La France milite activement pour une zone d’exclusion aérienne en Libye

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Hier (13 mars), la France s'est engagée à accroître ses efforts pour persuader ses partenaires d'imposer une zone d'exclusion aérienne sur la Libye suite à l'approbation de ce projet par la Ligue arabe.

Le secrétaire général de la Ligue arable, Amr Moussa, a déclaré que le groupe, qui s’est réuni samedi (12 mars), avait officiellement demandé au Conseil de sécurité des Nations unies d’imposer une zone d'exclusion aérienne pour éviter « toute action militaire à l’encontre du peuple libyen ».

Le soutien arabe satisfait à l’une des trois conditions fixées la semaine dernière par l’OTAN sur le contrôle de l’espace aérien, comme l’ont demandé les rebelles qui luttent contre le régime de Mouammar Kadhafi, en place depuis quarante ans dans le pays nord africain producteur de pétrole.

Lors du sommet de vendredi (11 mars), les leaders européens ont affirmé que toutes les options nécessaires seraient envisagées et que les coupables seraient mis face à leurs responsabilités et en assumeraient les lourdes conséquences. Les leaders européens ont promis de travailler avec l’Union africaine, les Nations unies et la Ligue arabe pour résoudre la crise.

L’appel de la Ligue arabe témoigne de la volonté de la communauté internationale « d’assurer la protection de la population civile en Libye et le respect du droit international humanitaire face aux terribles violences subies par la population libyenne », a déclaré le ministre des affaires étrangères français, Alain Juppé.

 « Afin de remplir ces objectifs, la France va accélérer, au cours des prochaines heures, ses efforts, en concertation avec ses partenaires de l’UE, de la Ligue des Etats arabes, du Conseil de sécurité des Nations Unies et du Conseil national libyen de transition ».

Mouammar Kadhafi pousse les rebelles en retraite

Pendant ce temps, les forces du dirigeant Mouammar Kadhafi  semblent avoir regagné leur vigueur après trois semaines de conflit contre la révolte inspirée des soulèvements populaires en Tunisie et en Egypte.

Hier (13 mars), les troupes du gouvernement se sont emparées de la ville pétrolière de Brega, forçant les rebelles à battre en retraite sous les bombes et limitant leur accès à l’essence.

Les troupes du colonel Kadhafi ont également reconquis la ville de Zawiya et les villes orientales de Ben Jawad et de Ras Lanouf.

Abdul Fattah Younis, chef d’état-major de l’armée rebelle et ancien ministre de l’intérieur du gouvernement de M. Kadhafi, a déclaré aux reporters que les forces rebelles avaient effectué une retraite stratégique de Brega. Il a également promis de protéger Ajdabiya, la prochaine ville rebelle à l’est, située à 79 km de Brega.

Environ 100 commandos de l’unité 777, qui a été formée par des français, des allemands et des américains, porteraient actuellement assistance aux rebelles.

Dimanche, les militaires libyens ont déclaré que leurs troupes faisaient pression sur la ville portuaire de Benghazi, à l’est du pays, bastion et centre de commandement des forces rebelles.

Réponse de la communauté internationale

La France a joué un rôle de leader dans la réponse internationale au soulèvement libyen, en particulier de par son appel, associé à celui de la Grande-Bretagne, à assurer le soutien d’une résolution pour une zone d’exclusion aérienne de la part des Nations unies.

Alain Juppé a déclaré que le groupe de huit ministres des affaires étrangères discuterait de la question libyenne lors d’une réunion qui débutera à Paris aujourd’hui (14 mars).

Aux Nations unies, un diplomate a confié à Reuters que le Conseil de sécurité tiendrait des consultations sur une zone d’exclusion aérienne aujourd’hui. Selon les diplomates, la Russie et la Chine auraient peine à exercer un veto sur la zone d’exclusion aérienne depuis que la Ligue arabe en a fait la demande.

Peur de contagion

D’autres pays, notamment les Etats-Unis et des Etats européens tels que l’Allemagne, demeurent très prudents au sujet d’un engagement militaire.

La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, sera en Europe aujourd’hui et partira ensuite pour le Moyen-Orient en vue de visites diplomatiques concernant le soulèvement du peuple libyen et les nouveaux gouvernements en Tunisie et en Egypte.

 « La communauté internationale traîne les pieds », a déclaré Saad Djebbar, un juriste londonien et expert des affaires libyennes qui s’est confié à Reuters. « Le rythme diplomatique est très lent. Il y a urgence à agir rapidement, avant que les forces de M. Kadhafi ne viennent à bout des opposants ».

 « La communauté internationale doit agir maintenant, non seulement pour protéger Benghazi d’un assaut mais aussi en raison des conséquences sur le reste du monde si M. Kadhafi reste au pouvoir en Libye », a déclaré Geoff Porter, un consultant sur le risque politique basé aux Etats-Unis et spécialisé sur l’Afrique du nord.

Après le renversement relativement pacifique et rapide des hommes forts en Egypte et en Tunisie, la confusion de l’Occident sur la question libyenne pourrait convaincre d’autres dirigeants autoritaires menacés par des soulèvements populaires, comme au Yémen et au Bahreïn, que la violence constitue le meilleur remède à la révolte.

 « S’ils laissent M. Kadhafi gagner, cela encouragera d’autres régimes despotiques arabes à faire usage de la force contre leur peuple pour enrayer la révolte », a déclaré M. Djebbar. « Cela annulerait les bénéfices du pouvoir populaire observé en Egypte et en Tunisie.

(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EURACTIV)

Le soulèvement libyen, le plus sanglant parmi toutes les révoltes contre les dirigeants de longue date au Moyen-Orient et en Afrique du nord, engendre une crise humanitaire, en particulier à la frontière tunisienne, qui voit des dizaines de milliers de travailleurs étrangers affluer pour assurer leur sécurité.

Les rebelles qui luttent contre le colonel Kadhafi ont exhorté l’Occident à imposer une zone d’exclusion aérienne car ils sont convaincus que c’est la seule façon de neutraliser la force de frappe du colonel Kadhafi.

Le soutien des dirigeants arabes met désormais la pression sur les Etats-Unis et l’Union européenne pour imposer une zone d’exclusion aérienne. Les gouvernements occidentaux sont restés très prudents, de peur qu’une telle décision ne les plonge davantage dans un conflit régional complexe.

Des zones d’exclusion aérienne ont été imposées en Irak entre les guerres du Golfe par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, en Bosnie par l’OTAN de 1993 à 1995 et lors de la guerre aérienne de l’OTAN contre la Serbie pour la province du Kosovo. Seule celle imposée à la Bosnie a été soutenue par une résolution des Nations unies.

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