Les consommateurs se joignent à la bataille contre Google

[Danny Sullivan/Flickr]

La principale organisation de consommateurs de l’UE a rejoint les entreprises plaignantes dans l’affaire Google. Leur grief : le moteur de recherche présente des résultats biaisés.

Le front de plaigants contre le géant de l’Internet s’est élargi. Monique Goyens, directrice du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) a déclaré dans un communiqué du 31 mars que son organisation allait se constituer partie plaignante dans l’affaire Google.

À ce jour, vingt entreprises ont déposé une plainte auprès de la Commission européenne. Elles considèrent que Google, le leader mondial du moteur de recherche sur Internet, profite d’un abus de position dominante.

Microsoft fait partie des plaignants, groupe hétéroclite qui rassemble des agences de voyages en ligne, telles que Expedia et Tripadvisor, le réseau des plus grandes villes d’Europe, Eurocities, les services de cartographie en ligne Streetmap et Hot Map, et des sociétés de e-commerce telles que Deal du Jour.

Il existe plusieurs chefs d’accusation contre les pratiques de recherche de Google. La Commission européenne a déjà ouvert une enquête sur quatre d’entre eux en 2010.

Le point le plus controversé porte sur la manière dont Google affiche les publicités dans son moteur de recherche : de plus en plus de liens payants apparaissent lors des requêtes de recherche pour des voyages, des hôtels ou encore des boutiques.

Ces publicités, ou ces comparateurs de prix, portent progressivement atteinte à la neutralité des résultats affichés, et sont produits par des algorithmes fondés sur la réputation du site Internet et de son affluence.

Les plaignants affirment que Google met en avant ses propres services, ce qui porte atteinte au principe de la concurrence. En outre, la « proposition d’engagements améliorés » faite par la société californienne, et acceptée de façon provisoire par la Commission européenne en février dernier, aggraverait en fait la situation.

FairSearch, un groupe de pression qui rassemble certains des plaignants engagés dans l’affaire Google, affirme que la proposition d’engagements améliorés par la société américaine rapportera un milliard d’euros de plus chaque année au moteur de recherche.

Les consommateurs viennent grossir les rangs

Des consommateurs font part depuis longtemps de leurs inquiétudes quant aux pratiques de Google, mais n’ont pas réussi jusqu’alors à entreprendre des actions judiciaires contre le moteur de recherche américain.

La décision de BEUC d’ouvrir une nouvelle procédure contre Google donne une nouvelle dimension à l’affaire. Il ne s’agit plus seulement d’une entrave à la concurrence, mais aussi d’une atteinte aux droits des consommateurs.

L’organisation des consommateurs s’en prend notamment à la décision provisoire du commissaire à la Concurrence Joaquin Almunia, qui est également chargé de lutter contre les ententes. Celui-ci a en effet accepté les dernières propositions faites par Google.

Selon le communiqué de BEUC, « les consommateurs européens méritent mieux. L’offre actuelle de Google ne correspond pas « aux attentes légitimes  » des utilisateurs ». Google n’a fait aucun commentaire suite à l’annonce de BEUC.

« L’affichage des trois services rivaux à côté des résultats préférés de Google n’est pas fondé sur le mérite, de fait ils ne sont pas neutres. Un tel affichage ne peut que poser des problèmes de concurrence. Ce genre de services n’est pas bon marché, donc donner à Google un pouvoir discrétionnaire trop grand en vue de déterminer quel est le « service concurrent » favorise ceux qui ont le poids commercial le plus lourd », ajoute BEUC.

La position adoptée par Joaquin Alumnia semble ne pas être sous l’influence de telles pressions. Lors d’une récente audition devant le Parlement européen, il a mis en garde contre toute pression intempestive exercée en vue de dénoncer la position de la Commission européenne sur la proposition d’engagements améliorés faite par Google.

Le commissaire a confirmé que sa prise de position est certainement celle qui sera en dernier lieu adoptée en septembre, échéance à laquelle l’affaire devrait être close.

Néanmoins, des dissensions au sein même de la Commission se font sentir. Plusieurs commissaires ont fait entendre leur opposition à la décision de Joaquin Almunia. Google serait d’ailleurs mis sous pression en vue d’obtenir de nouvelles concessions. D’autres options, qui vont au-delà des propositions actuelles, sont examinées.

Selon une source de la Commission, il est nécessaire d’explorer de nouvelles voies afin de répondre aux inquiétudes des consommateurs grâce au recours à d’autres leviers politiques communautaires.

Il peut s’agir d’options qui comprennent des propositions législatives, qui mettraient cependant trop de temps avant d’être opérationnelles. Mais elles peuvent faire partie de l’arsenal stratégique à la disposition de la Commission européenne de peser plus sur Google et ainsi améliorer le règlement proposé.

Contexte

Malgré les restrictions transfrontalières, le commerce en ligne prend lentement de l'ampleur en Europe et devrait représenter un chiffre d'affaires total de 260 milliards d'ici 2015, alors que le secteur représentait 159 milliards en 2011.

Une part en augmentation constante de l'activité en ligne passe par la recherche en ligne. Pour nombre d'utilisateurs, la recherche en ligne est le principal point d'accès à Internet et, par conséquent, au commerce en ligne.

De façon inévitable, cette situation soulève des inquiétudes quant au rôle dominant joué par Google, qui est de loin le moteur de recherche le plus important en Europe et dans le monde. Selon certaines estimations, 94 % des recherches faites en Europe passent par Google.

L'expansion de Google du secteur de la recherche en ligne vers des domaines tels que la réservation d’hôtels, de voyages ou de restaurants, suscite des inquiétudes dans la sphère bruxelloise. Elle a également poussé la Commission européenne à entamer une enquête antitrust en novembre 2010 sur un possible abus de position dominante par Google.

Prochaines étapes

  • juillet - septembre 2014: la Commission européenne annoncera sa décision finale sur l'affaire Google 

Plus d'information

Commission européenne

Industrie

  • Google – Blogpost on search case (14 Feb 2014)
  • FairSearch Study on search habits online

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