Libye : appel au dialogue de l’UE, mise en garde des Etats-Unis

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Alors que la Libye connaît une montée de la violence, la responsable de la politique étrangère de l'UE, Catherine Ashton, a condamné la répression et a appelé au « dialogue ». Parallèlement, les Etats-Unis ont publié hier une importante déclaration, menaçant de répondre par « toutes les actions qui seraient appropriées ».

Dimanche, les troubles qui se sont étendus à la capitale libyenne, Tripoli, suite à la mort de dizaines de protestants à Benghazi, la seconde ville du pays, ont semblé dépasser les forces de l’ordre fidèles à M. Kadhafi.

Selon des sources sûres, au moins 223 manifestants ont été tués lors des manifestations contre le régime dictatorial de Mouammar Kadhafi.

Aux premiers signes de troubles sérieux, Tripoli est devenu le théâtre de confrontations entre des milliers de manifestants et des partisans de M. Kadhafi. Des fusillades ont eu lieu et la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la population. A Benghazi, l’épicentre des protestations, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue et ont semblé prendre le contrôle de la ville avant que les forces de sécurité n’ouvrent le feu, causant la mort de dizaines d'individus.

Les habitants de Benghazi ont affirmé que des soldats d’une unité avaient rejoint les manifestants et vaincu une force de gardes d’élite de M. Kadhafi. Des corps criblés de balles et blessés par des tirs de grenades ont été amenés à l’hôpital,..

A Tripoli, un témoin a déclaré que la police faisait usage de gaz lacrymogènes contre les manifestants, dont certains jetaient des pierres sur les panneaux à l’effigie de M. Kadhafi.

Le département d’Etat américain a affirmé avoir fermement exprimé son désaccord avec le gouvernement Kadhafi au sujet de « l’usage de la force létale contre des manifestants pacifiques ».

Suite à la pression croissante de Washington sur Tripoli, l’un des fils de M. Kadhafi, Saif al-Islam, a déclaré à la télévision d’Etat que son père lutterait contre les révoltes de la population jusqu'au bout.

L’administration Obama a également signalé que le gouvernement libyen pourrait souffrir de graves conséquences s’il n’écoutait pas les avertissements lui demandant de réfréner ses forces de sécurité et de respecter le droit de ses citoyens à manifester.

« Nous envisageons toutes les actions appropriées », ont déclaré les autorités américaines sans développer davantage.

Réaction de l’UE

La haute représentante de l’UE, Catherine Ashton, a publié une déclaration dimanche, condamnant les répressions à l’encontre des manifestants pacifiques et déplorant la violence ainsi que la mort de civils.

« Les aspirations et les exigences légitimes du peuple en matière de réformes doivent être entendues au moyen d’un dialogue ouvert et constructif », a déclaré Mme Ashton lors d’une déclaration publiée suite à la réunion des ministres des affaires étrangères de l’UE.

Mme Ashton a également demandé aux autorités libyennes de cesser immédiatement le blocage du réseau Internet et de téléphonie mobile, et de permettre aux médias de travailler librement au sein du pays.

Risques d’immigration

La Libye a informé l’UE qu’elle arrêterait de coopérer en matière d’immigration clandestine si l’Union continuait à encourager les manifestations en faveur de la démocratie dans le pays, a déclaré la présidence hongroise de l’UE dimanche.

« Jeudi, l’ambassadeur hongrois a été appelé en Libye, où on lui a laissé entendre que la Libye allait suspendre sa coopération avec l’UE en matière d’immigration si celle-ci continuait à faire des déclarations en faveur des manifestations pro-démocratiques », a déclaré un porte-parole de la Hongrie, à la tête de la présidence tournante de l’UE pour six mois.

Le ministre italien des affaires étrangères, Franco Frattini, a affirmé que l’Italie, qui a de nombreux intérêts commerciaux en Libye et particulièrement dans le secteur de l’énergie, était soucieuse de l’évolution de la situation.

 « Nous suivons les évènements de très près. Comme vous le savez, l’Italie est le plus proche voisin de la Tunisie et de la Libye et se trouve donc extrêmement préoccupée par les répercussions sur la situation migratoire au sud de la Méditerranée.

La Libye a déjà menacé à de nombreuses reprises d’annuler sa coopération avec l’UE par le passé. En décembre, un ministre a affirmé que la Libye réduirait ses efforts pour contenir le flux de migrants, à moins que l’UE ne lui verse cinq milliards d’euros par an.

L’Organisation internationale pour les migrations estime que les migrants venus d’Afrique représentent environ 10 % des six millions d’habitants libyens, bien que seule une minorité d’entre eux tente de rejoindre l’Europe pour trouver du travail.

Chaque année, des dizaines de milliers de migrants clandestins tentent le voyage à partir des côtes nord de la Tunisie et de la Libye en direction des îles situées au large de l’Italie. Des centaines d’entre eux doivent être secourus par les garde-côtes italiens et accueillis dans des centres d’immigration.

La Libye est un grand producteur d’énergie qui bénéficie d’importants investissements de la firme britannique BP, de l’entreprise américaine Exxon Mobil et de l’italien ENI, entre autres.

(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EURACTIV)

Le groupe de défense des droits de l'Homme, UN Watch, a délivré un message demandant aux citoyens de faire pression sur les décideurs politiques pour que ceux-ci réagissent contre la violence en Libye.

Cette déclaration stipule : « L'artillerie et des hélicoptères de combat ont été utilisés contre la foule. Des casseurs armés de marteaux et d'épées ont attaqué des familles dans leurs maisons. Des femmes et des enfants de la ville de Benghazi ont été vus en train de sauter d'un pont pour s'échapper ».

« Contrairement à la situation en Egypte et au Bahreïn, en Libye, il n'y a pas de couverture médiatique, pas de journalistes, pas d'Internet, et des connexions téléphoniques limitées. Le régime tente de cacher ses crimes au reste du monde et d'éviter la pression internationale ».

« Le silence des puissances du monde est assourdissant. Nous ne pouvons pas laisser ce massacre continuer. Mohamed Eljahmi ainsi que d'autres défenseurs des droits de l'Homme demandent notre aide ».

« Levez-vous pour les victimes innocentes : demandez aux Etats-Unis, à l'Union européenne et aux Nations unies de ne pas faire semblant de ne pas voir ce bain de sang. Cliquez ici pour agir maintenant ».

Les décideurs politiques italiens de l'opposition ont critiqué le premier ministre, Silvio Berlusconi, pour ne pas avoir condamné la violence en Libye et avoir dit qu'il ne souhaitait pas « déranger » le dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, alors que des révoltes avaient lieu dans son pays.

En réponse à des journalistes qui souhaitaient savoir s'il avait parlé à M. Kadhafi depuis le début des troubles, M. Berlusconi a répondu samedi : « Non, je n'ai pas été en contact avec lui. La situation est encore en train d'évoluer, donc je ne me permettrais pas de déranger qui que ce soit ».

Ce commentaire a choqué la gauche dans l'opposition qui accuse depuis longtemps M. Berlusconi de fermer les yeux sur les infractions aux droits de l'Homme de M. Kadhafi et de flatter le dirigeant libyen à l’aide de contrats lucratifs et d'investissements en Italie, l'ancienne puissance coloniale à la tête du pays.  

« En plus du silence assourdissant du gouvernement italien sur la répression meurtrière en Libye et dans les autres pays du Moyen-Orient, il est déconcertant de voir la déclaration faite par Silvio Berlusconi sur le fait qu'il ne souhaite pas déranger M. Kadhafi concernant les dizaines de morts dans les rues de Benghazi et de Tripoli », a déclaré Piero Fassino, du principal parti démocratique de l'opposition.

D'autres législateurs se sont dits « dégoûtés » par les commentaires de M. Berlusconi.

Un journal a titré son article « Ne dérangez pas le bourreau », alors qu'un éminent journal des Evêques catholiques d'Italie, Avvenire, appelle Rome à utiliser ses « relations privilégiées avec Tripoli » pour mettre fin à la « répression meurtrière » en Libye.

Mouammar Kadhafi dirige la Libye depuis qu'il a pris le pouvoir lors d'un coup d'Etat militaire il y a plus de 40 ans, le 1e septembre 1969. En théorie, M. Kadhafi n'a pas de poste officiel dans son « pouvoir des masses » ou « Jamahiriya ». Toutefois, en pratique, il dirige bel et bien le pays dans la mesure où les libertés civiles fondamentales sont bafouées et l'opposition n’est pas tolérée. 

La Libye a dû subir des sanctions économiques et une isolation diplomatique suite à des attentats terroristes dans les années 1980 qui auraient été commis par Tripoli. Il s'agit de l'attentat de Lockerbie, de l'explosion d'un avion commercial français au-dessus du désert du Sahara en 1989 et d'un attentat dans une discothèque berlinoise en 1986.

Ces dernières années, la Libye, qui regorge de pétrole, a amélioré ses relations avec l'Occident. Tripoli a payé une compensation aux victimes de Lockerbie et a pu rapatrier le terroriste jugé coupable, Abdelbaset Ali al-Megrahi, pour raison « humanitaire » car il souffrait d'un cancer de la prostate. La libération de M. Megrahi a déclenché une avalanche de protestations à travers le monde.

La politique de deux poids, deux mesures appliquées par l'Occident avec la Libye riche en pétrole a souvent été critiquée par les groupes de défense des droits de l'Homme.

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