Des avions plus propres qui dépendent de matières premières polluantes

Farnborough _ Reuters photo by Luke MacGregor.jpg

EDITION SPECIALE /  Du cockpit aux freins de roue, les nouvelles générations d'avions moins polluants dépendent de plus en plus de matières premières importées dont la production est rarement très respectueuse de l'environnement. Un reportage d'EURACTIV en direct du salon international d’aéronautique de Farnborough.

La Chine et la Russie sont les principaux fournisseurs de certaines formes de titane, un métal léger utilisé dans les cellules et composants d'avions. La Chine domine en outre largement le marché des terres rares. L'approvisionnement fiable de ces ressources est vital, dans la mesure où les constructeurs aériens européens et américains jonglent entre les commandes et les prévisions de croissance exponentielles pour ces 20 prochaines années.

« C'est un domaine qui devrait être de plus en plus problématique pour le secteur », a déclaré le Dr Andy Jefferson, directeur de programme pour l'organisation de recherche britannique Sustainable Aviation qui est financée par l'industrie.

« Nous devons montrer l'exemple en développant une innovation durable », a-t-il déclaré en marge du salon aéronautique international de Farnborough en Angleterre.

Le titane est le métal idéal pour les cellules d'avions et leur  structure, car il est plus léger et plus solide que l'aluminium et très résistant à la chaleur. Certaines des 17 terres rares sont utilisées dans les ordinateurs, dans les pièces d'avion et la technologie de guidage.

Un approvisionnement durable ?

L'approvisionnement est toutefois loin d'être garanti, selon des experts indépendants. La Chine et la Russie appliqueraient des pratiques commerciales sélectives et compteraient progressivement entrer en concurrence avec les fabricants d'avions européens et américains.

L'année dernière, lorsqu'un conflit commercial a éclaté entre l'Union européenne et la Chine à propos des terres rares, la société de conseil et d'expertise PriceWaterhouseCoopers a publié une étude révélant des inquiétudes très répandues parmi les dirigeants d'entreprise quant à la rareté de l'offre pour ces composants essentiels à la production.

« Pour faire simple, de nombreuses entreprises reconnaissent aujourd'hui que nous vivons au-dessus des moyens de notre planète », a déclaré Malcolm Preston, responsable du développement durable mondial chez PriceWaterhouseCoopers, lors de la publication des résultats en décembre dernier.

« Il sera crucial trouver de nouveaux modèles commerciaux afin de répondre de façon adéquate aux risques et opportunités découlant de la raréfaction des minéraux et des métaux. »

Selon les chiffres de la Federal Aviation Administration américaine, la demande pour une terre rare utilisée dans les semi-conducteurs et dans le secteur aérospatial, l'hafnium, est sur le point d'excéder l'offre mondiale.

Le béryllium métallique très léger utilisé dans les freins et les cadres de fenêtres des avions civils et militaires se trouve quant à lui sur la liste « critique » de PriceWaterhouseCoopers.

Le Centre commun de recherche de la Commission européenne a émis ses propres avertissements quant au fait que les objectifs européens pour le climat étaient menacés par des pénuries de métaux pour lesquels la demande est forte, alors que le secteur est dominé par un fournisseur unique : la Chine.

L’Organisation mondiale du commerce a récemment par deux fois demandé à la Chine d'alléger ses restrictions à l'exportation pour les terres rares utilisées dans le secteur de l'énergie, des transports et de l'électronique. L'empire du Milieu avait rétorqué que ses restrictions visaient en partie à limiter l'impact environnemental de l'extraction et du traitement des métaux. L'UE, les États-Unis et le Japon restent toutefois convaincus que Beijing subventionne à tort les prix nationaux des terres rares et gonfle les prix à l'exportation.

La Chine fournit la quasi-totalité des 17 éléments et métaux de terres rares.

L'exploitation du titane pose également problème. A Washington, un récent rapport du Congressional Research Service (une branche indépendante du Congrès), désigne la domination étrangère du marché mondial du titane comme une menace potentielle à la sécurité nationale des États-Unis.

Selon la US Geological Survey, la Chine et la Russie sont les principaux producteurs de titane spongieux, une forme brute de ce métal. Le Japon, les États-Unis et l'Ukraine sont aussi des producteurs importants.

Dans l'hémisphère sud, les experts craignent que les conflits entre le gouvernement et les rebelles de l'est du Congo ne mènent à une pénurie de tantale et d'autres minerais importants utilisés dans les ordinateurs.

Des sources fiables

Des représentants du secteur de l'aviation réunis au salon aéronautique international de Farnborough en Angleterre (où a été présenté l'avion de passagers le plus écologique au monde) ont hésité à parler ouvertement des menaces qui pourraient planer sur l'approvisionnement de matières premières vitales ou de la concurrence potentielle des fabricants d'avions qui émergent en Russie et en Chine.

Ray Conner, le nouveau président de la division des vols commerciaux de Boeing, a déclaré à la presse que son entreprise était très satisfaite de son partenariat avec un fournisseur de titane russe. Le numéro un des constructeurs d'avions de passagers a récemment conclu un accord à long terme avec l'entreprise russe VSMPO-AVISMA, qui répond à plus de la moitié de sa demande en titane.

Airbus a également conclu un accord avec VSMPO-AVISMA pour quelque 60 % du titane dont le groupe européen a besoin.

D'un point de vue géologique, les métaux comme le titane et les terres rares ne sont en fait pas si rares que cela et faisaient auparavant l'objet d'extractions minières en Europe. Mais comme le souligne Andy Jefferson de Sustainable Aviation, leur extraction et leur traitement exigent de la main-d'oeuvre et ont un impact important sur l'environnement. Les opérations sont donc progressivement passées dans des pays aux salaires plus bas et aux fardeaux réglementaires moindres.

De la concurrence dans l'air

En plus d'être les principaux fournisseurs de matières premières, les Russes et les Chinois sont de plus en plus concurrentiels dans l'industrie de l'aviation traditionnellement dominée par les Européens et les Américains.

Le consortium russe OAK (Compagnie aéronautique unifiée) devait finaliser à Farnborough des commandes de clients asiatiques pour son Sukhoi Superjet, comme l'a indiqué à la presse son directeur général, Mikhail Pogosyan. Le groupe lorgne également sur des clients potentiels au sein de la Confédération des États indépendants qui s'étaient tourné vers des entreprises occidentales pour remplacer la flotte aérienne vétuste de l'époque soviétique.

Le Superjet 100 est le premier avion de passager construit en Russie depuis la chute de l'Union soviétique, un projet entaché par des inquiétudes quant à la sécurité suite à une collision lors d'une démonstration en Indonésie, qui avait tué les 45 personnes à bord de l'avion. OAK développe également une génération de long-courriers, MS-21, qui devrait être opérationnelle d'ici 2016. Selon les représentants de l'entreprise, ces appareils seront 15 % plus efficaces en matière de carburant par rapport au même type d'avions opérant en ce moment.

Le constructeur chinois Commercial Aircraft Corporation of China, qui a lancé ses opérations en 2008, a présenté à Farnborough sont avion régional ARJ21 et son modèle plus grand C919, le premier avion de ligne national à couloir unique du pays.

Cette nouvelle concurrence pourrait mettre Airbus et Boeing en péril, surtout dans le marché en plein essor des avions à couloir unique, dominé par l'Airbus 320 et le Boeing 737.

Randy Tinseth, le vice-président du marketing de la division commerciale de Boeing, a toutefois déclaré qu'il y avait de la place pour les concurrents sur ce marché, lors de la présentation des prévisions annuelles de l'entreprise à Bruxelles la semaine dernière. Boeing estime que le monde aura besoin de 34 000 nouveaux appareils d'ici 2031 et que les leaders incontestés européens et américains peinaient aujourd'hui à répondre à la demande actuelle.

Contexte

The European Commission has already identified many so-called rare-earth minerals as well as metals like cobalt in its lists of 14 economically vital raw materials that are prone to supply disruption. The JRC study is part of the Commission’s examination of raw material needs.

Europe depends on imports for nearly all of its rare-earth metals. Though many are in abundant supply on the planet, the metals are often dispersed or difficult to access, and despite their importance to green energy, require intensive mining and processing. China controls more than 90% of the market.

Prochaines étapes

  • Mi-2012 : le Centre commun de recherche de la Commission européenne examinera les autres secteurs qui utilisent des métaux de terres rares.
  • Début 2013 : le CCR examinera l'analyse du cycle de vie des terres rares, la question de l'extraction et des coûts.

Plus d'information

Union européenne

Commission européenne : Définition des matières premières critiques

Centre commun de recherche : Critical Metals in Strategic Energy Technologies

Entreprises et Industrie

PriceWaterhouseCoopers : Rare Earth Metals Scarcity: A 'Ticking Time Bomb' for the World?, Asks PwC

Association internationale du transport aérien : Environment

Salon aéronautique international de Farnborough : Site Internet

Compagnie aéronautique unifiée : Site Internet

VSMPO-AVISMA : Site Internet

Commercial Aircraft Corporation of China : Site Internet?

Autres gouvernements

US Geological Survey : Mineral Commodity Summaries

US Congressional Research Service : Rare Earth Elements in National Defense

 

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