Ce point de vue accablant surgit un jour après la publication d’un nouveau rapport de la Banque mondiale qui suggère que la production de biocarburants a joué un rôle majeur dans la hausse mondiale de 83 % des prix alimentaires au cours des trois dernières années. D’après cette étude, la plupart des scénarios au sujet de l’augmentation de l’utilisation des biocarburants insinuent des compensations conséquentes avec les prix alimentaires. Elle condamne également la hausse des prix de l’énergie et des engrais, un dollar faible et les interdictions d’exportations relatives aux hausses récentes des prix alimentaires qui ont déclenché des actes de violence dans un certain nombre de pays en développement au cours des dernières années.
Lors d’une rencontre avec la presse quelques jour savant la réunion annuelle de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à Washington DC le 13 avril dernier, Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale a observé que tandis que certains se soucient de remplir leurs réservoir, beaucoup d’autres dans le monde luttent pour remplir leur estomacs et chaque jour cela devient de plus en plus difficile.
Lors d’une réunion, il a demandé un nouveau programme en faveur d’une politique mondiale pour l’alimentation visant à permettre de s’attaquer aux problèmes de la famine et de la malnutrition mais également à étudier les interconnexions entre l’approvisionnement alimentaire, l’énergie et le changement climatique.
La France pousse également ses partenaires européens à réagir en faisant de l’agriculture la priorité principale de l’agenda européen. Le ministre français en charge de l’Agriculture, Michel Barnier, a déclaré qu’il profitera d’une réunion des ministres européens en charge de l’Agriculture qui a lieu aujourd’hui (14 avril) pour proposer une initiative européenne sur la sécurité alimentaire dans le monde.
Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a également déclare qu’il veut que la question de la hausse des prix alimentaires et du lien avec la production des biocarburants soient dans l’agenda du sommet du G8 des nations industrialisées qui aura lieu à Hokkaido au Japon en juillet prochain.
Cependant, les producteurs de biocarburants en Europe regrettent que le débat soit devenu un sujet si émotif et irrationnel. Rob Vierhout, le secrétaire général de l’Association européenne de carburant bioéthanol (eBio), a affirmé que les estimations actuelles des scientifiques montrent que l’objectif de 10 % est absolument raisonnable sans mettre une pression non viable sur les sols, l’eau et la biodiversité, même si il est complètement évalué à partir de la production domestique.
La commission scientifique de l’AEE n’a pas présenté de nouvelles preuves, a-t-il déclaré.
M. Vierhout a mis en garde contre la baisse de l’objectif de 10 % en déclarant que ceci éloignerait l’Europe de l’utilisation de biocarburants tandis que des pays comme les Etats-Unis et le Brésil, qui ne produisent pas nécessairement aux niveaux prévus par l’UE relativement à des critères de durabilité, continue leur production.
Il a également affirmé qu’alors que l’augmentation de la production de biocarburants n’a bien sûr pas d’effet sur les prix alimentaires, les hausses actuelles ne sont pas arrivées à cause des biocarburants. Il met plutôt en avant le changement de mode de vie de centaines de millions d’habitants en Chine et en Inde et également les mauvaises conditions climatiques comme étant les causes principales.
Il n’y a aucune raison de distinguer les biocarburants comme la source de tous les maux. Arrêter la production de biocarburants aurait seulement un effet très marginal, a-t-il déclaré à EURACTIV en remarquant que la Banque mondiale elle-même avait une longue histoire de destruction de l’agriculture africaine derrière elle par de mauvais diagnostiques et conseils.
La porte-parole de la Commission européenne, Barbara Helfferich, a également déclaré à EURACTIV que le comité continue à penser que l’objectif de 10 % est réalisable mais a souligné qu’il sera réalisé conformément aux critères de durabilité et à la promotion des biocarburants de deuxième génération.
Elle a réfuté l’idée selon laquelle l’UE pourrait abandonner sa politique en matière de biocarburants, en déclarant que les dirigeants européens avaient réaffirmé l’objectif l’été dernier (EURACTIV 14/03/08).