Transport aérien : les mesures de réduction des coûts pourraient mettre les passagers en danger

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Les efforts des compagnies aériennes pour alléger leurs avions en transportant moins de carburant pourraient mettre les passagers en danger, affirment les organisations syndicales européennes du secteur. Plusieurs incidents ont été rapportés lors desquels les équipages ont dû entreprendre des atterrissages d’urgence pour ravitailler les appareils.

Les autorités espagnoles de l'aviation civile ont ouvert une enquête sur la compagnie aérienne à bas prix Ryanair. Trois pilotes de Ryanair ont dû atterrir en urgence à quelques minutes d'écart lorsque leurs avions approchaient des niveaux de carburant minimums requis dans le cadre des règles de sécurité de l'Union européenne.

Même si ce type d'incidents restent relativement rares, l'Association européenne des personnels navigants techniques (ECA) affirme que les pilotes subissent une pression croissante pour alléger la charge de leurs avions en gardant des quantités de carburant minimums en raison de leur prix élevé. En juillet dernier, le coût du kérosène a en effet augmenté de 7,5 % par rapport à l'année dernière (voir « Contexte »).

« Nous constatons qu'il existe une pression de plus en plus forte sur les pilotes qui doivent prendre des décisions selon des facteurs autres que la sécurité », a déclaré Nico Voorbach, président de l'ECA, qui représente 38 000 pilotes en Europe.

Sans nommer de compagnies aériennes, M. Voorbach a expliqué à EURACTIV que certains pilotes reçoivent des récompenses financières s'ils parviennent à minimiser la quantité de carburant qu'ils transportent. Il a également accusé les mesures d'austérité des gouvernements de réduire le nombre d'inspecteurs contrôlant la mise en conformité avec les règles de sécurité de l'UE.

La règlementation européenne oblige les avions de passagers à transporter assez de carburant pour les situations d'urgence, comme les retards imprévus ou la déviation vers d'autres aéroports, et à demander un atterrissage forcé lorsque la capacité de l'avion avoisine les 30 minutes.

En cas de demande d'atterrissage d'urgence, les contrôleurs aériens sont avertis et doivent autoriser l'avion à atterrir sans déployer les équipes de sauvetage au sol. En cas de déviation, le commandant de bord ou le copilote se doivent d'expliquer la situation aux passagers.

Les lois européennes autorisent aussi les commandants de bord à commander du carburant en plus (au-delà de la consommation calculée en fonction des taxes, du temps de trajet et du poids de l'appareil) s'ils anticipent un trafic intense ou des retards liés aux conditions météorologiques.

« Même si la promotion des vols avec une quantité de carburant supplémentaire minimum est conforme à la loi, nombreux sont ceux qui se demandent si les normes minimums de la réglementation de la Commission européenne sont suffisantes pour garantir la sécurité des passagers », peut-on lire dans un communiqué de l'ECA en date du 3 septembre. « La promotion des économies de carburant peut aider à conserver des marges de profit, mais aussi à réduire considérablement les marges de sécurité. »

L’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) à Cologne n'a pas souhaité commenter ces propos concernant la sécurité.

Ryanair se défend

Le gouvernement espagnol examine les événements du 26 juillet, lorsque trois pilotes de Ryanair ont demandé des autorisations d'atterrissage en urgence auprès de l'aéroport de Valence après avoir signalé des retards de vols au-dessus de Madrid en raison de conditions orageuses. A l'atterrissage, chaque avion disposait d'une réserve de carburant estimée à 30 minutes.

Le directeur exécutif de Ryanair, Michael O'Leary, a nié toute accusation de négligence. Selon lui, la compagnie aérienne laisse ses pilotes décider de la quantité de carburant qu'ils transportent et les demandes d'atterrissage d'urgence sont effectuées conformément aux règles de l'UE sur le carburant. La compagnie aérienne affirme que chaque vol vers Madrid (FR2054, FR5998 et FR5389) était conforme aux normes de sécurité européennes.

Suite aux propos du gouvernement espagnol, M. O'Leary a déclaré que les trois pilotes avaient « correctement et justement signalé leur situation d'urgence lorsque leurs appareils approchaient la capacité minimum de 30 minutes, conformément à la réglementation européenne en matière de sécurité ».

La compagnie aérienne a également fermement démenti avoir exercé une pression sur ses pilotes pour qu'ils réduisent leurs coûts ou pénalisé ceux qui n'y parvenaient pas.

Evan Cullen, le directeur de l’Irish Airline Pilots Association, a pourtant déclaré au Irish Times que Ryanair « faisait culpabiliser les pilotes qui souhaitaient transporter du carburant supplémentaire quand ils en ressentaient le besoin ».

Cette histoire d'atterrissages d'urgence ne fait qu'ajouter de l'eau au moulin du conflit entre la compagnie à bas prix et le gouvernement espagnol. Six jours à peine avant ces incidents, Ryanair a annoncé son intention de réduire le nombre de vols à destination de Madrid et de Barcelone en signe de protestation contre l'augmentation des taxes aéroportuaires. Quatre jours plus tard, la compagnie aérienne a appelé le gouvernement espagnol à interdire aux forces de police de transporter des armes à feu dans des avions, après le signalement d'une arme dissimulée dans un avion par un officier de police.

Les compagnies aériennes, tout comme les transporteurs routiers, ont été mises à mal par l'augmentation des prix du carburant. Le prix du kérosène qui avoisinait les 50 dollars par baril en 2009 a grimpé à 134 dollars le 17 août, soit 8,8 % de plus qu'en juillet et 7,5 % de plus que l'année dernière, selon les chiffres de l’Association internationale du transport aérien.

L'AITA estime que la hausse des prix du carburant représentera pour les compagnies aériennes internationales un coût supplémentaire de 31 milliards de dollars (24, 6 milliards d'euros) cette année, alors que les compagnies européennes sont censées perdre 1,1 milliard de dollars (0,9 milliard d'euros) malgré la croissance mondiale du secteur.

Les compagnies aériennes subissent une pression considérable pour faire des bénéfices alors que le secteur se porte mal et que les prix du carburant augmentent. Lufthansa a dû annuler des vols en raison de grèves qui ont commencé le 3 septembre. Le personnel de cabine de la seconde compagnie européenne réclamait l'augmentation des salaires et une meilleure sécurité de l'emploi.

Dans le même temps, la Fédération européenne des transporteurs s'est interrogée sur la pression de l'industrie qui pousse les pilotes à conduire plus longtemps. En mai dernier, des centaines de pilotes et de membres du personnel de cabine ont protesté devant le siège de l’AESA contre des propositions de réglementation sur les heures de travail des équipages et sur les vols de nuit. Les manifestants souhaitent limiter à 10 le nombre d'heures de travail sur les vols de nuit et affirment que la restriction à 11 proposée par la réglementation a été décidée sous la pression commerciale.

 

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