L’UE veut lutter contre le dumping sur l’huile de palme indonésienne

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La culture d’huile de palme en Indonésie entraîne des dégâts environnementaux et de mauvaises conditions de travail. Mais, si l’UE impose des droits de douane punitifs, c’est pour des raisons fiscales.

L'Europe importe près d'un quart de son biodiesel, dont 90 % provient de l'Indonésie et de l'Argentine. Ces deux pays bénéficient d'un système de taxe différentielle à l’exportation (DET). Selon l'UE, ce système rend les matières premières plus coûteuses que le produit fini.

« En raison des DET, les Argentins et les Indonésiens ont accès à du soja et de l'huile de palme à un prix 35 à 40 % inférieur à celui pratiqué dans le reste du monde », a déclaré Raffaello Garafalo, le secrétaire général de l’European Biodiesel Board (EBB). « Si vous transformez [le soja ou l'huile de palme] en biodiesel dans ces pays, vous ne payerez pas de taxe à l'exportation. »

La Commission partage le même avis que l'EBB : les industries de l'Union sont « dans l’impossibilité du point de vue économique » de rivaliser contre le biodiesel importé. L'année dernière, les parts de marché de ce produit en Europe ont de nouveau augmenté d’environ 4 %.

« Si nous continuons sur la même lancée, l'industrie du biodiesel en Europe disparaîtra […] et nous serons submergés par le biodiesel indonésien et argentin », a indiqué M. Garafalo.

L'EBB a également affirmé que la législation européenne sur le changement d'affection des sols indirect (CASI) anéantirait l'industrie. Ce serait « catastrophique », a ajouté M. Garofalo. « L'industrie disparaîtra dans quelques mois, si l'UE n'agit pas. »

Les DET posent problème dans les négociations commerciales internationales, mais constituaient le fondement du règlement antidumping provisoire. Il impose des droits de douane jusqu'à 10,6 % sur les importations de biodiesel provenant de Jakarta et de Buenos Aires.

Le ministre argentin des affaires étrangères a qualifié cette mesure de « protectionnisme agressif ». Selon l'industrie européenne du biodiesel, les droits de douane sont insuffisants et les pourcentages devraient atteindre 27 à 32 % pour faire la différence.

Selon des informations d'EURACTIV, une commission antisubventions aurait décidé le 24 juillet de ne pas préciser avant décembre si les DET peuvent être considérées comme des subventions déloyales.

Destruction de l'environnement

Les défenseurs de l'environnement préfèrent s'inquiéter des conséquences sur l'environnement et la santé humaine.

En juin, les niveaux de smog ont atteint un taux record à Singapour lorsque des forêts indonésiennes ont été incendiées afin d’installer des plantations d'huile de palme.

Une enquête de Bloomberg sur les plantations à Sumatra et à Bornéo a révélé des violations des droits de l'Homme, dont le travail des enfants et la servitude pour dette. Ces plantations menacent les orangs-outans d'extinction.

« Nous devons obligatoirement réduire la production d'huile de palme provenant d'Europe, que ce soit pour l'alimentation ou pour le carburant », a indiqué Robbie Blake, porte-parole des Amis de la Terre Europe.

« L'appétit de l'UE pour l'huile de palme destinée au carburant et en provenance de Malaisie et d'Indonésie est à l'origine de la déforestation, de l'incidence sociale négative sur les communautés, de la pollution due à la fumée pour les Singapouriens et les Malaisiens ainsi que des émissions importantes de CO2 provenant des tourbières. »

Des alliés incongrus ?

Les Amis de la Terre et EBB ont partagé des opinions divergentes par rapport à l'impact du biodiesel sur l'environnement.

M. Garofalo a toutefois salué l'opposition de la fédération écologiste contre les exportations d'huile de palme indonésienne. « J'en suis satisfait et cela devrait arriver plus souvent », a-t-il ajouté. « L'objectif principal de nos actions est le commerce équitable, mais également les problèmes environnementaux et moraux concernant la déforestation. »

« Elles ne seront bénéfiques que pour le CASI, l'utilisation des sols, et une utilisation plus intelligente des ressources agricoles », a-t-il poursuivi.

M. Blake a hésité à accepter l'attitude de l'industrie. « Nous partageons les inquiétudes de l'EBB à propos de l'utilisation de l'huile de palme », a-t-il déclaré. « Mais le problème c'est que [l'EBB] nie la pression exercée sur l'utilisation des terres dans le monde et sur les systèmes agricoles quand [l’industrie] tente de transférer l'huile végétale dans nos réservoirs. » 

La production d'huile de palme a quintuplé depuis 1990 en raison de la demande mondiale en savon, rouges à lèvres et biodiesel ainsi qu'en ingrédients comme les nouilles, le chocolat et l'huile de cuisson.

Entre 2005 et 2010, un tiers des forêts marécageuses de tourbe en Malaisie ont été détruites dans le but de construire des plantations d'huile de palme et de répondre ainsi à la demande croissante. Ces tourbières contiennent de grandes quantités de carbone et leur destruction peut avoir de graves conséquences sur les émissions du gaz à effet de serre provoquées par les hommes à l'échelle mondiale.

La part de marché de l'huile de palme malaisienne en Europe est basse, mais en hausse. Certains suspectent toutefois que ces produits arrivent en Europe par le biais de l'Indonésie en raison d'un étiquetage inadéquat de l'origine.

  • Décembre 2013 : l'UE prendra une décision définitive contre l'Indonésie et l'Argentine en matière d'antidumping et d'antisubventions

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