L’aérien réclame des normes uniformisées pour un PNR mondial

Tony Tyler [IATA]

Le PDG de l’Association internationale du transport aérien (IATA), Tony Tyler, explique à EURACTIV Allemagne ce que l’industrie attend de Bruxelles en matière de transport, et les effets qu’aura le PNR sur le terrorisme.

Avec son nouveau plan directeur, la Commission européenne souhaite aider les compagnies aériennes domestiques et améliorer les droits des passagers. Qu’espérez-vous retirer de cette réforme ?

Le plus grand problème auquel fait face le transport aérien européen est la compétitivité. Nous opérons sur un marché très gourmand en capitaux qui, dans certains cas, a des infrastructures faiblement développées. De grands aéroports comme Heathrow [à Londres] et d’autres carrefours européens sont engorgés. À Francfort par exemple, il est très difficile de construire de nouvelles pistes à cause des groupes de défense de l’environnement. Un des facteurs les plus importants à prendre en compte est néanmoins la gestion de l’espace aérien européen, qui est désespérément fragmenté.

En termes de droits des passagers, nous devons encore corriger des failles béantes aussi vite que possible.

Les passagers aériens reçoivent entre 250 et 600 euros de compensation si leur vol est annulé ou très retardé. À titre de comparaison, les passagers des trains reçoivent entre 25 et 50 % du prix de leur ticket. Est-ce équitable ?

Il n’est pas toujours évident de comprendre la raison pour laquelle les compagnies aériennes mettent en place des systèmes de compensation aussi draconiens. Elles font de leur mieux pour fournir les meilleurs services, mais sont parfois frappées par des problèmes qui échappent à leur contrôle. L’aviation européenne évolue vers un système d’obligations très strictes. Les compagnies aériennes doivent payer des montants astronomiques d’indemnisation, et ce quelle que soit leur responsabilité vis-à-vis du problème en question.

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La compensation n’est-elle pas censé les pousser à être plus efficace, à réduire leurs retards et à améliorer leur compétitivité ?

Les compagnies aériennes opèrent déjà dans un marché très compétitif. Elles n’ont pas besoin d’incitations ou de sanctions supplémentaires pour les rendre plus compétitives ou efficaces. Les compensations pèsent lourdement sur les finances de l’industrie et peuvent finir pas altérer la sécurité des vols. Nous ne devrions pas donner aux compagnies aériennes de raison de compromettre la sécurité. Or, de telles obligations augmentent ce risque. Bien entendu, pour les transporteurs, le principe de « la sécurité d’abord » continuer de s’appliquer, mais la dynamique tourne dans la mauvaise direction.

Depuis avril de cette année, l’UE a demandé à toutes les compagnies aériennes européennes de remettre leurs données PNR (dossiers passagers) aux autorités compétentes. Soutenez-vous cette décision ?

Nous respectons les lois. Nous investissons beaucoup d’argent et d’efforts pour développer des systèmes informatiques qui permettent aux gouvernements d’avoir accès aux données qu’ils veulent. En revanche, nous demandons l’introduction de normes mondiales sur la collecte des données. Quand un gouvernement demande des données dans un format différent, ça devient un processus très couteux et complexe.

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Nous voulons aussi que les autorités utilisent vraiment les données que nous leur fournissons. Il est absurde que les compagnies aériennes fournissent toutes les informations en temps voulu aux autorités d’immigration et que les passagers soient toujours traités de la même manière à leur arrivée, sans accélération du processus d’entrée.

Comprenez-vous pourquoi vous devez transmettre les données privées de vos clients aux services de sécurité ?

Bien sûr. Les gouvernements ont un intérêt légitime à accéder à l’information. Nous comprenons pourquoi c’est important pour des raisons de sécurité.

La IATA était-elle impliquée dans le processus avant que le Parlement européen n’approuve la loi ?

Nous avons collaboré avec la Commission dans le processus de consultation. Nous avons clairement expliqué que nous étions prêts à partager les données, mais que les autorités devaient les utiliser pour accélérer le processus d’entrée des passagers qui ne sont pas considérés comme suspects. Comme c’est souvent le cas, certaines de nos propositions ont été prises en compte et d’autres non On n’obtient pas toujours ce que l’on veut, c’est la vie.

Les détracteurs de ce système affirment que le partage des données sensibles des passagers n’aura pas un impact positif sur le terrorisme. Le vice-président du Parlement européen, Alexander Graf Lambsdorff parle d’un « faux sentiment de sécurité », puisqu’il n’existe aucune preuve que la conservation des données aura un effet préventif.

La meilleure manière de protéger la société est d’avoir de bons renseignements. On peut tester toutes sortes de mesures, mais notre atout sera toujours les renseignements. Les données doivent être collectées. Or les compagnies aériennes ont ces données. Donc toutes les compagnies aériennes du monde entier devraient les partager avec les gouvernements du monde entier.

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Les règles permettent aux compagnies aériennes de collecter et transmettre 60 éléments d’information par vol et par passager, dont les détails de carte bancaire, les emails, les adresses, les demandes de repas spéciaux, etc. Dans certains cas, cette dernière information peut entrainer des hypothèses sur les pratiques religieuses de la personne.

Je ne connais pas les détails des données qui sont nécessaires. Vous en savez plus que moi.

Pensez-vous que la nouvelle loi PNR protège correctement les droits des passagers à la vie privée ?

Nous nous conformons à la loi. Si on ne demande de fournir des données, nous le ferons. Si on nous demande de protéger les données, nous le ferons. Nous ne faisons que ce que la loi exige de nous.

Vous avez pourtant participé à la consultation avant que la loi soit approuvée.

Oui, la Commission a demandé notre avis, mais ce qui nous intéresse le plus est l’industrie et la pratique. Si nous avions pensé que les nouvelles règles étaient trop couteuses et complexes à mettre en œuvre, alors nous aurions exprimé cet avis. J’ose croire que les législateurs ont voté des mesures efficaces.

Combien cela coute-t-il de collecter et partager autant de données ?

Naturellement, les coûts sont élevés. Notamment parce que nous n’avons pas ces normes internationales et que nous devons fournir des données sous différents formats. Je ne peux pas vous donner de chiffre exact.

Ces nouvelles règles pourraient-elles finir par être désavantageuses pour la compétitivité des compagnies aériennes ?

Non, je ne pense pas.

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