La prochaine réunion du Conseil du commerce et des technologies UE-États-Unis a été officiellement reportée, ce qui semble confirmer que l’initiative transatlantique a été reléguée au bas de la liste des priorités technologiques des deux côtés de l’Atlantique.
Le président américain Joe Biden et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont lancé le Conseil du commerce et des technologies (CCT) lors du sommet UE-États-Unis de juin 2021. Alors que les relations transatlantiques étaient au plus bas après le mandat de Donald Trump, cette plateforme symbolisait une redynamisation du dialogue entre les deux parties.
En effet, lors de la première réunion en septembre 2021, le fait que les deux partenaires se réunissent pour discuter d’une position commune sur les questions technologiques était suffisant. L’atmosphère était tout de même tendue avec le pacte de l’alliance AUKUS — un partenariat stratégique entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie — qui avait entraîné la rupture d’un accord de fourniture de sous-marins français à l’Australie ce mois-là.
Le CCT devait initialement être une plateforme permanente permettant à Bruxelles et Washington de converger sur des sujets politiques clés liés au commerce mondial et aux technologies émergentes.
Toutefois, lors de la deuxième réunion, qui s’est tenue en mai 2022, l’attention s’est portée sur la Russie, qui venait de lancer son invasion à grande échelle de l’Ukraine. Les dix groupes de travail du CCT, divisés en domaines thématiques, sont devenus une plateforme de collaboration sur les contrôles des exportations de technologies à double usage, le filtrage des investissements et la lutte contre la désinformation.
Peu de résultats
Lorsque la guerre en Ukraine s’est transformée en guerre d’usure, Bruxelles et Washington ont commencé à chercher les « résultats tangibles » de leur coopération.
Et les résultats qu’ils ont obtenus lors du troisième sommet en décembre dernier étaient plutôt maigres : une « feuille de route commune » pour une intelligence artificielle (IA) digne de confiance, des accords pour s’envoyer mutuellement des mécanismes d’alerte précoce sur les perturbations des chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs, un alignement sur les contrôles à l’exportation et peu d’autres choses.
Lors de la dernière réunion, qui s’est tenue en Suède en mai, très peu de dossiers avaient progressé, si ce n’est celui sur la coordination des sanctions contre Moscou. Une perte d’élan qui a été confirmée par le report du prochain sommet.
« Malheureusement, je dois vous informer que la réunion initialement prévue en décembre dans le Connecticut a été annulée en raison de la situation internationale instable qui est rapidement devenue le centre d’intérêt de l’administration Biden », peut-on lire dans un courriel envoyé aux parties prenantes jeudi (30 novembre).
La communication interne ajoute que la prochaine réunion devrait avoir lieu au début du mois d’avril en Belgique, qui assurera la présidence tournante du Conseil de l’UE de janvier à juin, et que de plus amples informations sont attendues au début de l’année prochaine.
« Déjà en Suède, tout cela ressemblait à une plaisanterie. Maintenant, le projet est complètement mort », a indiqué un acteur impliqué dans les discussions à Euractiv s’exprimant sous couvert d’anonymat, ajoutant qu’il serait difficile d’organiser quelque chose de sérieux deux mois avant les élections européennes de juin 2024.
Un échec dès le début ?
Il semblerait que CCT n’a jamais vraiment fonctionné, car les deux blocs avaient des agendas très différents : Bruxelles voulait mettre la politique numérique de Washington au diapason, mais ce dernier a toujours refusé de discuter de la législation européenne.
Les États-Unis ont pour leur part utilisé la plateforme avec un peu plus de succès pour lutter contre l’influence russe et éventuellement chinoise.
Selon un haut fonctionnaire de l’UE, les discussions se sont avérées difficiles sur le plan commercial, car l’administration de Joe Biden a mis en place des plans de relance massifs pour les technologies vertes telles que les véhicules électriques. Toutefois, il existe toujours un intérêt pour les questions numériques et une bonne coopération avec les dirigeants américains.
Mais avec peu de résultats concrets et la réouverture des conflits au Moyen-Orient, les deux parties semblent avoir d’autres priorités. Et avec des élections cruciales des deux côtés de l’Atlantique attendues l’année prochaine, il reste à voir si le CCT survivra à sa prochaine réunion.
« Quelle est l’alternative à la coopération transatlantique ? L’idée de l’UE d’utiliser l’effet Bruxelles pour devenir une superpuissance règlementaire est une illusion. Nous avons besoin d’un consensus transatlantique pour faire face aux défis communs et à la montée des puissances non occidentales », a expliqué à Euractiv Antonios Nestoras, directeur adjoint du Forum libéral européen (ELF).
« L’idée [du CCT] est bonne. La mise en œuvre a été mauvaise », a-t-il ajouté.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




