L’Italie se tourne vers la Méditerranée pour diversifier son approvisionnement en gaz

Current gas links from Tunisia to Italy. Map Gas Storage Europe

Current gas links from Tunisia to Italy. [Gas Storage Europe]

L’Italie envisage d’augmenter ses importations de gaz en provenance d’Algérie et de Libye. Le pays craint d’éventuelles coupures de gaz russe.

« Nous avons les capacités d’augmenter rapidement les importations en provenance […] de l’Algérie, de la Libye et des Pays-Bas », estime Claudio De Vincenti, secrétaire d’État italien au développement économique.

Sa déclaration a concordé avec la réunion des représentants du G7 sur la politique énergétique européenne. Cette rencontre est intervenue à l’a suite d’un weekend marqué par les violences en Ukraine, qui ont tué une douzaine de personnes. Or l’Ukraine est un pays de transit pour l’acheminement du gaz russe vers l’UE.

L’Italie, qui produit plus de 40 % de son électricité à partir du gaz, est de plus en plus dépendante du gaz russe, car les importations en provenance d’Algérie diminuent et l’approvisionnement libyen reste limité en raison des troubles qui secouent de plus en plus régulièrement le pays.

Le président russe, Vladimir Poutine, a prévenu que son pays envisageait de couper le gaz vers l’Ukraine si ce dernier persistait à ne pas payer sa dette en gaz. Selon les dires de Gazprom ce montant s’élève à 3,5 milliards de dollars (2,5 milliards d’euros).

Rome porte un intérêt redoublé au projet du gazoduc transadriatique (TAP) qui permettra à terme d’importer du gaz azéri en Italie. Le gouvernement italien soutient pour les mêmes raisons le projet South Stream, qui assurera le transport de gaz russe sans transiter par l’Ukraine.

« South Stream reste un projet crucial.Nous sommes toujours convaincus que l’arrivée du gazoduc en Italie pourrait être un avantage comparé à un terminal autrichien », a expliqué Claudio De Vincenti.

Le consortium autrichien emmené par OMV a signé un accord avec le géant russe pour que South Stream soit amené jusqu’à la plateforme gazière du Baumgarten en Autriche, déjouant ainsi le plan de l’Italie visant à prolonger le gazoduc jusqu’à Tarvisio, une ville italienne qui se situe dans le nord-est du pays.

Le gouvernement italien veut se tourner vers des plateformes gazières de l’Europe du sud qui pourraient acheminer du gaz et du pétrole en provenance d’Afrique. En effet, le pays développe des infrastructures qui permettent des flux inversés à ses frontières du nord.

De nouvelles ressources découvertes

Mais Claudio De Vincenti a expliqué que l’Italie analyse également les possibilités de développer des connections gazières avec les pays de l’Est méditerranéen. Des ressources gazières ont été en effet découvertes le long des côtes israéliennes, chypriotes et maltaises, ce qui a suscité aux yeux de l’Europe bien des espoirs.

« Ce pourrait certainement être une possibilité à l’avenir…nous devrons déterminer la forme, si ce sera un gazoduc ou du gaz naturel liquéfié », explique-t-il.

L’interconnecteur Turquie-Grèce-Italie (ITGI) développé par l’Unité italienne Edison d’EDF pourrait jouer un rôle en la matière. « Le gazoduc a toutes les autorisations requises ».

Une source proche du dossier a indiqué à Reuters que les promoteurs du gazoduc transadriatique et de l’ITGI étaient en contact en vue de discuter d’une possible coopération.

Claudio De Vincenti a expliqué que l’Italie possédait trois terminaux de gaz naturel liquéfié qui sont à ce jour sous-exploités, mais dont l’utilisation pourrait être intensifiée.

« Il existe également au moins trois autres terminaux que nous espérons voir opérationnels dans les prochaines années à venir », selon lui.

Les ministres à l’Énergie du G7 qui se sont rencontrés ce mardi ont poursuivi les discussions au cours d’une réunion à huit clos. Ils espèrent ainsi trouver un compromis sur la sécurité énergétique pour le prochain sommet du G7 qui se tiendra à Bruxelles en juin prochain.

« Nous avons abordé toute une série d’enjeux liés à l’énergie, à la sécurité énergétique ainsi que la transition vers de nouvelles formes d’énergie », a déclaré Ségolène Royal, la nouvelle ministre de l’Écologie.

Gazprom, géant gazier russe qui détient le monopole en Russie, vend son gaz aux États membres dans le cadre d'accords bilatéraux confidentiels.L'UE veut avancer en la matière et avoir une politique énergétique plus cohérente.Dernièrement, le commissaire à l'énergie, Günther Oettinger, a déclaré que l'UE voulait introduire un prix unique du gaz russe pour tous les États membres.

L'UE a enregistré des avancées en termes de sécurité énergétique depuis la crise du gaz de 2006 et de 2009, alors que Moscou réclamait à Kiev le paiement du gaz fourni par la Russie, ce qui a mené à des ruptures de l'exportation du gaz en Europe occidentale.Or, jusqu'à aujourd'hui, la dépendance de l'UE vis-à-vis du pétrole et du gaz, en particulier en provenance de la Russie, a augmenté, et non diminué.

Un sommet européen se tiendra le 26 et 27 juin prochains. La question y sera abordée à la lumière de la crise ukrainienne, qui n’en finit pas de s'aggraver.

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