Le report modal vers le transport maritime peine à s’imposer en Europe

Le transport maritime de marchandise représente 90% du transport de marchandise dans le monde

Le transport maritime représente 90% du transport mondial de marchandise [Copyright: hxdyl/Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Semaine européenne du Transport maritime.

Plus propre que le transport routier, le transport de marchandises par voie maritime représente 40% des échanges intra-européen. Mais cette part de marché stagne depuis une quinzaine d’année, malgré le report modal promu par Bruxelles. 

Le transport maritime à courte distance peine à s’imposer en Europe face à la route, malgré des atouts reconnus par les politiques européennes face à la congestion du trafic et aux problèmes environnementaux.

Depuis 2001, l’Union européenne a tenté de favoriser le report modal de la route vers les autres modes de transport. Mais la part de marché du fret maritime reste inchangée en Europe.

Un report modal au ralenti

Le transport routier représente environ 45% du transport de marchandises au sein de l’Union européenne, suivi de près par le transport maritime qui occupe une part de marché d’environ 40%. Le transport ferroviaire et fluvial se partage le reste du marché.

« Le report modal vers les transports propres est une des priorités de la politique européenne des transports. Mais les objectifs n’ont pour l’instant pas été atteint » constate Eric Banel, délégué général d’Armateurs de France.

 « Malgré certains défauts, le transport maritime est le mode de transport le plus propre en terme d’émission de CO2 » affirme Antidia Citorès de l’ONG de protection du littoral Surfrider.

Le tableau n’est cependant pas complètement noir. « Le maintien de la part de marché du transport maritime est aussi à mettre en parallèle avec l’élargissement de l’UE à des pays essentiellement terrestre et assez enclavés » explique Jean-Marie Millour, délégué général du Bureau de promotion du shortsea shipping.

>>Lire : L’UE favorise le passage au transport de fret ferroviaire et maritime

Dans ce contexte, le maintien de la part de marché du transport maritime apparait comme un succès relatif de la politique européenne en faveur du report modal (aides aux entreprises, financement des infrastructures portuaires, etc).

Parmi les freins au développement du transport maritime de courte distance figure également un positionnement en retrait sur l’agenda des politiques. « Dans l’ordre des priorités politiques le transport maritime ne se positionne malheureusement pas très bien » regrette Jean-Marie Millour,  qui constate que « la majorité des subventions européennes en faveur des infrastructures de transport (RTET) est absorbée par le ferroviaire ».

Externalités des coûts

Le transport routier malgré son bilan carbone tient toujours la première place dans le transport de marchandises en Europe, en raison d’un coût plus avantageux.

L’écart s’explique par l’absence de paiement par le transport routier des coûts, comme les infrastructures, la pollution ou les accidents qu’elle provoque.

« Nous n’avons toujours pas trouvé le moyen de valoriser les externalités positives du transport maritime de marchandises et ce sujet n’a pas été pris à bras-le-corps par les politiques européennes » regrette Eric Banel.

Écotaxe versus ecobonus

Si les avantages du transport maritime peinent à être mis en valeur, la difficulté du report modal provient davantage de politique toujours favorable au transport routier. « On peut dire que le transport routier est favorisé plutôt que de dire que le transport maritime est défavorisé » regrette Dominique Riquet, vice-président de la commission transport du Parlement européen

L’internalisation des coûts externes du transport routier, notamment via la mise en œuvre de taxe poids lourds a avancé en Europe. Mais en France, le projet d’écotaxe a été abandonné, avec des conséquences immédiates sur le développement des axes maritimes en Europe.

>>Lire : La France gèle l’écotaxe poids lourd qui se généralise en Europe

Cette taxe censée inciter le fret à s’orienter vers le rail plutôt que vers la route, et encadré par la directive européenne « Vignette » de 2011, est déjà appliquée dans plusieurs pays européens : la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Danemark et la Suède.

Parmi les effets directs, la liaison entre Nantes Saint-Nazaire et le port espagnol de Gijón, en difficulté financière depuis son lancement en 2010, n’a pas survécu à l’abandon de l’écotaxe. « Et il y a d’autres exemples dans d’autres pays » affirme Jean-Marie Millour.

Si l’abandon de la fiscalité punitive n’a pas été une bonne nouvelle pour le transport maritime, le secteur réclame la mise en place d’un écobonus afin d’inciter le report du fret sur le transport maritime.

La Blue belt

Parmi les freins au développement du transport maritime de marchandises, au sein de l’UE figurent également les procédures douanières

Le projet « Blue Belt », l’espace européen de transport maritime sans frontière présenté par la Commission européenne en 2013 vise à encourager la mise en place d’un espace commun pour le fret maritime.

« Aujourd’hui, aller d’un pays européen à un autre c’est administrativement presque aussi compliqué que de faire un trajet Europe-Chine » regrette Jean-Marie Millour.

Contrairement aux frontières terrestres, les frontières maritimes restent très contrôlées par les douanes de chaque Etats membres, ce qui complexifie les démarches administratives. Selon la Commission, cette complexité administrative constitue d’ailleurs « l’un des principaux goulets d’étranglement entravant le développement du transport maritime ».

L'Union européenne est fortement dépendante du transport maritime pour ses échanges avec le reste du monde et dans son marché intérieur.

74% des marchandises importées dans l’Union et exportées par l’Union et 37% des échanges à l’intérieur de l’Union transitent par des ports de mer.

En comparaison avec d’autres modes de transport, notamment le transport routier, le transport maritime possède des avantages tels que des coûts moins élevés et un impact moindre sur l’environnement. 

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