Les géants des télécoms avancent difficilement sur le dossier des réseaux à fibres [FR]

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Alors que la Commission européenne prépare des nouvelles lignes directrices pour le déploiement des câbles de fibres à haut débit dans l’UE, les principaux opérateurs télécoms recommandent une approche semblable à la téléphonie mobile, basée sur des réseaux en concurrence. Mais une telle initiative est rejetée par les nouveaux entrants sur le marché qui dénoncent le coût élevé de la reproduction d’infrastructures.

La Commission européenne présentera une série de lignes directrices à négocier dans les mois prochains, une tentative destinée à rattraper les concurrents internationaux qui déploient déjà les Réseaux de nouvelle génération (RNG) de manière extensive, d’après des sources d’EURACTIV. L’objectif est de convenir de règles communes d’ici la fin de l’année, comme l’affirment des sources européennes proches du dossier.

Les RNG ne font pas partie de la révision du paquet télécoms proposé en novembre dernier par la Commission, mais ils sont de plus en plus considérés comme un élément clé pour le développement du secteur dans les années à venir (Lire notre LinksDossier sur la révision des télécoms).

Catherine Trautmann, l’eurodéputée française socialiste chargée de présenter le dossier au Parlement européen, a souligné la nécessité d’inclure les RNG dans la réforme du secteur des télécoms à plusieurs reprises. Le Parlement devrait largement soutenir son rapport lors du vote en session plénière en juillet (EURACTIV 25/04/08).

Pour les principaux opérateurs télécoms de l’UE, le fait que la Commission n’ait pas inclu cet élément stratégique dans sa révision du secteur reste un mystère, a déclaré Michael Bartholomew, le directeur de l’ETNO, une association qui rassemble les anciennes entreprises publiques comme Telecom Italia et France Télécom.

L’ETNO appelle donc la Commission à convenir de nouvelles mesures pour encourager les investissements et suggère l’adoption d’un système basé sur le modèle développé dans le secteur de la téléphonie mobile. Sous ce modèle, les opérateurs tendent à déployer leurs propres réseaux plutôt que de partager des infrastructures, ce qui est actuellement le modèle des entreprises de télécommunications fixes.

Les réseaux parallèles, bien qu’ils soient plus coûteux, sont supposés réduire les prix pour les consommateurs, affirme l’ETNO, et devraient également contribuer à étendre la couverture de zones actuellement privées d’infrastructures pour les connexions Internet à haut débit. Mais les nouveaux entrants sur le marché, comme Tiscali ou Télé2, sont opposés à ce concept et préfèrent partager les infrastructures historiques.

La segmentation géographique est une autre mesure essentielle qui privilégie le déploiement du RGN dans le secteur des télécommunications, selon les opérateurs historiques à l’ETNO.

En ce sens, le Royaume-Uni montre actuellement le chemin en Europe. Le régulateur britannique Ofcom a déjà divisé le marché national en une série de marchés régionaux avec des besoins réglementaires différents sur la base de leur niveau de concurrence (EURACTIV 15/02/08). 

Les opérateurs historiques souhaitent que cette mesure soit appliquée partout en Europe, mais les nouveaux entrants estiment qu’elle n’est pas nécessaire et que l’issue est imprévisible.

Réactions

Le projet de rapport présenté à la fin du mois d’avril par l’eurodéputée Catherine Trautmann sur la révision du secteur des télécoms estime que déployer des réseaux parallèles est la solution préférable. Si ce n’est pas possible, une approche ouverte du réseau privilégiant les investissements communs et, si besoin, un accès obligatoire non discriminatoire serait nécessaire, conclut le rapport.

Le directeur de l’ETNO Michael Bartholomew a déclaré que les règles du système actuel ont été faites pour un secteur qui était totalement différent. Elles doivent être adaptées pour répondre aux nouveaux défis afin d’encourager les investissements à haut risque dans les nouveaux réseaux de l’Internet à haut débit. Il a ajouté qu’il est donc essentiel que les réseaux de nouvelle génération soient en haut de l’agenda de révision.

Faisant écho au directeur de l’ETNOJacques Champeaux, le vice-président chargé des Affaires réglementaires chez Orange, la filiale de téléphonie mobile de France Télécom, a déclaré que le déploiement des fibres représentent une opportunité unique de développer une véritable concurrence en terme d’infrastructures.

Fournir l’accès aux câbles est un instrument clé pour stimuler l’investissement dans les fibres puisque cela traite le vrai problème de l’encombrement.

Après la publication du rapport Trautmann, Ilsa Godlovitchdirectrice des Affaires réglementaires de l’ECTA (European Competitive Telecoms Association), s’est dite préoccupée par les aspects contradictoires de la proposition, qui suggère que la duplication plutôt que le partage de lignes serait une meilleure approche. L’ECTA estime que l’idée que les consommateurs seraient disposés à payer plus pour avoir de multiples lignes téléphoniques de différents fournisseurs chez eux n’est pas réaliste et qu’il est peu probable qu’elle gagne le soutien des investisseurs.

De plus, Mme Godlovitch a décrit la suggestion d’introduire la segmentation géographique comme pouvant probablement accroître la bureaucratie et augmenter les prix, en particulier pour les consommateurs ruraux.

Contexte

Les fondements de la fibre optique sont considérés comme l’avenir des infrastructures de télécommunications parce qu’elles permettent un transfert plus rapide et plus vaste des données. Elles sont au cœur des Réseau de nouvelle génération (RNG).

Jusqu’à présent les réseaux de fibres ont été déployés lentement dans l’UE, couvrant une part marginale de marchés nationaux. Aujourd’hui, les RNG comptabilisent seulement près d’un million d’abonnés dans l’UE, comparé à trois millions aux Etats-Unis et 11 millions dans la plupart des pays développés d’Asie, principalement le Japon et la Corée du Sud.

Les investissements en Europe sont actuellement faibles. Selon les estimations de McKinsey, une entreprise de conseils, afin d’augmenter les réseaux européens, il est nécessaire d’investir au moins 300 milliards d’euros.

Prochaines étapes

  • 3 juin : date limite pour la présentation des amendements au rapport Trautmann.
  • 12 juin : conclusions du Conseil Télécommunications de l’UE sur la révision du paquet télécoms.
  • 26 juin : vote de la commission Industrie (ITRE) du Parlement européen sur le rapport Trautmann.
  • 7-11 juillet : vote de première lecture au Parlement européen.

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