La BEI accusée de financer les carburants fossiles avec de l’argent pour le climat

coal.jpg

La Banque européenne d'investissement a été accusée d'avoir financé le secteur des carburants fossiles avec 16 milliards d'euros depuis 2007, une somme plus importante que celle allouée à n'importe quelle autre source d'énergie.

Selon les chiffres présentés par l'organisation de défense de l'environnement Bankwatch dans un rapport publié aujourd'hui (8 décembre), sur la même période, les énergies renouvelables ont bénéficié de 13 milliards d'euros de financements, et les lignes de transmission de 12,6 milliards d'euros.

« Un tel soutien pour les carburants fossiles entrave les objectifs climatiques de l'UE que la BEI est censée promouvoir, conformément à sa mission », a expliqué à EURACTIV Piotr Trzaskowski, l'un des auteurs du rapport.

L'un des mandats de la BEI est de financer des projets liés au gaz et au charbon, notamment lorsqu'une réduction d'émissions supplémentaire par rapport à celle qui aurait de toute façon eu lieu est démontrée. Bankwatch affirme cependant que la BEI a interprété cette clause à sa manière.

Entre 2007 et 2011, le rapport de Bankwatch révèle que les investissements énergétiques de la BEI dans les carburants fossiles sont passés de 2,8 à 5 milliards d'euros.

La Banque a quant à elle répondu qu'elle ne comprenait pas comment Bankwatch parvenait à ces conclusions. « Nous ne comprenons pas vraiment comment ils ont abouti à ces chiffres », a déclaré à EURACTIV Nicholas Antonovics, porte-parole de la BEI.

« Quand Bankwatch parle de « carburants fossiles », elle fait surtout référence au soutien de la BEI en faveur des infrastructures gazières et des centrales électriques », a-t-il affirmé.

Il aurait été plus parlant d'examiner le nombre de projets de la BEI financés, pour constater que davantage de ressources humaines ont été allouées aux projets liés aux énergies renouvelables et au secteur de l'électricité.

Peu de soutien pour les alternatives énergétiques

Toutefois, bien que les chiffres qu'il a fournis contredisent ceux présentés par Bankwatch, ils confirment également la principale affirmation de l'organisation : depuis que la nouvelle politique énergétique a été adoptée en 2007, la BEI a prêté plus d'argent pour des projets liés au gaz, au pétrole et au charbon que pour des projets liés aux énergies renouvelables, même si l'écart est moins important.

Les combustibles fossiles (champs, centrales et infrastructures) ont reçu 15 milliards d'euros de financement, contre 14,8 milliards d'euros pour les énergies renouvelables, montrent les chiffres de la BEI.

M. Trzaskowski a reconnu que la BEI avait accru le nombre de prêts accordés à des projets d'énergies renouvelables, mais il a précisé que l'impact positif de ces prêts était compensé par les investissements massifs et croissants dans les combustibles fossiles au cours de la même période.

Les 1,8 mille milliards d'euros que la BEI affirme avoir prêté pour la construction de centrales au lignite et à charbon représentent l'un des montants les moins élevés du secteur, mais ils concernent notamment des projets controversés comme la centrale de Sostanj en Slovénie.

Controverse sur l'industrie automobile

Les investissements en faveur de l'industrie automobile sont également contestés par Bankwatch dans son rapport.

Près de trois quarts des 9,4 milliards d'euros de fonds pour la recherche de la BEI entre 2008 et 2010 ont été utilisés sous la forme de subventions pour aider l'industrie automobile à atteindre ses objectifs européens contraignants, plutôt que d'être alloués à des technologies propres innovantes, peut-on lire dans le rapport de l'organisation, Carbon Rising

La BEI soutient que tous les financements alloués à l'industrie automobile dans le cadre du METP (Mécanisme européen pour des transports propres) concernaient la « mobilité électrique ».

Toutefois, selon la base de données de Bankwatch, consultée par EURACTIV, 450 millions d'euros de prêts de la BEI ont été alloués au développement de la technologie utilisée dans les voitures électriques en 2010, contre 2,99 milliards d'euros de prêts pour le secteur automobile dans son ensemble.

En 2008 et 2009, les chiffres parlent également d'eux-mêmes : 800 millions d'euros de prêts alloués à la technologie des voitures électriques, contre 3,9 milliards d'euros pour le secteur automobile.

« Qualifier un projet d'innovant reste subjectif », a déclaré M. Antonovics. « Nous pensons qu'au moins un quart des projets du METP pourraient ainsi être classés. »

L'énoncé de mission du METP stipule que l'argent dont il dispose doit favoriser « l'innovation dans les domaines de la réduction des émissions et de l'efficacité énergétique pour le secteur européen des transports ».

Ce mécanisme est censé centraliser les financements de la Banque alloués à la recherche et au développement.

Renflouement de l'industrie automobile ?

Toutefois, ce chiffre de 9,4 milliards d'euros représente 20 % du budget total de la BEI (47 milliards d'euros) et correspond au renflouement de l'industrie automobile opéré par les Etats-Unis lors de son effondrement en 2008 », peut-on encore lire dans cette étude.

La seule différence, c'est qu'« en Europe on lui a fait endosser un costume vert », affirme Bankwatch.

La BEI rejette ces accusations et affirme que les prêts accordés avaient un lien avec la réduction des émissions générées par le secteur automobile. Ces réductions sont mentionnées dans la législation européenne sur l'efficacité des carburants.

M. Antonovics a reconnu que l'industrie automobile avait prévenu que leurs budgets pour la recherche seraient réduits s'ils ne recevaient pas de financements.

« L'Europe aurait alors perdu des emplois hautement qualifiés en pleine récession et les nouveaux moteurs qui arrivent sur le marché auraient été créés bien plus tard, ce qui aurait eu un effet négatif sur les émissions », a-t-il expliqué.  

Bankwatch argue cependant que la BEI s'est éloignée de son mandat premier en se concentrant davantage sur ses obligations que sur la politique en place. 

« La BEI est une institution de l'UE dont la mission est de poursuivre les objectifs à long terme de l'Union européenne, a déclaré Anna Roggenbuck, coordinatrice de Bankwatch sur les questions liées à la BEI. « La réduction des émissions générées par les moteurs est un objectif politique de l'UE, mais ces prêts ont été accordés pour respecter des obligations mentionnées dans la législation actuelle. »

Dans le cadre de la série de mesures sur le climat adoptée le 17 décembre 2008, le Parlement européen a approuvé une réduction des émissions de 18 % à partir de 2012 pour les nouvelles voitures vendues dans l'UE. 

Cet accord limite les émissions de dioxyde de carbone à 120g/km pour toute l'industrie automobile d'ici 2012. Les fabricants devront respecter cet objectif pour 65 % de leur parc automobile en janvier 2012, 75 % en janvier 2013, 80 % en janvier 2014 et 100% d'ici 2015.

Les fabricants qui ne respecteront pas ces plafonds devront payer des amendes de plus en plus importantes pour chaque gramme de CO2 supplémentaire (95 euros à partir de 2019).

La proposition initiale de la Commission européenne prévoyait l'introduction de ce plafond pour toutes les nouvelles voitures vendues sur le continent en 2012, avec des amendes plus sévères appliquées plus tôt. L'accord qui a été approuvé introduit également un objectif à long terme (2020) pour les nouvelles voitures, exigeant des émissions moyennes de 95g CO2/km. 

Ces réductions d'émissions devraient provenir de l'amélioration de la technologie automobile, ainsi que d'améliorations dans d'autres domaines, comme les pneus, les carburants, l'air conditionné et la conduite écologique.

  • European Investment BankEIB

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer