Google a annoncé hier 9 septembre qu’il réduira de moitié la durée de stockage des données personnelles des internautes afin de répondre aux inquiétudes relatives à la confidentialité. Cependant, en réduisant de 18 à 9 mois la durée de stockage des données, le moteur de recherche ne remplit toujours pas les exigences des autorités européennes de protection de la vie privée.
Google a indiqué qu’il stockerait désormais les informations relatives à l’adresse IP des utilisateurs pendant neuf mois alors que les autorités européennes de régulation considèrent six mois comme la norme.
L’adresse IP est le numéro d’identification donné par les fournisseurs de services Internet à chaque ordinateur connecté à Internet. Les ordinateurs de tables conservent généralement la même adresse IP, ce qui n’est ordinairement pas le cas des ordinateurs portables, qui sont souvent utilisés dans plusieurs endroits et font dès lors appel à différents fournisseurs d’accès.
Pour les régulateurs, le problème principal est de déterminer si les adresses IP peuvent être considérées ou non comme des données personnelles. Si oui, les règles européennes en matière de protection des données seront appliquées et Google sera tenu de demander la permission des utilisateurs avant de stocker cette information. Les répercussions sur le modèle économique actuel de Google pourraient être énormes (EURACTIV 09/04/08).
Pour le moment, la législation de l’UE ne définit pas si les adresses IP sont des données à caractère personnel ou non. La directive sur la protection des données considère comme donnée à caractère personnel « toute information concernant une personne identifiée ou identifiable ».
Mais le groupe européen des autorités responsables de la protection de la vie privée (le groupe de travail Article 29) a conclu que l’adresse IP concerne « une personne identifiable » et qu’elle devrait donc être considérée comme une donnée à caractère personnel. Selon le groupe, Google doit par conséquent demander la permission préalable des utilisateurs avant de stocker l’information.
Les experts des autorités européennes de protection de la vie privée ont salué l’initiative de Google comme une bonne nouvelle. Ils ont toutefois souligné qu’elle ne répond pas à la demande de réduire la durée de stockage à six mois. Par ailleurs, la question de l’autorisation préalable des utilisateurs reste ouverte.
Cependant, ils ont également concédé que les inquiétudes relatives à la vie privée pourraient perdre toute pertinence au cas où Chrome, le nouveau navigateur Internet lancé ce mois-ci par Google, gagnaient des part de marché conséquentes. Chrome, qui vise à fusionner la navigation et la recherche, pourrait rendre les moteurs de recherche caducs. En effet, une des innovations amenées par Chrome est le « mode incognito », dans lequel le navigateur ne stocke aucune donnée personnelle.
Réactions
Par rapport à la nouvelle politique de la compagnie en matière de durée de stockage des données, le blog officiel de Google a indiqué qu’après des mois de travail, les ingénieurs de la compagnie ont développé des méthodes pour préserver davantage l’utilité des données tout en rendant les adresses IP plus rapidement anonymes. Google n’a pas encore fixé tous les détails de la mise en œuvre de cette politique. L’entreprise précise qu’elle ne pourra peut-être pas utiliser exactement les mêmes méthodes d’anonymisation qu’elle utilise après 18 mois, mais elle s’engage à ce que cela fonctionne.
Le vice-président de la Commission chargé de la Justice, Jacques Barrot, a salué la décision de Google de réduire la période de rétention des données de 18 à 9 mois, estimant qu’il s’agissait d’ « un pas dans la bonne direction », tout en rappelant à Google que la période de stockage recommandée restait de six mois.
Peter Fleischer, responsable des questions relatives à la vie privée chez Google, a accueilli favorablement la réaction de la Commission, estimant qu’elle reflétait un dialogue positif. Il a promis de continuer à travailler étroitement avec la Commission et les autorités de protection de la vie privée en l’Europe afin d’assurer la protection de la confidentialité sur Internet.
Un spécialiste européen de la protection de la vie privée a déclaré à EURACTIV qu’il s’agissait d’une bonne nouvelle. « Cela montre que la concurrence entre les acteurs principaux concerne de plus en plus les questions de vie privée. Mais ce n’est qu’un premier pas dans la bonne direction. Le chemin est encore long ».
Contexte
Des moteurs de recherche comme Google, Yahoo ou MSN collectent les données personnelles et les stockent parfois plusieurs années. Les compagnies affirment que les informations privées sont utilisées pour fournir de meilleurs services, généralement gratuits, aux utilisateurs. Ils indiquent en outre que la rétention des données permet d’améliorer la qualité de la recherche et de la sécurité.
Mais ces informations permettent également aux moteurs de recherche de proposer des publicités personnalisées. Mais en utilisant l’historique de recherche d’un seul utilisateur, qu’ils conservent dans une base de données, les moteurs de recherche sont capables d’ajouter des informations commerciales pertinentes à la page de résultats de la recherche. L’ordre des résultats de la recherche dépend de l’utilisation des données personnelles et fournit des résultats différents pour chaque utilisateur.
Google propose également des annonces publicitaires personnalisées dans son service gratuit de courrier électronique Gmail, où les publicités figurent à côté du texte des courriers électroniques que les utilisateurs envoient et reçoivent. Ce service fonctionne en scannant le contenu des courriers électroniques des utilisateurs.
Les autorités nationales de l’UE responsables de la protection de la vie privée, réunies au sein du groupe de travail « Article 29 », ont conclu dans divers documents que les activités des moteurs de recherche devraient être régies par la directive européenne sur la protection des données, qui stipule que « le traitement des données personnelles ne peut être effectué que si la personne concernée a indubitablement donné son consentement » (lire EURACTIV 26/02/08 et EURACTIV 07/02/08). Le groupe de travail a également déclaré qu’il « ne voit pas de raison d’étendre le délai de conservation au-delà de six mois ». Google avait alors réagi en réduisant la durée de rétention des données de 30 ans à 18 mois.
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