cependant, les entreprises qui défendent cette technologie affirment que les tags pourraient apporter des avantages énormes. Par exemple, ils permettraient d’extraire plus rapidement et plus facilement des produits dangereux du marché, comme l’a montré le récent scandale du lait frelaté en Chine.  

L’environnement pourrait aussi en tirer profit, affirment les partisans de la nouvelle technologie. Aujourd’hui, les entreprises peuvent utiliser les tags RFID pour localiser des produits dans la chaîne d’approvisionnement. Demain, les produits pourront être localisés au-delà du point de vente ; ils pourront être retrouvés, réparés et enfin recyclés de manière appropriée. 

Comme c’est souvent le cas, trouver le juste milieu entre les deux positions pourrait bien être la réponse au problème. Pour l’instant, la désactivation des tags est un procédé à sens unique. En effet, il est pratiquement impossible de réactiver les tags par la suite. Pour éviter de ne pas pouvoir profiter des avantages potentiels de la démocratisation de l’Internet des choses, l’Europe donne une  impulsion pour la création d’une nouvelle génération de tags, qui pourraient être allumés et éteints par intermittence sur l’ordre du consommateur. Selon ce scénario, l’utilisateur détiendrait le contrôle de sa vie privée, à condition qu’il soit correctement informé.  

Selon Eric Besson, le ministre français chargé du développement de l’économie numérique, qui est intervenu lors de la rencontre ministérielle à Nice le lundi 6 octobre, l’Internet des choses apportera d’énormes avantages économiques et sociaux, mais cette technologie doit rester sous la surveillance des citoyens. Nous devons introduire un droit qui permet de désactiver les tags, a-t-il en outre déclaré. 

Nous devons être sûrs que les consommateurs détiennent le dernier mot concernant la surveillance des tags. Sinon, nous allons recréer le scénario de Minority Report ou de Big Brother, a déclaré Bernard Benhamou, un expert de l’Internet du ministère français de la Recherche. Il a toutefois souligné le fait qu’il n’est pour l’instant pas possible de désactiver les tags. Quand ils sont désactivés, ils sont tout simplement éliminés. Nous devons garantir que la désactivation ne signifie pas la fin de vie d’un tag, a-t-il ajouté.

Viviane Reding, la commissaire à la Société d’information, est allée dans le sens de M. Benhamou. Ses services vont publier en novembre une recommandation qui demandera l’introduction du principe « opt-in », selon lequel les commerçants devront demander à leurs clients s’ils désirent une désactivation des tags. L’autre solution, qui ne sera très probablement pas adoptée malgré le soutien des opérateurs, est le principe « opt-out », qui prévoit que ce soient les consommateurs qui demandent la désactivations des tags (EURACTIV 06/10/08).

Le BEUC, l’organisation européenne des consommateurs, soutient une approche visant à obtenir le consentement préalable des utilisateurs tout en estimant qu’une recommandation n’est pas suffisante. Ces dispositions ne devraient pas prendre la forme d’une recommandation, a déclaré la directrice du BEUC Monique Goyens. A son avis, il faut les inclure dans le cadre d’une législation contraignante. 

Représentant Hitachi, un des plus importants producteurs de dispositifs munis de tags RFID, Ryo Imura a souligné les avantages des tags permanents : la technologie RFID est essentielle pour la traçabilité des produits, au-delà du point de vente également, a-t-il indiqué. A son avis, l’identification par radiofréquence n’est pas destinée uniquement à l’industrie et aux chaînes d’approvisionnement, mais aussi aux gens : les consommateurs peuvent ainsi savoir d’où provient ce qu’ils achètent. Elle peut également les aider en matière d’entretien, de réparation potentielle et de recyclage, a-t-il déclaré lors d’une conférence en marge de la réunion ministérielle. 

Chris Adcock de EPCglobal, un organisme privé de normalisation, a déclaré qu’avec des tags, les récents problèmes causés par les jouets Mattel toxiques ou le lait chinois n’auraient pas atteint une telle envergure. Il a en outre relevé les bénéfices qui se dégageraient pour la lutte anti-contrefaçon. 

« L’Internet des objets » est un concept révolutionnaire qui pourrait énormément influencer le quotidien des Européens d’ici quelques années. 

Il s’agit de donner une identité numérique aux objets afin de stocker des informations pertinentes à leur sujet. Les applications de « l’Internet des objets » sont nombreuses, de la lutte anti-contrefaçon aux questions de santé. Par exemple, un produit contrefait sans numéro d’identification authentique serait immédiatement reconnu comme faux. 

Aux balbutiements d’Internet, seuls quelques ordinateurs étaient connectés entre eux. Aujourd’hui, il en va de même pour les objets : peu d’entre eux sont reliés électroniquement. Toutefois, les progrès sont constants et cette évolution est rendue possible par les tags intelligents basés sur les technologies RFID (identification par radiofréquence), qui fonctionnent comme des code-barres améliorés. 

Ces tags sont embarqués dans un nombre grandissant d’objets. D’après les chiffres de la Commission européenne, environ deux milliards de tags sont utilisés actuellement. Ce chiffre devrait être 300 fois plus important d’ici à la prochaine décennie (lire notre LinksDossier). 

  • 27 nov. 2008 : Conseil télécommunication de l’UE. 
  • 3-8 mars 2009 : le salon CeBIT d’Hannovre devrait se concentrer sur l’identification par radiofréquence et les technologies d’auto-identification. 

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