Triton prend le relais de Mare Nostrum, au grand soulagement de l’Italie

Immigrant boat

Bateau transportant des clandestins d'Afrique ou du Moyen-Orient vers l'île italienne de Lampedusa. [Shutterstock]

L’opération Triton a été officiellement lancée ce 1er novembre. Coordonnée par l’agence Frontex pour le contrôle des frontières de la Méditerranée centrale, elle doit tenter de prendre la relève de l’opération italienne Mare Nostrum.

Dotée d’un budget mensuel d’environ 3 millions d’euros fournis par Frontex, l’opération Triton assimile et renforce les opérations précédemment menées en Méditerranée. Elle a deux composantes : Énée, localisée le long des côtes grecques, et Hermès, dans le centre du bassin méditerranéen. Le dispositif agira à 30 milles des côtes italiennes, sur le tracé des frontières européennes, et constituera en des opérations de contrôle et d’endiguement de l’immigration clandestine.

Quelque 21 pays de l’UE et de la Convention Schengen contribueront à l’opération, selon la Commission européenne, en fournissant des moyens techniques ou des ressources humaines. Si le ministre de l’Intérieur italien, Angelino Alfano, n’a compté quant à lui que 18 ou 19 États participants, Rome et Bruxelles s’accordent néanmoins à dire qu’il s’agit d’une opération « sans précédent » en matière d’engagement des États.

>> Lire : L’UE vient en aide à l’Italie face au flux d’immigrants en Méditerranée

Le lancement de l’opération Triton clôt Mare Nostrum, « opération d’urgence qui a duré bien plus longtemps que prévu » née de la tragédie du 3 octobre 2013 à Lampedusa, soulignait d’ailleurs le 31 octobre Angelino Alfano. En un an, a-t-il expliqué, Mare Nostrum a coûté pas moins de 114 millions d’euros à l’Italie, à hauteur de 9,5 millions par mois. Cet argent a permis de réaliser 558 interventions, menant au sauvetage de plus de 100 000 personnes, à l’arrestation de 728 passeurs et à la saisie de 8 bateaux-mères.

Mare Nostrum n’est cependant pas complètement enterrée, explique la ministre de la Défense, Federica Pinotti L’opération existera en effet en version « allégée » pendant les premiers mois de Triton.

Les activités de Triton seront guidées par la Marine militaire italienne pendant cette période d’accompagnement, au terme de laquelle une évaluation de la marche à suivre pour l’avenir de l’opération sera déterminée. Cette période, actuellement prévue pour deux mois à dater du 1er novembre, permettra donc aux Italiens de passer la main aux acteurs de l’opération Triton, annonçaient les ministres italiens de l’Intérieur et de la Défense lors d’une conférence de presse commune.

Une relève plus que bienvenue

Cette opération en Méditerranée ne sera donc pas un poids aussi important que la précédente pour l’Italie. Au lieu des cinq grands bâtiments engagés dans Mare Nostrum, le pays ne fournira plus qu’un grand bateau et trois petits patrouilleurs, agissant dans le cadre de mesures préventives, mais également de recherche et de sauvetage. Sa contribution financière sera réduite d’un tiers.

L’Italie continuera par ailleurs à se conformer au droit maritime en matière de sauvetage de bateaux en péril, assure Angelino Alfano. « L’Italie n’abandonnera pas ses devoirs de sauvetage, assure-t-il. Aucune agence ne peut déresponsabiliser un pays de ses obligations. »

>> Lire : « Il faut partager le fardeau de l’immigration »

« Mer européenne, responsabilité européenne »

À Bruxelles, la commissaire aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström, s’est également félicitée du lancement de l’opération Triton. L’agence Frontex ayant reçu les moyens techniques et ressources humaines nécessaires de la part de la « vaste majorité » des pays contributeurs, elle est à présent prête à lancer une « opération sur mesure, qui satisfait toutes les demandes des autorités italiennes », avait annoncé la commissaire.

Triton constitue une démonstration concrète de la solidarité européenne, ainsi qu’un instrument important pour l’intégration des efforts de l’Italie sur le front, toujours plus intense, de l’immigration en Méditerranée, une « mer européenne et une responsabilité européenne », a ajouté Cecilia Malmstöm. L’opération Triton est l’opération maritime la plus vaste jamais coordonnée par Frontex et contribuera à sauver nombre de vies humaines en mer. Tout cela « dans le respect des obligations internationales et européennes » en ce qui concerne les droits des migrants et le principe de non-refoulement, a-t-elle conclu. 

>>Lire aussi : Le drame de Lampedusa décrédibilise Frontex et Eurosur

Le 3 octobre 2013, le naufrage d’une embarcation transportant environ 500 clandestins fait 366 morts au large de l’île italienne de Lampedusa. Suite à ce drame et pour faire face à l’afflux toujours plus important de clandestins en Méditerranée, les autorités italiennes lancent Mare Nostrum, une opération à la fois militaire et humanitaire qui permettra dans les mois qui suivent de sauver des milliers de vies humaines.

Un nombre toujours plus élevé de clandestins d’Afrique et du Moyen-Orient arrivent en Italie dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Europe. Le pays, qui peine à gérer seul l'arrivée de ces immigrants, demande de l’aide à l’Europe depuis des années.

>> Lire : L’Italie milite en faveur d’un « Frontex Plus » pour gérer l’immigration

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