Vers un monde sans argent liquide

Les Parisiens changent de téléphone tous les neuf mois en moyenne. [Karlis Dambrans/Flickr]

Alors que les paiements sans contact et via les téléphones portables se généralisent, les banques entrent dans le marché des portefeuilles électroniques. Le début de la fin pour l’argent liquide ?

Les consommateurs américains seraient prêts à passer au portefeuille électronique, selon une étude menée par un groupe d’analyse spécialisé dans la technologie et les services financiers, Javelin Strategy & Research.

Plus de la moitié des acheteurs de portables aux États-Unis déclarent avoir acheté des biens physiques grâce à leurs smartphones en 2014, ce qui constitue une augmentation de 51 % depuis 2009, quand seulement 14 % d’entre eux le faisaient. Ce genre de paiements, qui représentait environ 3 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros) en 2013, devrait atteindre les 53 milliards de dollars (42,42 milliards d’euros) d’ici 2019, selon Javelin Strategy & Research.

La production de téléphones portables équipés de la technologie de communication en champ proche devrait quadrupler entre 2013 et 2018, atteignant 1,2 milliard d’appareils, selon une étude publiée en mars par IHS Technology, une entreprise d’analyse basée au Colorado.

La communication en champ proche permet d’effectuer des transactions sûres et sans contact physique, comme des paiements, l’achat d’un ticket de bus ou le transfert de données.

« La majorité des producteurs de smartphones intègrent cette technologie de communication et de paiement à leurs produits de manière automatique », explique Don Tait, analyste des marchés financier et de l’identification chez IHS.

« Les Européens peuvent déjà utiliser des cartes de banque sans contact ou effectuer des paiements grâce à la communication en champ proche dans 36 pays, et il est évident que ce mode de paiement simple et sûr leur plait », souligne Javier Perez, président de MasterCard Europe.

>> Lire : Les cartes sans contact se répandent en Europe 

Apple se prend au jeu

L’arrivée d’Apple sur le marché du portefeuille électronique en septembre a encore accentué la tendance. Le modèle ApplePay d’Apple est basé sur l’écosystème financier existant. L’entreprise américaine a négocié des accords avec Visa, MasterCard, American Express et de grandes banques, telles que la Bank of America ou Chase and Well Fargo afin de configurer ApplePay.

Quelque 220 000 vendeurs utiliseraient déjà ce mode de paiement aux États-Unis. Dans le monde, il n’existe pas moins de 2,5 millions de vendeurs acceptant les paiements sans contact. Le lancement d’ApplePay dans d’autres régions, dont l’Europe, devrait donc se passer sans encombre.

Selon une étude menée par PRIME Research entre le 1er novembre 2013 et le 30 avril 2014, les consommateurs européens seraient enclins à adopter les paiements sans contact et à les intégrer à leurs habitudes, surtout au Royaume-Uni, en Pologne, en Russie, en Italie, en Hongrie et en France.

Sécurité et biométrie

Les paiements par portables continueront donc d’alimenter le débat houleux concernant une proposition européenne de limitation des commissions interbancaires, des frais de paiements prélevés par les banques à chaque opération effectuée avec une carte de banque. Des négociations devraient avoir lieu lors d’un trilogue entre le Conseil de l’Europe et le Parlement européen en ce moment.

L’exécutif européen se soucie également des questions de sécurité liées au paiement sans contact et reste opposé à l’adoption généralisée des paiements par portable. Sur dix personnes qui n’utilisent pas ces systèmes, quatre ont fait ce choix par souci de sécurité.

>> Lire : L’inquiétude monte autour de la sécurité des paiements mobiles en Europe 

« Le paiement à un vendeur physique via des appareils portables constitue une étape logique, mais il faut du temps pour changer les habitudes de consommation », estime Jeff Miles, vice-président des transactions mobiles chez NXP, une grande société d’électronique américaine.

Si la sécurité est un argument contre, elle fait aussi partie des arguments avancés par les enthousiastes des transactions mobiles. Apple garantit par exemple la sécurité des paiements grâce à des données biométriques intégrées à son système.

Au printemps, la ville suédoise de Lund a testé une méthode de paiement alternative basée sur la nature unique du tracé des veines de nos mains. Plus de 1 000 acheteurs suédois ont participé et demandé à pouvoir payer avec leur main grâce une nouvelle technologie : des appareils installés dans des magasins et restaurants qui « lisent » et identifient les dessins des veines de la paume.

Cette technologie a été pensée par un étudiant ingénieur de l’université de Lund alors qu’il faisait la queue pour payer. Ce genre d’invention démontre que la technologie biométrique progresse et offre des solutions optimales pour ce qui est de la sécurité.

Un environnement toujours plus connecté

La possibilité d’interagir avec Internet et les réseaux sociaux un autre facteur de l’évolution des paiements en ligne et sans contact.

Les paiements intégrés (« in-app »), qui fonctionnent via une application installée sur le téléphone, sont une des particularités du modèle ApplePay. Les applications installées sur les smartphones permettent d’accéder à des services clients simplifiés et nombre de marchands les considèrent comme un bon moyen de fidéliser leurs clients et de sécuriser les transactions.

Récemment, les institutions financières se sont également essayées aux transactions mobiles, alors qu’elles avaient jusqu’ici laissé la gestion de ce genre de services à des sociétés liées à Internet, comme Apple, Google et PayPal.

L'Américaine Citi a été la première banque internationale à lancer son propre portefeuille électronique aux États-Unis. En Europe, c'est Deutsche Telekom qui a lancé en mai MyWallet, une application de paiement pour téléphones portables en Allemagne. D'autres institutions financières devraient suivre le mouvement, entamant peut-être le début de l'abandon de l'argent liquide. Un portefeuille électronique est un appareil électronique qui permet à son propriétaire à accéder au commerce électronique. Ce sont ces appareils qui nous permettent d'acheter des produits en ligne à partir d'un ordinateur ou d'utiliser un smartphone pour payer un achat dans un magasin. Ces portefeuilles sont également de plus en plus utilisés afin de vérifier certaines informations concernant un acheteur, son âge, par exemple. Ils comportent un système (la structure électronique), une application (le logiciel qui fait fonctionner le tout) et l'appareil lui-même (la plateforme physique, un smartphone, par exemple).  Le compte bancaire de l'utilisateur peut également être lié au portefeuille électronique. Les informations concernant l'acheteur peuvent donc être transférées sans fils vers le vendeur grâce à la communication en champ proche.  À terme, ces portefeuilles électroniques sur smartphones pourraient, selon certains, remplacer nos portefeuilles traditionnels. Ce système a déjà un certain succès au Japon, où les portefeuilles électroniques, appelés Osaifu-Keitai, sont plus utilisés que partout ailleurs.

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