Un an après la tragédie de Germanwings, les autorités européennes reprochent au gouvernement allemand d’ignorer les recommandations de l’UE en matière de sécurité aérienne.
Le rapport d’enquête final, publié par le Bureau français d’enquêtes et d’analyses le 13 mars, conclut que le mécanisme allemand de déclaration volontaire, qui permet aux pilotes de signaler des problèmes de santé entre deux évaluations périodiques, n’a pas permis de détecter la maladie mentale du pilote Andreas Lubitz.
Les autorités allemandes n’ont pas fait leur mea culpa et ont peu avancé dans la résolution de ce problème, a déclaré un responsable européen qui a préféré garder l’anonymat étant donné le caractère sensible du sujet.
Il y a exactement un an, le crash d’un avion de la compagnie Germanwings avait tué 150 passagers ainsi que les membres de l’équipage.
Pour ne rien arranger, Berlin s’est opposé aux efforts de la Commission pour mieux prendre en compte les intérêts des passagers dans la loi allemande. En effet, le pays continue de privilégier le droit des pilotes à la vie privée par rapport à la sécurité publique.
Des sources européennes proches du dossier ont expliqué que les autorités allemandes étaient réticentes à modifier leurs lois nationales. Les médecins, les associations de pilotes et les compagnies aériennes du pays ont dans certains cas refusé de dévoiler des dossiers médicaux, alors que la loi européenne l’exigeait.
L’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) est en charge d’examiner la bonne application de toutes les règles européennes en matière d’aviation, donc celles concernant le permis des pilotes et les examens médicaux.
Un règlement de la Commission datant de 2011 stipule des règles sur les bilans de santé des pilotes. Il indique que les examinateurs indépendants, spécialisés dans l’aéromédecine et approuvés par les États membres devraient vérifier la santé psychiatrique et psychologique des pilotes au moins une fois par an.
En outre, lorsque le dossier médical d’un pilote présente un problème, un médecin ne peut pas lui remettre de permis et le dossier devrait être transféré aux autorités nationales.
Les règles allemandes ne permettent toutefois qu’un transfert partiel de l’information. Le manque d’accès total aux dossiers médicaux suscite des « inquiétudes liées à la sécurité », ont expliqué les experts. Non seulement cela va à l’encontre de la loi européenne, mais aussi de la Convention de Chicago de l’Organisation de l’aviation civile internationale.
Non-respect des règles européennes
Pour ce qui est de l’Allemagne, les inspections de l’AESA débouchent dans certains cas sur des résultats de « non-conformité », qui sont ensuite communiqués aux autorités de l’aviation civile, a déclaré un porte-parole de la Commission.
L’Allemagne aurait alors dû élaborer un plan de mesures correctives pour résoudre ces problèmes. Au lieu de cela, elle a négligé à plusieurs reprises les recommandations publiées par l’AESA ces dernières années, ont affirmé des sources européennes.
Selon eux, Berlin est la capitale européenne la moins coopérative avec l’agence. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une procédure d’infraction menace l’Allemagne à ce sujet depuis des années.
Interrogé par EURACTIV, le ministre allemand des Transports n’a pas souhaité faire de commentaires.
La Commission a décidé de sévir en septembre 2014, soit six mois avant le crash de l’avion de la Germanwings. Étant donné l’accident tragique, Bruxelles a finalement décidé de faire profil bas pendant les six premiers mois de l’année 2015. Berlin n’ayant pas totalement adopté la loi européenne, la Commission était prête à passer à l’action contre les autorités allemande fin 2015.
>> Lire : La Commission entame un bras-de-fer avec Berlin sur la sécurité aérienne
Encore une fois, l’exécutif européen a décidé de repousser sa décision face à la promesse du gouvernement allemand de proposer de nouvelles mesures pour aligner ses règles et ses pratiques avec les lois européennes.
Selon les responsables européens, l’Allemagne n’aurait commencé à modifier sa législation que récemment, lorsque la Commission a menacé Berlin d’ouvrir une procédure d’infraction à cause de l’inaction du pays.
La coalition au pouvoir en Allemagne a donc décidé en février dernier de déposer des amendements pour renforcer le contrôle des pilotes.
Selon le journal allemand, Süddeutsche Zeitung, les compagnies aériennes doivent s’assurer que les membres du personnel aéronautique sont « compétents et en mesure de garantir la sécurité et le bon déroulement des vols », indiquent des documents internes.
Berlin a l’intention de créer une base de données aéromédicale pour éviter que les pilotes ne s’adressent à plusieurs médecins ou qu’ils fassent valider leur certificats dans des États membres où les mesures sont plus souples.
Pour Ulrich Lange, porte-parole en charge de transport pour le groupe CDU/CSU au Bundestag, la sécurité des données est de la plus haute importance pour garantir une « relation de confiance entre le pilote et le médecin », a rapporté le journal Süddeutsche Zeitung.

