CO2 : les eurodéputés saluent l’échec du lobby de l’industrie automobile [FR]

car_exhaust_03.jpg

Contre toute attente et malgré une forte pression de l’industrie, la commission parlementaire Environnement a rejeté hier 25 septembre une proposition de compromis qui aurait réduit les ambitions de l’UE en matière de réduction des émissions moyennes de CO2 des voitures.

Dans un retournement de situation de dernière minute, les eurodéputés ont rejeté le compromis décroché la semaine dernière par le rapporteur socialiste italien Guido Sacconi et par les membres de la commission parlementaire Industrie. Selon ce compromis, les constructeurs automobiles auraient bénéficié d’un délai supplémentaire de trois ans pour mettre en œuvre les réductions d’émissions de dioxyde de carbone.

La recommandation en vue d’un compromis était intervenue après le vote de la commission parlementaire Industrie. Ce vote, qui a eu lieu le 1er septembre, a assoupli le rapport initial de M. Sacconi, proposant une période de mise en place des nouvelles règles sur le CO2 pour que seuls 60 % de l’ensemble de la production des constructeurs automobiles doivent se conformer à l’objectif d’ici 2012. Ce pourcentage passerait à 70 % d’ici 2013, à 80 % d’ici 2014 puis à 100 % d’ici 2015.

Selon l’eurodéputé de gauche Jens Holm, l’accord décroché par le PPE-DE et le PSE était favorable à l’industrie. Cet accord n’a cependant jamais été rejeté par la commission parlementaire Environnement, qui mène le débat sur cette question. A la place, cette commission a insisté sur le maintien de la recommandation initiale de M. Sacconi de mettre en place un objectif à long terme encore plus strict de 95 g/km d’ici à 2020.

Les eurodéputés ont en outre rejeté un amendement qui aurait plafonné à 50 euros les sanctions financières imposées aux constructeurs automobiles qui enfreindraient les limitations de CO2. Ils ont donc soutenu une proposition de la Commission, qui fixe les premières sanctions à 20 euros par gramme supplémentaire en 2012 avant de les relever à 95 euros à compter de 2015. Toutes les recettes seraient investies dans des innovations technologiques de réduction des émissions des véhicules.

La commission parlementaire Environnement a également rejeté une proposition de la commission Industrie de permettre aux constructeurs de considérer certains véhicules – par exemple les véhicules émettant moins de 50 g/km ou utilisant des combustibles alternatifs – comme une automobile et demie. Selon cette proposition, qui aurait permis aux fabricants de réduire leur moyenne d’émissions, les voitures « zéro émissions » auraient en outre compté pour trois automobiles jusqu’en 2015. La commission Environnement a cependant soutenu l’idée de distribuer des crédits spéciaux pour les innovations écologiques, comme les phares économiques, qui ne font actuellement pas partie du cycle de test normal. Le texte souligne que les crédits associés à une technologie ne devraient pas dépasser 75 % de la réduction de CO2 réelle.

Le vote a été salué par les partisans d’une législation plus stricte sur le CO2 visant à encourager les ambitions européennes en matière de changement climatique.

Mais ceux-ci pourraient être déçus car le texte doit encore être approuvé en session plénière en octobre ou en novembre. Ils risquent aussi de voir leurs propositions édulcorées dans une large mesure par les gouvernements nationaux. En effet, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy ont annoncé en juin qu’ils étaient parvenus à un accord bilatéral sur la législation, notamment concernant des périodes de mise en place plus longues, davantage de fléxibilité sur les sanctions à l’encontre des contrevenants et d’importants crédits pour l’introduction des technologies vertes (EURACTIV 10/06/08).

« Ça a été une grande surprise », a déclaré l’eurodéputée écologiste allemande Rebecca Harms après le vote de la commission Environnement. « Nous avons dû combattre l'industrie et les gouvernements, et les Allemands et les Français mettaient une forte pression », a-t-elle signalé. Selon elle, ce vote est en faveur des consommateurs européens. Avec les prix élevés du pétrole, des voitures plus efficaces en matière de consommation de carburant réduiront les charges supportées par les gens qui dépendent de leur voiture, a-t-elle ajouté. 

Ni le groupe socialiste ni celui du PPE-DE, qui avaient pourtant décroché l’accord de compromis, n’ont publié de communiqués après le vote. 

Chris Davies, eurodéputé libéral britannique et porte-parole de l’ADLE pour l’environnement, qui avait autrefois rédigé le projet de rapport du Parlement sur la stratégie globale sur les voitures et le CO2, a salué le vote, estimant qu’il s’agissait d’un bon jour pour la démocratie. Le lobby de l’industrie automobile a perdu, a-t-il déclaré, estimant que les eurodéputés ont défendu des mesures plus strictes pour lutter contre le réchauffement climatique en envoyant un message fort aux lobbyistes de l’industrie, qui devront reculer. Tout en regrettant que le paquet adopté hier était plus faible que ce que le Parlement avait proposé l’année dernière, il a indiqué qu’il était malgré tout bien meilleur que prévu, étant donné la quantité de pressions directes et de menaces politiques qui sont survenues. 

Les spécialistes du climat nous disent qu’il est urgent de prendre des mesures afin d’empêcher les effets les plus désastreux du changement climatique, a-t-il expliqué. Il est essentiel de s’attaquer à la hausse des émissions de CO2 des voitures, et cela signifie instaurer des limites d’émissions le plus tôt possible, a-t-il déclaré. Sans amendes pour les entreprises qui refusent de s’y conformer, ces limites seraient dépourvues de sens, selon M. Davies, qui espère que la chancelière allemande Angela Merkel sera contrainte à repenser ses propositions favorables aux pollueurs. 

Le groupe parlementaire de gauche GUE/NGL a lui aussi salué le vote, qu’il qualifie de « moment historique », qui voit le climat l’emporter sur l’industrie automobile. L’eurodéputé suédois et shadow rapporteur Jens Holm a déclaré que « jusqu'à hier soir, les choses semblaient très moroses », mais « un certain nombre de députés socialistes a brusquement changé de position » par la suite.

Mais les constructeurs automobiles ont fait part de leur déception. Selon eux, les eurodéputés ont manqué l’occasion d’aider à mettre en place un cadre réaliste pour l’industrie automobile. Ils estiment que le vote menace l’avenir de la production automobile en Europe. La commission Environnement a donné un mauvais signal aujourd’hui, ont-il déclaré. C’est une mauvaise nouvelle pour l’Europe, tout particulièrement dans une conjoncture économique qui se dégrade déjà, a déploré Ivan Hodac, secrétaire général de l’ACEA, l’association européenne des constructeurs automobiles. Il a toutefois affirmé son espoir quant à une attitude plus favorable du Parlement et des Etats membres à l’égard de l’industrie. Il s’attend à ce qu’ils trouvent le juste milieu entre la protection de l’environnement, la croissance économique et l’emploi, qui sont à son avis tous d’égal intérêt pour la société européenne.

Les ONG écologistes ont salué le vote. Selon la militante Greenpeace  Franziska Achterberg, ce vote rapproche l’UE d’une première loi européenne efficace pour limiter l’impact sur le climat.

D’après Tony Bosworth, militant de Friends of the Earth, le vote reflète la volonté des citoyens européens qui sont selon lui une écrasante majorité à vouloir des mesures strictes pour réduire les émissions et rendre les voitures plus efficaces en termes de consommation de carburant. 

Il a ajouté que l’industrie automobile doit maintenant se concentrer sur ses efforts de réduction des émissions plutôt que de faire du lobby dans son propre intérêt.

Le directeur de Transport & Environment Jos Dings a indiqué par la suite que l’objectif strict à court terme est réalisable avec les technologies disponibles actuellement. Il a également accueilli favorablement l’objectif à long terme, dont il espère qu’il fera comprendre à l’industrie automobile qu’elle doit modifier son comportement et mettre tous ses efforts dans le développement de la prochaine génération de véhicules à faible consommation de carburant.

En février 2007, la Commission a proposé une législation contraignante qui obligerait les constructeurs automobiles à réduire les émissions moyennes des nouveaux véhicules. Les niveaux actuels de 160 grammes de CO2 par kilomètre devraient passer à 130g/km en 2012 en améliorant la technologie automobile. Une autre réduction de 10g/km devrait découler des améliorations dans d’autres domaines, notamment les pneus, les carburants et la conduite écologique.

La nouvelle législation remplacerait un accord volontaire de 1998 signé avec l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), qui engageait les constructeurs automobile à atteindre un objectifs –qui est aujourd’hui très peu probable – de 140 g/km d’ici 2008.

Des mesures concrètes doivent encore être approuves par le Parlement et les Etats membres. Cependant, la Commission envisage des plafonds de CO2 proportionnels au poids des véhicules, avec des sanctions pouvant atteindre 95 euros par gramme supplémentaire de dioxyde de carbone émis (EURACTIV 20/12/07). 

En Europe, 12 % de toutes les émissions de dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre, sont émises par des véhicules. La législation survient au moment où l’Europe fait des efforts pour lutter contre le réchauffement climatique en fixant une réduction de 20 % des émissions de CO2 d’ici à 2020.

Inscrivez-vous à notre newsletter

S'inscrire