L’UE devrait davantage financer les technologies deeptechs et quantiques, selon des fondateurs d’entreprises et experts travaillant dans le domaine quantique en France.
Le numérique quantique repose sur la promesse que de nouvelles avancées technologiques réduiront de manière significative la vitesse de calcul de problèmes particulièrement complexes de plusieurs années à quelques heures, voire de simples minutes.
Le développement d’une telle technologie donnerait un « avantage quantique » à son détenteur. Pour l’instant, les ordinateurs quantiques ne permettent d’apporter que des améliorations incrémentales aux ordinateurs actuels, tandis que les capteurs quantiques, tels que les systèmes de navigation inertiels, s’apprêtent tout juste à entrer sur le marché.
« Pour que l’Europe puisse pleinement jouer son rôle, nous devons établir des synergies entre ce qui se passe au niveau national et ce qui se déroule au niveau de l’Union européenne », a déclaré à Euractiv Neil Abroug, responsable de la stratégie quantique française.
Un secteur à forte intensité capitalistique
Les entreprises du quantique se caractérisent par une forte demande en capitaux pour croître.
« La France est sans doute l’un des meilleurs pays pour lancer une start-up tech », a déclaré à Euractiv Théau Peronnin, PDG et cofondateur d’Alice & Bob, une startup basée à Paris qui construit des ordinateurs quantiques.
La France a mis en place plusieurs initiatives pour soutenir son écosystème technologique, notamment le label French Tech.
Le système fiscal a également été adapté grâce à de nombreuses initiatives visant à favoriser l’entrepreneuriat et le développement des startups.
Sur le secteur quantique, Quantonation, un fonds d’investissement français s’est spécialisé dans l’investissement dans les entreprises quantiques. Il gère des actifs d’une valeur de 100 millions d’euros.
Selon M. Abroug, Quantonation a été un initiateur de tendance qui a bénéficié à tout l’écosystème quantique français. Ses investissements dans le domaine quantique ont incité des fonds d’investissement généralistes à venir investir, créant ainsi un cercle vertueux.
L’absence de grands fonds d’investissement européens spécialisés
Cependant, selon M. Peronnin, « la fragmentation du financement européen limite la croissance du secteur quantique », lorsque ces entreprises souhaitent lever des sommes importantes.
Pour illustrer cet état de fait, la startup française Pasqal, qui a levé, en 2023, 100 millions d’euros lors de son tour de table de série B, pour lui permettre de se développer et commencer à s’internationaliser, a ouvert son capital à Temasek Holdings, le fonds souverain singapourien, et à Wa’ed Ventures, le fonds d’investissement d’Aramco, une compagnie pétrolière d’État saoudienne.
Ces ressources d’acteurs privés non européens ont été complétées par des ressources d’acteurs publics, européens : la banque publique d’investissement française Bpifrance et le Conseil européen de l’innovation.
Le responsable de la stratégie de Pasqal, Nicolas Proust, a déclaré à Euractiv qu’en ce qui concerne les futurs cycles d’investissement, « le point d’attention est l’écosystème général de financement que les pouvoirs publics français doivent continuer de constituer pour les startups deeptechs. »
Pierre Desjardins, cofondateur et PDG de la startup quantique C12, abonde dans ce sens. « Nous sommes désormais arrivés au moment où, nous les startups, avons besoin d’une action encore plus concrète du côté des pouvoirs publics, pour nous permettre d’entrer dans la phase de maturation technologique. »
Le manque de grands fonds d’investissement européens est un défi de longue date de l’UE.
En 2020, une enquête parlementaire commandée par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe a présenté un rapport qui comprenait la recommandation suivante : « faire émerger un fonds d’investissement « late-stage » (avant introduction en bourse, ndlr) de confiance de 300 à 500 millions d’euros dédié aux startups du quantique ».
M. Abroug, alors corapporteur de l’enquête, a déclaré à Euractiv que l’évolution actuelle de l’écosystème quantique le poussait à considérer qu’un tel fonds d’investissement français ou européen dédié au quantique devrait actuellement gérer plus d’un milliard d’euros.
Certaines initiatives de l’UE existent cependant. L’initiative European Tech Champions, lancée en 2023 par la Banque européenne d’investissement aux côtés des principaux pays européens tels que l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie et la Belgique, vise à soutenir 10 à 15 grands fonds d’investissement en capital-risque gérant environ un milliard d’euros chacun.
Cette initiative vise à soutenir la création de fonds d’investissement spécialisés dans l’investissement tech. Cependant, l’initiative européenne ne s’est pas fixé d’objectifs pour faire émerger un fonds spécialisé dans l’investissement dans le quantique.
« Si je devais lever 100 millions d’euros, je devrais trouver un investisseur principal apportant la moitié de la somme. Mais ce dernier ne peut s’exposer qu’à hauteur de 5 % de son fond. Cela signifie un fond au moins 1 milliard d’euros. Le défi est que de tels fonds d’investissement européens, possédant le savoir-faire pour investir dans la deeptech, ne courent pas les rues, » résume M. Peronnin.



