La bureaucratie européenne pèse sur le secteur logistique

Toute législation européenne sur les transports affecte directement le secteur de la logistique. [Nick Saltmarsh/Flickr]

Si l’UE ne réglemente pas mieux le secteur logistique, celui-ci perdra du terrain sur les marchés internationaux, a prévenu l’Alliance for European Logistics (AEL) à la conférence du comité des transports du Parlement européen le 8 octobre dernier.

Le mandat de la nouvelle Commission doit débuter dans les semaines à venir. À cette occasion, les représentants de l’industrie et les eurodéputés soulignent les défis à relever et donnent des pistes au nouveau Commissaire chargé des transports et de l’espace.

Selon Frank Appel, PDG de Deutsche Post DHL, l’UE a déjà perdu sa compétitivité dans les secteurs de l’énergie et des technologies et ne peut se permettre de prendre du retard dans le domaine des transports, même si le ferroviaire semble avoir le vent en poupe.

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Élimination des entraves au commerce

« La fluidification des échanges commerciaux passe par la réduction des lourdeurs bureaucratiques de l’UE », a estimé Alexander Kirschall, porte-parole d’Alliance for European Logistics (AEL).

Le e-commerce, par exemple, fait l’objet d’une réglementation européenne instaurant des règles précises pour les vendeurs et les acheteurs. Même si la réglementation en vigueur facilite le commerce transfrontalier, il existe toujours des difficultés. L’AEL suggère, entre autres, des procédures de douanes simplifiées et la mise en place d’un système européen de « e-douanes ».

« La simplification de la chaîne d’approvisionnement permettrait de réduire les coûts de production et d’augmenter la compétitivité européenne », assure Alexander Kirschall.

Ces initiatives innovantes ne dépendent cependant pas seulement des législateurs européens. La Commission incite les entreprises à faire des investissements judicieux afin d’augmenter leurs profits d’une part et d’accroître leur efficacité de l’autre.

Alexander Kirschall souligne ainsi l’exemple d’une organisation membre d’AEL qui a récemment établi une liaison ferroviaire régulière entre la Chine et l’Europe.

« Cette combinaison de transport ferroviaire et routier permet de raccourcir les délais de livraison – jusqu’à 21 jours de moins qu’un transport maritime – et de réduire les émissions de CO2 jusqu’à 90 % par rapport au transport aérien », ajoute le porte-parole.

Forum européen

Étant donné que la Commission et l’industrie sont toutes deux intéressées par l’émergence de ce genre de projets, l’AEL a proposé la création d’un forum, un groupe de haut niveau consacré aux questions de logistique, afin de partager les meilleures pratiques et d’obtenir le soutien de la Commission et du Parlement pour de futures initiatives.

« Ce forum serait une bonne occasion de se pencher sur une législation pragmatique qui tiendrait compte des besoins et des difficultés du secteur », renchérit Alexander Kirschall.

L’eurodéputé Ismail Ertug, coordinateur du groupe des Socialistes et Démocrates au sein de la commission des transports a également annoncé pendant la conférence qu’il soutiendrait la création d’un intergroupe sur la logistique au Parlement européen. Cet intergroupe travaillerait en lien avec des acteurs du secteur à la création d’une politique des transports compétitive et rentable.

« Un degré de coopération le plus élevé possible constitue le meilleur moyen de garantir un secteur logistique dynamique contribuant à la circulation des biens dans une Europe de plus en plus interconnectée », affirme Ismail Ertug.

Si la coopération est un aspect important du processus, Frank Appel estime que l’UE ne pourra favoriser l’innovation au sein de ce secteur que si le rôle essentiel des technologies de l’information est intégré à la stratégie des organes de réglementation.

AEL représente tous les prestataires, clients et fournisseurs du secteur logistique, qui compte plus de 7 millions d’employés dans l’UE et pèse quelque 900 milliards d’euros sur le marché.

Une politique des transports intégrée constitue une précondition au bon fonctionnement du marché unique. Le marché du transport européen a été progressivement libéralisé depuis 1992 avec la mise en place d’un cadre réglementaire concernant l'accès à la profession de transporteur routier et la sécurité routière pour tous les État membres.

En 2011, la Commission européenne a publié un Livre blanc sur les transports qui fixe les nouveaux objectifs en matière de politique des transports intégrée. Cette stratégie comprenait des mesures telles qu'une plus grande mobilité sur les réseaux routiers encombrés, une réduction importante des accidents de la route ou encore une diminution des émissions de CO2 et d'autres polluants liées au transport routier.

Dans le contexte du renouvellement du collège de Commissaires, il reviendra toutefois au nouveau Commissaire chargé des transports de définir son programme et ses objectifs propres. Selon la lettre de mission envoyée par le président élu de la Commission, Jean-Claude Juncker, le travail du commissaire chargé des transports se concentrera dans les cinq ans à venir sur le quatrième paquet législatif ferroviaire, sur la politique du « ciel unique européen » et sur les réseaux transeuropéens de transport, entre autres.

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