Feu orange pour le trafic transfrontalier des monster trucks

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La Commission européenne est revenue sur son projet de permettre aux  véhicules modulaires, également connus sous le nom de méga ou monster trucks, de franchir les frontières nationales.

Siim Kallas, le commissaire européen aux transports, a prononcé un discours au Parlement européen hier (26 mars) lors duquel il a expliqué pourquoi, selon lui, les véhicules modulaires devraient être autorisés à traverser les frontières librement en Europe, se fondant sur une nouvelle interprétation du droit européen.

Toutefois, après avoir été confronté à la féroce opposition des eurodéputés du comité des transports, il s'est excusé de ne pas les avoir consultés et a promis de suspendre les modifications proposées.

« Je déplore que nous n'ayons pas abordé une question qui se doit d'être discutée ici au Parlement, je le déplore réellement et je suis désolé », a-t-il déclaré. « Nous examinerons toutes les remarques prononcées ici et réfléchirons à la manière d'aborder cette question à l'avenir. »

En réponse à une question posée par le président du comité, Brian Simpson, un eurodéputé libéral britannique, M. Kallas a confirmé qu'il réfléchirait avant de prendre une décision.

Les eurodéputés des groupes des Verts et des Socialistes et Démocrates, qui avaient obtenu un avis juridique contre cette réinterprétation, avaient précédemment qualifié ces propositions de modifications de scandaleuses et l'un d'entre eux avait affirmé que le processus de consultation publique n'avait pas été respecté.

« Les astuces que vous utilisez mettent en péril l'Etat de droit », avait à l'époque déclaré l'eurodéputé vert Michael Cramer.

« Je sens qu'il y a anguille sous roche », avait ironisé un autre eurodéputé.

Gigaliners

Actuellement, l'UE interdit l'utilisation des méga-camions (qui peuvent mesurer jusqu'à 25 mètres de long et peser jusqu'à 60 tonnes), principalement pour des raisons de sécurité et de respect de l'environnement. 

Conformément aux règles en vigueur, les camions européens ne peuvent pas dépasser 18,75 mètres et peser plus de 40 tonnes.

Le secteur des transports routiers affirme que l'utilisation de ce type de camions, ce qu'ils appellent le système modulaire européen, réduit le nombre de véhicules sur les routes et donc la consommation de carburant et les émissions de CO2, tout en réduisant les embouteillages.

« Il me semble qu'empêcher les véhicules d'utiliser le système modulaire pour traverser les frontières sans le consentement des Etats membres n'aurait aucun impact positif sur l'environnement », avait auparavant déclaré M. Kallas. « Un camion modulaire pourrait être conduit d'un côté de la frontière, être démantelé pour traverser la frontière en deux morceaux, puis être reconstitué pour poursuivre son voyage. »

Certaines organisations arguent cependant que même si les camions ne représentent que 3 % du trafic routier, ils sont responsables de 14 % des collisions fatales. Selon ces militants, ouvrir les frontières pour ce type de véhicules en Europe pourrait faire passer 35 % du transport par wagon isolé et 17 % du transport combiné dans le secteur des transports routiers.

Saïd el-Khadaroui, un membre socialiste du comité des transports, a confié à EURACTIV que c'était l'une des raisons pour lesquelles les eurodéputés se sentaient inquiets et déçus de l'initiative de la Commission. « Cette mesure renforcerait le secteur du transport routier alors que nous devrions mettre en place une transition vers des transports plus durables comme le ferroviaire et les voies d'eau intérieures », a-t-il expliqué.

« Si la Commission veut autoriser le transport international par les méga-camions, elle devra présenter une nouvelle proposition dont nous pourrons ensuite discuter. »

Pomme de discorde

Le principal sujet de désaccord était de savoir si la législation actuelle permettait à des Etats membres voisins d'autoriser le trafic transfrontalier des méga-camions sans la promulgation d'une nouvelle loi.

C'est une lettre envoyée par l'Union internationale des transports routiers (UITR) au commissaire Kallas il y a un mois qui a entraîné cette proposition de réinterprétation du droit. M. Kallas y a d'ailleurs fait référence à trois reprises dans son discours.

Bien que cette lettre n'ait pas été rendue publique, Michael Nielsen, un représentant de l'UITR, a confié à EURACTIV : « Nous avions certaines questions très concrètes à poser sur divers articles de la directive ; nous avons réclamé plus de clarté juridique sur le trafic transfrontalier entre les Etats membres qui souhaiteraient l'autoriser. »

M. Nielsen a ajouté que suite au discours de M. Kallas, l'UITR espérait que la Commission conserve son sang-froid et fasse passer cette réinterprétation.

Un homme politique intelligent

« Le commissaire n'est même pas obligé de se rendre au Parlement pour demander l'avis des eurodéputés », a-t-il expliqué. « Mais M. Kallas est un homme politique intelligent et il veut les informer de ce qui se passe. Nous pensons que la Commission nous adressera une réponse favorable. »

Certains eurodéputés ont toutefois rejeté cette analyse de la situation.

M. Cramer a déclaré que M. Kallas avait été impressionné par la force de conviction du Parlement. « Nous serons impliqués dans tout [futur] changement juridique », a-t-il expliqué.

Le cas échéant, M. El-Khadaroui a ajouté que cela prouverait que le Parlement est une institution importante. « Nous pouvons nous opposer à des propositions qui vont à l'encontre de la volonté de la majorité des Européens. »

La Commission européenne n'a pas pu confirmer quelle serait la prochaine étape pour M. Kallas, mais une proposition est attendue d'ici la fin de l'année.

 

Les camions modulaires, des véhicules de 25 mètres de long et de 60 tonnes pouvant transporter d'importants volumes de marchandises en peu de voyages, sont très critiqués pas l'industrie du rail et les organisations de défense de l'environnement qui estiment qu'ils ne font qu'accroître la demande pour les transports routiers.

 

Toutefois, pour certains Etats membres, surtout en Scandinavie où les réseaux ferroviaires sont moins développés, il s'agit d'une solution possible à la congestion des routes européennes et aux problèmes liés à la pollution.

 

Actuellement, ces camions sont interdits dans la majorité des Etats membres, mais ils sont autorisés dans des pays comme la Suède et la Finlande. Bien que le droit européen stipule que les Etats membres peuvent autoriser la circulation de ce type de véhicules sur leur territoire, pour l'instant, il leur est toujours interdit de traverser les frontières.

 

  • Fin 2012 : le commissaire Kallas devrait dévoiler sa proposition finale sur les véhicules modulaires.

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