La mission de paix de l’UE en Géorgie reste incertaine [FR]

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Une polémique a éclaté hier 10 septembre au sujet des conditions d’une mission européenne en Géorgie suite au refus de Moscou d’autoriser les observateurs européens du cessez-le-feu d’examiner la situation en Ossétie du Sud et en Abkhazie, les deux régions séparatistes désormais officiellement reconnues par la Russie.

L’accord, signé par le président français Nicolas Sarkozy et le président de la Commission José Manuel Barroso le 8 septembre à Tbilissi, contredisait un autre accord conclu quelques heures plus tôt à Moscou. C’est ce qu’a déclaré hier le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

En effet, l’accord signé, publié sur le site Internet du ministre géorgien des Affaires étrangères, indique que l’Union européenne « prépare activement le déploiement d’une mission d’observation » sur l’ensemble du territoire géorgien, affirmant le soutien du bloc à l’intégrité territoriale de la Géorgie. 

En revanche, le document signé à Moscou indique que « les préparatifs seront accélérés pour permettre le déploiement d’observateurs supplémentaires dans les zones adjacentes à l’Ossétie du Sud et à l’Abkhazie ». 

M. Lavrov a décrit cette divergence comme « une tentative éhontée de ne pas expliquer honnêtement au président géorgien Mikhaïl Saakachvili les engagements pris par la Russie et par l’Union européenne ».

Il a fait savoir que les observateurs de l’UE ne pourront pas pénétrer dans les régions séparatistes dont la Russie a désormais reconnu l’indépendance. 

Plus tôt, le président polonais Lech Kaczynski a reproché à M. Sarkozy de ne pas avoir mentionné le fait que Moscou doit respecter les frontières géorgiennes selon le plan de paix en six points du 12 août (EURACTIV 29/08/08). 

Observateurs ou boucliers humains ?

En fait, la Russie s’attend à ce que les observateurs du cessez-le-feu de l’UE opèrent sous la bannière de l’ONU. Selon les déclarations d’un diplomate à EURACTIV, Moscou préférerait les voir faire office de tampon le long des frontières de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie plutôt que d’observer la situation. 

Le fait que le ministre russe des Affaires étrangères se réfère à l’UE en tant que « garante de la paix » semble corroborer ce point de vue. 

Mais l’opinion de l’UE est diamétralement différente. Un porte-parole de la Commission a déclaré à EURACTIV que selon les points de vue exprimés par M. Sarkozy, les 200 observateurs de l’UE devraient être déployés en Ossétie du Sud et en Abkhazie puisqu’une de leurs tâches sera d’observer le retour des personnes déplacées vers leur foyer. 

Le porte-parole n’a pas démenti le malentendu avec la Russie.

« Comme l’a dit M. Sarkozy, tout n’a pas encore été résolu. C’est pourquoi la tenue de cette conférence à Genève à partir du 15 octobre figurait au nombre des engagements. En effet, certaines questions ultérieures au conflit doivent encore être débattues », a expliqué le porte-parole de la Commission. 

« Les malentendus font partie de la dynamique, mais en fin de compte, nous allons tout de même de l’avant », a-t-il ajouté. 

De son côté, la Russie a annoncé qu’elle avait décidé de conserver quelque 7 600 soldats en Ossétie du Sud et en Abkhazie.

Les Etats-Unis accusent la Russie de violer la trêve

Entre-temps, les Etats-unis, qui sont jusqu’à présent restés discrets  sur le front diplomatique lors de la crise Géorgienne, ont accusé hier Moscou de violer les accords de paix et d’avoir accru sa présence militaire de plus de 5 000 soldats.

« 3 800 dans chacune de ces zones [Abkhazie et Ossétie du Sud), pour un total de 7 600, c’est non seulement  une violation manifeste des précédents accords, mais aussi de l’accord de cessez-le-feu ». C’est ce qu’a affirmé le porte-parole du département d’Etat Sean McCormack à des journalistes à Washington.

Suivant les conditions des accords internationaux qui ont mis fin au conflit armé des années 1990, la Russie avait maintenu environ 1 000 soldats en Ossétie du Sud et en Abkhazie jusqu’au 6 août, a-t-il déclaré. Moscou était par ailleurs tenu de ne  pas dépasser un contingent de 1 500 soldats dans chacune des régions.

Se référant au cessez-le-feu du 12 août, M. McCormack a ajouté : « Ce sur quoi nous étions tombés d’accord, c’est que leurs troupes reviendraient à leur niveau d’avant le 6 août ».

Le 7 août, les troupes géorgiennes ont envahi la région séparatiste d’Ossétie du Sud. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie (l’autre province disputée) font officiellement partie du territoire géorgien, mais sont en réalité autonomes et en grande partie sous l’influence de la Russie. La Russie a répondu par une action militaire de grande envergure, envahissant une partie de la Géorgie et suscitant des inquiétudes en Occident. En effet, certains craignaient que la Russie ne profite de l’occasion pour renverser Mikhaïl Saakashvili, le président géorgien pro-occidental, et ne fasse de la Géorgie un Etat vassal, comme lors de l’époque soviétique.

Le mois dernier, la France a négocié un accord pour mettre fin à la guerre en Ossétie du Sud, mais depuis lors, Moscou défie l’Occident en maintenant ses troupes dans des « zones de sécurité » le long des frontières séparant la Géorgie de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, une autre région rebelle. La décision russe de reconnaître l’indépendance de ces deux régions a encore desserré les liens avec l’Occident. 

Lors d’un sommet extraordinaire le 1er septembre, les dirigeants européens ont décidé de geler les négociations sur un nouveau traité fondamental UE-Russie jusqu’à ce que Moscou se soumette complètement au plan de paix. Pour cette raison, ils ont également décidé d’envoyer des surveillants en Géorgie, étant entendu que la présence accrue de surveillants internationaux signifierait que Moscou ne pourrait plus justifier la présence de ses troupes dans ces zones. La Russie accepterait ainsi les négociations internationales sur un nouveau schéma directeur pour les régions rebelles.

Une délégation de l’UE s’est rendue en Russie le 8 septembre. Menée par le président français Nicolas Sarkozy, elle est parvenue à convaincre le président russe Dmitri Medvedev d’accepter le retrait complet de ses troupes de la Géorgie même, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud restant hors du champ d’application de l’accord

 

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