Lutte contre le terrorisme : l’UE veut accéder aux données personnelles des passagers [FR]

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La Commission souhaite que toutes les compagnies aériennes au départ ou à destination de l’UE partagent les données personnelles de leurs passagers, comme les numéros de passeport ou les détails de leurs cartes de crédit, avec les services secrets européens. Alors qu’elle affirme que cette initiative contribuera à lutter contre le terrorisme, d’autres craignent qu’elle ne compromette notre droit fondamental à la vie privée.

Les compagnies aériennes au départ et à destination de l’UE seraient dans l’obligation de transmettre 19 éléments des données personnelles de leurs passagers – y compris les noms, dates de voyage, itinéraire complet, données relatives à la facturation et informations sur les bagages – pour désigner des unités d’analyses de risques dans le premier Etat membre où l’avion doit atterrir.

Les vols intérieurs à l’UE ne seraient pas concernés par cette obligation.

La « Passenger Information Unit » (PIU – Unité d’informations sur les passagers) serait alors chargée d’évaluer les risques terroristes représentés par les voyageurs et d’identifier ceux qui devraient être soumis à d’autres demandes de renseignement à leur arrivée ou à leur départ du pays.

Toute information serait conservée cinq ans, puis pendant huit années supplémentaires dans une base de données « dormante », dont l’accès serait accordé dans des circonstances exceptionnelles en réponse à une menace spécifique et existante liée à la prévention ou à la lutte contre des attentats terroristes ou la criminalité organisée.

Pour des raisons de protection de la vie privée, la proposition exclut le partage de données PNR sensibles, comme l’origine raciale ou ethnique, les opinions politiques, les croyances religieuses ou philosophiques, l’appartenance à un syndicat, ainsi que les données concernant la santé ou la vie sexuelle d’un individu. D’après la proposition, toute information de ce type qui serait transmise devrait être supprimée immédiatement.

La Commission a souligné que les transporteurs aériens étaient déjà soumis à une obligation, au titre d’une directive de 2004, de communiquer des « informations anticipées sur les voyageurs » (API) – des données biographiques officielles tirées des passeports – aux autorités compétentes des Etats membres afin de lutter contre l’immigration illégale et que le nouveau plan n’ajouterait pas de charge supplémentaire sur les compagnies aériennes.

D’après la Commission européenne, les terroristes et les criminels organisés sont mobiles et le seront de plus en plus. Ils voyagent à l’étranger pour planifier et exécuter leurs sinistres activités. Ils arrivent et quittent l’UE en utilisant des vols commerciaux. Il est important que les autorités chargées de faire respecter la loi soient équipées des meilleurs instruments possibles pour enquêter, prévenir et arrêter à la fois les réseaux terroristes et de criminalité organisée. Le PNR est l’un des outils les plus efficaces.

La Commission souligne également que ses propositions sont tout à fait conformes aux droits fondamentaux, notamment au respect de la protection des données personnelles et de la vie privée des individus.

Cependant, les spécialistes de la protection des données, les experts juridiques et les groupes de défense des droits de l’homme s’opposent à cette initiative.

D’après Tony Bunyan, directeur de Statewatch, un groupe consacré à la surveillance des libertés civiles en Europe, il s’agit d’une autre mesure plaçant chacun sous surveillance et faisant de chacun un suspect, sans véritable droit de savoir comment les données sont utilisées, ni comment elles sont traitées par la suite et par qui.

Il y a, selon lui, peu de chance pour que la collecte de montagnes de données sur les activités de chaque personne dans l’UE contribue de manière significative à lutter contre le terrorisme. 

Sophie in 't Veld, eurodéputée libérale néerlandaise, appelle la Commission à ne pas passer outre les libertés civiles dans la poursuite des terroristes. Pour elle, nous ne devrions pas oublier que ce ne sont pas seulement des vies que nous essayons de protéger des terroristes, mais également nos démocraties.

Elle appelle la Commission à ne pas aggraver les erreurs de l’accord de PNR conclu en juillet avec les Etats-Unis en introduisant notre propre PNR, au moins jusqu’à l’obtention de preuves sérieuses et irréfutables qu’un échange massif de données personnelles conduise à l’arrestation de terroristes.

Elle critique également la double approche de la Commission sur la question de la protection des données. En effet, elle estime qu’il est fourbe de la part de la Commission de déclarer en juillet résister aux exigences américaines concernant un système intrusif, pour, quatre mois plus tard, proposer elle-même un système semblable.

La députée déplore le fait que ces propositions échapperont à l’examen du Parlement et à la surveillance de la justice et que seul un comité secret évaluera leur efficacité.

Kathalijne Buitenweg, eurodéputée Verte néerlandaise et porte-parole à la commission parlementaire des Libertés publique, considère également la proposition comme inutile et incohérente.

D’après elle, la Commission n’a fait aucun effort pour justifier la nécessité de ces mesures et l’insuffisance de la législation actuelle, faisant référence à une directive sur les données des passagers de 2004, qui oblige les compagnies aériennes à transmettre les données sur l’identité de leurs passagers aux autorités du pays de destination après l’enregistrement, mais que la plupart des Etats membres n’ont toujours pas mis en œuvre.

Suite aux attentats terroristes du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont demandé à ce que leurs agences de sécurité aient accès aux informations personnelles fournies par les passagers lors de la réservation de leur billet d’avion, comprenant leur nom et adresse, ainsi que les informations sur leur carte de crédit, leur adresse e-mail, leur numéro de téléphone et leur réservation d’hôtel ou de location de voiture – transfert des données des dossiers passagers (Passenger Name Records, PNR).

Les compagnies aériennes ayant refusé de fournir les données demandées avant le décollage ont été menacées de se voir retirer leur autorisation d’atterrissage sur le sol américain.

Même l’UE – avec son solide engagement historique visant à protéger les droits fondamentaux des citoyens – n’a pas mis en place un tel système et la conclusion d’un accord autorisant les compagnies aériennes européennes à transférer les données personnelles de leurs passagers aux Etats-Unis s’est avéré un processus long et controversé, qui n’a abouti qu’à la fin juillet 2007 (EURACTIV 24/07/07).

Cependant, l’UE envisage désormais d’introduire un système semblable sur son territoire, dans un effort destiné à accélérer la lutte contre le terrorisme, notamment suite à la découverte d’un complot terroriste présumé visant à embarquer clandestinement des explosifs liquides dans des avions à l’aéroport de Heathrow à Londres en août 2006 (EURACTIV 21/08/06).

  • 6 déc. 2007 : les ministres doivent approuver la décision-cadre, qui entrera en vigueur dès sa publication au Journal officiel.

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