Oettinger veut une « génération de Shakespeares » pour le numérique

Le commissaire en charge de l'agenda numérique, Günther Oettinger, espère accélérer le processus d'harmonisation du marché numérique européen. [European Parliament/Flickr]

Le commissaire au numérique, Günther Oettinger défend mordicus la neutralité du Net et la high-tech. Andrus Ansip, vice-président de la Commission, a une autre vision des technologies de l’information. Un article d’EURACTIV Allemagne.  

La politique numérique devrait être harmonisée au plus vite si l’Europe veut continuer à avoir une influence économique, a souligné Günther Oettinger, lors du sommet européen des jeunes entreprises à Berlin.

« Nous formons une famille numérique. Si nous nous unissons et que nous créons un marché unique numérique, nous pouvons gagner, à la fois aux côtés des USA et de la Corée et face à eux», a déclaré le commissaire allemand.

Le sommet a réuni des représentants importants de la Commission européenne, des fondateurs de start-ups et des investisseurs clés du secteur de la haute technologie, ainsi que l‘ex commissaire en charge du numérique, Neelie Kroes.

L’objectif de l’évènement était de déterminer de quel soutien ont besoin les jeunes entreprises européennes pour être sur un pied d’égalité avec leurs concurrentes américaines.

Un énorme potentiel de croissance

« Nous devons promouvoir les jeunes entreprises car le secteur du numérique est instable et mobile », a rappelé le commissaire. Une start-up d’aujourd’hui peut devenir un géant du marché dans 8 ou 10 ans, a-t-il expliqué.

« Nous avons besoin d’une nouvelle génération de Shakespeares et de Schillers », a-t-il commenté.

Le potentiel de croissance du secteur du numérique est énorme et le marché des applications se développe rapidement en Europe. En 2013, plus de 1,8 millions d’emplois étaient liés à ce secteur, et ce nombre devrait monter à 4,8 millions d’ici 2018. Les revenus stables générés par ce secteur sont estimés à environ 17,5 milliards d’euros et pourraient atteindre les 63 milliards d’euros d’ici 2018.

Günther Oettinger a toutefois rappelé que l’objectif n’était pas de créer une version européenne de Google mais plutôt de promouvoir les développements nationaux et de soutenir l’éducation et la recherche dans des domaines créatifs. La structure fragmentée de l’UE doit être réparée de toute urgence, a-t-il insisté.

>> Lire : La construction du marché numérique européen perturbée par le TTIP

Les 28 lois différentes sur la protection des données et 28 organes de régulation en Europe ne présentent pas la voie idéale et sont une bonne raison pour les entreprises de préférer s’installer aux États-Unis, a assuré Günther Oettinger.

L’harmonisation aura lieu cette année

Günther Oettinger a déclaré qu’il espérait proposer une stratégie pour un marché unique numérique européen d’ici mai, ainsi que des règles communes sur la protection des données et les droits d’auteur dès cette année.

Le commissaire en charge de l’agenda numérique a rejeté la perspective d’autoriser certaines entreprises à profiter d’une connexion internet plus rapide, à un prix moins élevé. En janvier, lors de la conférence DLD sur le numérique à Munich, il avait déjà condamné une telle « discrimination » et avait clairement défendu une « neutralité du Net ».

La neutralité du Net demeure un point sensible dans le débat de la numérisation. Le sommet de Berlin en a encore été la preuve.

>> Lire : Neelie Kroes privilégie les consommateurs à la neutralité du Net

Andrus Ansip plaide en faveur d’un Internet à deux vitesses

Alors que Günther Oettinger s’est rangé du côté de la plupart des PME et du Parlement européen, le vice-président de la Commission, Andrus Ansip, s’est quant à lui opposé à la neutralité du Net, défendant même un Internet à deux vitesses lors du sommet du 12 février.

« Le potentiel des jeunes entreprises européennes est énorme, mais nous n’en tirons pas profit au maximum », a estimé le commissaire chargé du marché unique numérique, en s’appuyant sur des chiffres qui indiquent que neuf start-ups sur dix ont finalement mis la clé sous la porte.

Pour remédier à cette situation, la Commission a créé une série de projets financés par l’UE comme le Programme européen pour les jeunes entreprises. Ce programme vise à connecter les communautés d’entrepreneurs, a facilité la coopération et à soutenir l’esprit d’entreprise chez les femmes, entre autres mesures.

Toutefois, Andrus Ansip n’a pas donné aux entrepreneurs, réunis à Berlin, ce qu’ils attendaient : la garantie de la neutralité du Net, mais aussi un traitement de faveur pour les start-ups.

Les jeunes entreprises doivent être protégées

L’ambassadrice d’Internet au gouvernement allemand, Gesche Joost, a quant à elle estimé lors du sommet à Berlin que la neutralité du Net était la condition essentielle à un libre accès à Internet  et à une concurrence juste.

Les start-ups dans le domaine des technologies ont un bon potentiel de croissance et de survie, a indiqué Gesche Joost, conseillère du ministre allemand des Affaires économiques depuis mars pour progresser en matière numérique. Pour ce faire, de telles entreprises ont besoin d’une « zone de protection », a souligné la sociale-démocrate.

Gesche Joost a également mis l’accent sur un problème fondamental, rappelant que « l’Allemagne n’a toujours pas intégré le numérique dans son agenda ». Ceci est une priorité pour que les gens sachent utiliser Internet de manière optimale et donc qu’ils puissent participer à la société numérique, a-t-elle commenté.

La neutralité du Net fait référence à la liberté des utilisateurs d'accéder à des services en ligne, tels que Skype ou Spotify, sans faire face à une connexion plus lente que d'ordinaire.

La question de la neutralité du Net a gagné du terrain au moment où des régulateurs de télécommunications ont commencé à accuser les fournisseurs d'accès à Internet, comme les cablopérateurs et les FAI, de ralentir le trafic vers certains services.

Les raisons qui poussent à de telles pratiques sont nombreuses. Les défenseurs de la neutralité du Net accusent les fournisseurs de service Internet de ralentir l'accès à des services gratuits pour favoriser les plateformes payantes. Selon eux, si cette tendance continue, la liberté que propose Internet pourrait être remise en cause.

D'autres fournisseurs d'accès de premier plan voient dans certains services gratuits, tels que Skype, des concurrents potentiels pour leurs services hors ligne. Il est évident que rendre les services fournis par Skype et ses concurrents moins efficaces, encourage les consommateurs à se retourner vers la téléphonie traditionnelle.

Les fournisseurs ont rétorqué que le ralentissement occasionné de temps à autre est une manipulation normale du trafic Internet afin d'assurer un fonctionnement optimal du réseau.

Selon eux, ceci permet aussi d'accroître le nombre de services innovants et spécialisés (et payants), tels que des logiciels de gestion de grande quantité de données ou de services vidéo à la demande.

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