Pénurie de chauffeurs de poids lourds : la proposition du permis à 17 ans inquiète les acteurs de la sécurité routière

Cinq États membres — Allemagne, Finlande, Irlande, Pologne et Espagne — autorisent déjà la conduite de camions sous certaines conditions dès 18 ans. [Miguel Perfectti / Shutterstock.com]

Des défenseurs de la sécurité routière ont demandé aux ministres de l’UE de rejeter la proposition visant à abaisser l’âge auquel les jeunes peuvent se former à la conduite d’un véhicule utilitaire lourd, estimant que cette mesure pourrait entraîner une augmentation du nombre d’accidents de la route.

Les ministres des Transports de l’UE se réunissent ce lundi (4 décembre) pour discuter des révisions de la directive européenne sur le permis de conduire. Selon la proposition de la Commission européenne, les jeunes de 17 ans seraient autorisés à passer leur examen et à commencer la conduite accompagnée de camions afin d’acquérir de l’expérience au volant.

Cette idée n’enchante guère les défenseurs de la sécurité routière, qui craignent qu’elle n’incite davantage d’États membres de l’UE à autoriser les jeunes à conduire seuls des camions à partir de 18 ans, alors que la recommandation européenne à ce sujet prévoit 21 ans.

Cinq États membres — Allemagne, Finlande, Irlande, Pologne et Espagne — autorisent déjà la conduite de camions sous certaines conditions dès 18 ans.

Toutefois, l’industrie estime que la baisse de l’âge recommandé est essentielle pour enrayer la grave pénurie de chauffeurs routiers en Europe, et elle rejete les allégations selon lesquelles mettre des adolescents au volant d’un camion ou d’un bus représente un danger.

En amont de la réunion des ministres européens, l’Union internationale des transports routiers (IRU), un groupe représentant l’industrie du transport routier, a soutenu les mesures qui permettraient aux jeunes de devenir conducteurs de poids lourds.

Les données de l’IRU indiquent que le continent était confronté à une pénurie de 600 000 conducteurs en 2022, et que ce chiffre devrait atteindre près de 2 millions d’ici 2026.

Cette situation s’explique en grande partie par le départ à la retraite des conducteurs âgés, sans qu’il y ait suffisamment de jeunes pour les remplacer. À l’heure actuelle, dans l’ensemble de l’UE, seuls 6 % des conducteurs professionnels ont moins de 25 ans.

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« La révision du permis de conduire de l’UE offre la possibilité de supprimer l’un des principaux obstacles à l’entrée des jeunes dans la profession : l’écart entre l’âge auquel ils terminent leurs études et celui auquel ils sont autorisés à devenir conducteurs professionnels », a déclaré l’IRU dans un communiqué à la suite de la publication de la proposition de la Commission.

L’extension de cette mesure à tous les secteurs « permettrait de réduire considérablement le fossé » entre la fin des études et le début de la carrière, a déclaré Raluca Marian, directrice chargée de la défense des intérêts de l’IRU au sein de l’UE.

En revanche, les défenseurs de la sécurité routière affirment que, selon les données des pays qui autorisent déjà la conduite de poids lourds par des mineurs, « mettre un adolescent au volant d’un camion de 40 tonnes risque d’avoir de graves conséquences sur la sécurité routière ».

Dans une lettre adressée aux ministres des Transports de l’UE, les militants affirment que le fait d’abaisser l’âge recommandé de 21 ans mettrait en danger les usagers de la route, car les jeunes ont une perception moins développée des risques et sont plus enclins à en prendre.

Ils citent notamment une étude de l’Association allemande des assurances, qui suggère que les conducteurs de camions âgés de 18 à 20 ans causent un plus grand nombre de collisions entraînant des dommages corporels que les conducteurs plus âgés. Des tendances similaires sont observées en Finlande et en Pologne, soulignent-ils.

Lors d’un briefing de presse, le Conseil européen pour la sécurité des transports (ETSC) a mis en garde contre le fait que « le développement cognitif pendant la puberté peut conduire à une plus grande instabilité émotionnelle et à un comportement plus affirmé ».

« Par conséquent, en tant qu’usagers de la route, les jeunes ont tendance à adopter des comportements à risque et à moins bien apprécier les dangers auxquels ils sont confrontés. »

« Notre message aux législateurs européens est le suivant : n’abaissez pas l’âge minimum pour tous les types de permis de conduire, mais accordez une attention particulière aux véhicules les plus lourds, où les accidents peuvent être catastrophiques », a ajouté l’ETSC.

Interrogée par Euractiv sur la lettre des défenseurs de la sécurité routière, l’IRU a déclaré qu’elle « passe à côté de l’essentiel », car elle se concentre sur les conducteurs seuls, ce qui n’est pas l’intention de la révision.

« L’objectif de la proposition de la Commission est de fournir une formation rémunérée ou un système d’apprentissage dans lequel le jeune conducteur peut déjà être intégré dans un emploi, mais avoir un conducteur expérimenté à ses côtés pendant un an », a déclaré John Kidd, directeur de la communication de l’IRU.

Les ministres des Transports de l’UE espèrent adopter une approche générale de la directive sur les permis de conduire lundi, tandis que la commission des transports du Parlement européen votera sur ses propres amendements à la proposition jeudi (7 décembre).

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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