L’UE appuie un paquet de prêt de 40 milliards d’euros pour l’industrie automobile [FR]

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La proposition d’un paquet de prêts à taux réduit de 40 milliards d’euros, destiné à aider les constructeurs automobiles européens à réaliser leurs objectifs environnementaux ambitieux, a été saluée par le secteur mais vivement critiquée par les écologistes.

Lors d’un discours prononcé au cours d’une rencontre réunissant les parties intéressées de CARS21, M.Verheugen a indiqué que la Commission n’était pas opposée à accorder à l’industrie un paquet de prêts à taux réduit de 40 milliards d’euros. 

Il ne pouvait pas dire quand le paquet allait être disponible mais l’idée est d’acheminer l’argent par le biais de la Banque européenne d’investissement (BEI) sous la forme de prêts à faible taux d’intérêts. L’objectif est d’aider le secteur au travers de la R&D afin d’améliorer l’efficacité énergétique et de réduire la consommation de carburant des nouveaux véhicule. 

L’exécutif européen pourrait également permettre aux Etats membres d’accorder des aides d’Etat à l’industrie automobile pour stimuler l’innovation écologique. 

L’annonce a été faite après que les 27 dirigeants de l’UE ont apporté leur soutien à un plan inspiré du modèle français dont l’objectif est de venir en aide à l’industrie automobile en difficulté. Il a été demandé à la Commission de présenter des propositions visant à aider les entreprises européennes avant la fin de l’année (EURACTIV 17/10/08).

Dans le contexte actuel de la crise économique internationale et du déclin des ventes de voitures dans toute l’Europe et dans le monde entier, l’avenir des emplois dans le secteur était la principale préoccupation au cours de la conférence CARS21, a indiqué le commissaire Günter Verheugen lors de la présentation des conclusions de la conférence. 

La perte d’emplois ne touche pas seulement l’industrie automobile, mais aussi les entreprises contractantes, les fournisseurs et tous ceux qui offrent des services d’entretien et effectuent des travaux de réparation, a-t-il ajouté. 

Les parties intéressées sont d’accord sur le fait que pour garantir la durabilité et la compétitivité de l’industrie automobile européenne, il fallait qu’elle acquière le statut de leader mondial en matière de véhicules propres, sûrs et bon marché. 

Toutefois, pour y arriver, l’industrie automobile a souligné qu’il fallait que les régulations élaborées soient adaptées aux besoins des entreprises et que les gouvernements accordent une aide financière directe pour soutenir le secteur. 

« Nous sommes ouverts à la possibilité d'un soutien pour le développement de véhicules avec de faibles émissions, qui permettra à l'industrie automobile européenne de maintenir sa compétitivité mondiale » tout en respectant les règles européennes en matière d’aide d’Etat, a déclaré le président de la Commission José Manuel Barroso. 

Christian Streiff, président du conseil d’administration de l’Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), a affirmé que l’industrie avait besoin de régulations cohérentes, prévisibles et économiques qui puissent maintenir des véhicules abordables sur le marché. 

Selon lui, la force concurrentielle de l’industrie automobile est poussée à sa limite, principalement en raison des prix élevés du carburant, puis de la crise économique et financière. Il a ajouté que les constructeurs automobiles européens se trouvent face au besoin de maintenir un très haut niveau d’investissement pour soutenir la transition du marché vers des véhicules à faibles émissions et pour répondre aux nombreuses obligations nouvelles découlant des régulations. Selon lui, des sommes considérables sont affectées au développement des produits. 

C’est pourquoi les membres de l’ACEA appellent les gouvernements à agir, à offrir un soutien financier pour encourager le marché, à octroyer des mesures incitatives pour renouveler les parcs automobiles partout en Europe, à aider à soutenir l’investissement dans la R&D et à garantir la transition vers des véhicules à faibles émissions. M. Streiff a conclu en affirmant que le secteur automobile attendait un paquet de prêt à taux réduit de 40 milliards d’euros pour favoriser un marché durable pour les dernières technologies à faible consommation de carburant, lesquelles sont actuellement trop chères pour percer sur le marché.

M. Streiff a également signalé que les amendes prévues pour le CO2 étaient absolument insensées pour une industrie déjà en difficulté. 

Wil Botmandirecteur général du bureau européen de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), qui représente les consommateurs d’automobiles, a indiqué que si l’Europe souhaite maintenir sa compétitivité mondiale, il faut procéder à des améliorations drastiques, quoique abordables, en matière de sécurité et de performances environnementales. 

La FIA estime qu’il est possible de progresser en se concentrant sur des aspects liés au comportement des conducteurs ainsi qu’à la gestion de la sécurité des infrastructures routières par le biais d’une amélioration des infrastructures, d’un soutien accru aux techniques d’éco-conduite et d’une harmonisation de l’information aux consommateurs sur les émissions des voitures. 

Greenpeace Europe a accusé l’industrie de crier au loup et de présenter des coûts gonflés pour la réduction des émissions de CO2. En outre, l’organisation a vivement critiqué le fait que l’industrie automobile demande de l’aide financière. Selon Greenpeace, l’industrie demande aux contribuables de payer la facture de son irresponsabilité et de son inaction, tout en continuant à produire en série des voitures inefficaces. 

Si les constructeurs automobiles continuent d’esquiver leurs responsabilités en matière de réduction des émissions de CO2, cela voudrait dire que chaque prêt qui leur est accordé est une subvention accordée au changement climatique. L’industrie devrait arrêter de bloquer les propositions visant à réduire de manière importante les émissions avant même d’envisager de recevoir une subvention, a indiqué Franziska Achterberg, militante de Greenpeace Europe dans le domaine de la politique des transports.   

Le groupe des Verts/ALE au Parlement européen s’est référé aux conclusions de la conférence, en déclarant que M. Verheugen avait, de manière déguisée, donné le feu vert aux subventions tout en donnant une bonne conscience écologique aux constructeurs automobiles. Le groupe l’a également accusé de faire pression aux côtés des constructeurs automobiles pour abaisser les objectifs de réduction de CO2 pour les nouveaux véhicules. 

Aider l’industrie automobile à sortir de la crise est inacceptable si les mesures prennent la forme de subventions déguisées en faveur d’entreprises bien décidées de continuer à faire des affaires comme d’habitude, a indiqué la vice-présidente du groupe des Verts/ALE Rebecca Harms.

En 2005, un groupe de haut niveau « CARS 21  », qui réunit des commissaires, des ministres, des eurodéputés ainsi que des représentants de l’industrie et des syndicats, a été mis en place pour améliorer le cadre réglementaire de l’industrie automobile et pour préparer le secteur aux défis en matière de concurrence au cours de la prochaine décennie. 

Le groupe n’a pas tardé à susciter des critiques de la part des organisations de consommateurs et d’autres industries liées au secteur automobile, qui lui reprochent d’être fait sur mesure pour répondre aux intérêts des constructeurs automobiles européens et de représenter une manœuvre de protectionnisme commercial (EURACTIV 01/03/05 et 05/10/05).

Se fondant sur le rapport du groupe, la Commission a présenté en février 2007 une nouvelle stratégie pour la viabilité à long terme de l’industrie automobile européenne, laissant de côté les défis sociaux liés à la mondialisation. A la place, elle a promis d’organiser un forum de restructuration sur l’industrie automobile pour aider les constructeurs à anticiper les défis concurrentiels à un stade précoce et à y répondre de façon socialement responsable. 

Une consultation des parties prenantes sur cette question a été organisée en été 2008.

• Un groupe d’étude sur des véhicules plus propres sera mis en place parmi les parties prenantes en vue d’explorer des questions techniques, réglementaires et économiques et de proposer des possibilités d’avancées pour ces véhicules. 
• Une nouvelle réunion des acteurs de CARS21 se déroulera l’année prochaine pour débattre des conclusions du groupe. 

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