Quand les sables bitumineux menacent les émissions de CO2 européennes

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Les importations de pétrole provenant des sables bitumineux devraient grimper en flèche si l'Union européenne ne prend pas des mesures sur la qualité des carburants, révèle une étude américaine.

Le Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC) vient de publier une étude sur le pétrole issu des sables bitumineux. Selon ce document, les importations de cette matière devraient passer de 4 000 à 700 000 barils par jour entre 2012 et 2020.

Ce qui entraînerait une hausse importante des émissions de gaz à effet de serre. En effet, l’extraction de pétrole des sables bitumineux nécessite de recourir à de l’eau chauffée au gaz, ainsi qu’à des moyens logistiques démesurés. Selon le NRDC, importer des quantités importantes de ce pétrole en Europe équivaudrait à mettre 6 millions d’automobiles supplémentaires sur les routes du Vieux Continent.

L’actuelle directive européenne sur la qualité des carburants vise à réduire les émissions des gaz à effet de serre de 6 % d’ici 2020. Selon le rapport du NRDC, la hausse des importations de sables bitumineux provoquera une augmentation des émissions de gaz à effet de serre de 1,5 %.

D’après les estimations, les exploitations de sables bitumineux libèrent 23 % de carbone en plus que le pétrole conventionnel.  Une révision de la directive sur la qualité des carburants permettra de déterminer l’intensité de carbone des sables bitumineux. Cependant, si l’on en croit le nouveau paquet énergie-climat dévoilé le 22 janvier, la directive sur la qualité des carburants n’arrivera pas avant 2020, ce qui devrait réjouir le Canada.

Le Canada à la conquête de nouveaux marchés

Si les États-Unis représentent le plus grand marché pétrolier au monde, le Canada cherche de nouvelles opportunités commerciales, notamment en Europe, le deuxième marché sur le plan énergétique.

Le schiste bitumineux occupe une part toujours plus grande dans les raffineries américaines, la production de sables bitumineux canadiens devrait également atteindre 5,8 millions de barils/jour d’ici 2030. Dans ce contexte, l’industrie canadienne de pétrole non conventionnel a dès lors besoin de nouveaux marchés à l’exportation.

La construction de l’oléoduc Énergie Est, un nouveau projet présenté par TransCanada, est conçue pour ce type d’exportations et les « compagnies pétrolières ont fait mention à l’Europe et surtout à l’Espagne », selon le rapport.

Même si l’Europe dans son ensemble manque de capacité de raffinage, les compagnies pétrolières espagnoles font figure d’exceptions.  L’étude canadienne révèle qu’« un certain nombre de raffineries en Espagne peuvent traiter du brut lourd, dont le bitume dilué. En outre, la compagnie pétrolière espagnole Repsol entretient des relations avec Irving, partenaire de premier plan de TransCanada. »

« Selon l’Agence internationale de l’énergie, les raffineries européennes investissent dans des infrastructures supplémentaires en vue de raffiner du pétrole brut lourd, qui devrait augmenter de 70 % entre 2008 et 2018. De nombreuses raffineries, comme celles de Carthagène ou de Bilbao, sont déjà configurées en vue de maximiser les apports du pétrole brut lourd », peut-on lire dans le rapport.

Ces raffineries espagnoles peuvent prendre en charge le pétrole issu des sables bitumineux provenant du Venezuela ou du Canada et leur capacité est suffisante pour absorber tout le flux de brut qui transiterait par l’oléoduc Énergie Est.

Keystone XL, un projet d’oléoduc américano-canadien permettrait également d’ouvrir une autre voie vers l’Europe. Ce projet « pourrait augmenter la capacité de 830 000 barils/jour de sables bitumineux en direction de la côte du Golfe », selon le rapport. À l’heure actuelle, 110 000 barils/jours sont acheminés vers cette région. Autrement dit, le volume de sables bitumineux traités dans les raffineries du Golfe pourrait augmenter de près de 24 % d’ici 2020.

Il est primordial d’appliquer la directive sur la qualité des carburants

L’étude de NRDC remet également en doute les rapports de la Commission européenne sur les sables bitumineux.

L’exécutif européen indique que l’approvisionnement en pétrole non conventionnel en provenance du Canada ne constituerait que 0,2 % de la totalité des importations de carburants en 2020. De son côté, l’ONG américaine estime qu’en raison des changements dans le marché nord-américain, les exportations canadiennes vers l’UE représenteraient entre 5,3 et 6,7 % de la consommation européenne de carburants destinés au transport en 2020. Elle cite notamment les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour appuyer ses calculs.

Ce phénomène « augmenterait l’intensité en gaz à effet de serre des carburants d’environ 1,5 % », soit un quart de l’objectif de 6 % de réduction, selon le rapport.

Nuša Urbancic de l’ONG Transport and Environment (T&E) a déclaré que les différences entre les deux séries de chiffres pourraient s’expliquer par le fait que la construction de l’oléoduc Énergie Est n’avait été annoncée qu’après la publication de l’étude de la Commission.

Peu importe les raisons de ces divergences, les ONG écologistes ont demandé à la Commission européenne de renforcer la directive sur la qualité des carburants et de la mettre en place correctement. Si la directive devait être abandonnée, personne ne sait cependant quelle forme prendrait la prochaine politique européenne sur la question des carburants, s’il devait y en avoir une par ailleurs.

La directive sur la qualité des carburants représente « l’un des principaux instruments pour réduire la demande en sables bitumineux et rendre le marché des carburants plus propre. Des études ont montré qu’une mise en œuvre adéquate de la directive entrainerait une réduction globale des gaz à effet de serre de 19 millions de tonnes par an », révèle un communiqué de T&E.

Cette directive, adoptée en 2009, établit un objectif d’une réduction de 6 % des gaz à effet de serre d’ici 2020, grâce à l’utilisation de biocarburants, de carburants de substitution et à la réduction de la combustion de gaz en torchère, ainsi que de l’évacuation du gaz de combustion dans l’atmosphère sur les sites de production.

Il serait plus difficile d’atteindre cet objectif de 6 % en cas de consommation accrue des sables bitumineux. 

La directive européenne sur la qualité des carburants impose aux fournisseurs d'énergie une réduction de 6 % des émissions de gaz à effet de serre issus des carburants qu'ils mettent sur le marché, par le biais de méthodes telles que la réduction du brûlage ou l'utilisation accrue de biocarburants.

 

Le 4 octobre 2011, la Commission européenne a adopté la révision de la directive sur la qualité des carburants, qui attribue aux producteurs de pétrole issu de sables bitumineux une valeur par défaut de 107 grammes d'équivalent CO2 par mégajoule (CO2eq/MJ).

 

Ce chiffre est plus élevé que la valeur moyenne de 87,5g CO2eq/MJ attribuée aux autres pétroles bruts, car l'étude menée par l'université de Stanford pour l'UE a montré que l'extraction de pétrole issu de sables bitumineux dégageait plus de carbone. Ces chiffres ont toutefois mené le Canada, qui dispose des plus grandes réserves de sables bitumineux au monde, à s'élever contre l'action de l'UE.

 

D'autres carburants non conventionnels ont été frappés par cette proposition, comme le schiste bitumineux qui s'est vu attribuer une valeur de 131,3 CO2 eq/MJ et le charbon liquéfié une valeur de 172 CO2 eq/MJ.

  • 2020 : date butoir pour atteindre l'objectif de réduction de 6 % des gaz à effet de serre

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