Un nouvel élan pour l’aviation

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Franck Proust

Franck Proust

Le député européen Franck Proust souhaite donner un nouvel élan à l’aviation européenne en créant une véritable filière industrielle. Dans une lettre ouverte, il interpelle Jean-Claude Juncker, Jyrki Katainen, vice-président et commissaire à l’emploi, et Violeta Bulc, commissaire au transport.

Franck Proust est eurodéputé (PPE) de la circonscription du Sud-Ouest de la France depuis 2011, réélu en 2014. Il siège en commission du commerce international et en commission transport. Il est à l’initiative de la relance de l’intergroupe « Ciel et espace » du Parlement européen.

Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président, Madame la Commissaire,

À la fin du XIXème siècle, l’Europe était le berceau de l’aviation, l’une des plus belles aventures que le monde moderne ait pu connaître. Notre continent est  resté une référence mondiale du secteur. Le poids de nos industries aéronautiques, de nos compagnies aériennes et de nos plateformes aéroportuaires est déterminant dans le paysage mondial. L’aviation représente d’ailleurs un grand pourvoyeur de croissance et de centaines de milliers d’emplois.

Mais l’émergence de nouvelles puissances économiques nous poussent à revoir notre positionnement, à re-calibrer nos ambitions commerciales et économiques. L’Europe n’est plus seule. Avec les transformations en cours, l’Europe devient de plus en plus dépendante de sa connectivité. Aussi, l’aviation acquière une importance stratégique pour notre croissance et nos emplois.

J’en suis persuadé : l’aviation européenne a besoin d’un nouvel élan. Nos concurrents ont déjà mis sur pied des stratégies globales, qui fonctionnent. L’Europe n’en a pas. L’aviation a besoin d’une impulsion politique claire et sectorielle. Nos entreprises doivent rapidement retrouver de la compétitivité. Cela sera bénéfique à la fois pour la croissance, les emplois et les territoires.

Si je vous interpelle aujourd’hui, c’est parce que je souhaite voir apparaître ce nouvel élan dans les premières décisions que vous prendrez en faveur de la croissance et de l’emploi. Ces réformes sont simples, elles permettront de libérer tous les potentiels de l’aviation européenne. Et, si elles sont bien mises en place, elles ne coûteront pas un sou aux contribuables !

Néanmoins, ces solutions demanderont beaucoup de courage politique. Réformes, courage : je sais que ces notions sont au cœur du mandat que nous vous avons confié au nom des peuples européens.

Ce nouvel élan devra avoir une ambition, un cadre et des solutions.

Notre ambition doit clairement résider dans les territoires. Au-delà des mots, les peuples européens attendent des décisions rapides, concrètes et palpables pour relancer notre économie. Ils ne veulent plus des décisions politiques « hors sol », prises à des milliers de kilomètres de chez eux et de leurs préoccupations. Or, peu importe la région où vous vivez, il y a toujours une histoire humaine en lien avec l’aviation (un aérodrome ou un aéroport, le siège d’une compagnie aérienne locale ou l’implantation d’une usine). L’aviation et les territoires sont intimement liés. Miser sur le développement de l’aviation, c’est faire tourner à plein régime un des rares moteurs fonctionnels de l’économie de nos régions.

Le cadre. Avant tout, l’aviation doit être abordée dans sa globalité, dans sa transversalité, des constructeurs aux compagnies aériennes en passant par les aéroports. C’est en adoptant une vision pour l’ensemble de la filière que cela fonctionnera correctement, comme c’est le cas aux États-Unis ou dans les pays émergeants. Certes, il existe beaucoup de divisions, parfois des oppositions entre les différents échelons de la filière. Mais c’est bien une politique globale, une politique de filière (j’ose le mot) qu’il nous faut mettre en place.

Enfin, les moyens. Ils peuvent se résumer en une expression : « libérer les potentiels ! »

Libérons le potentiel de nos territoires ! Remettons la question de la connectivité au cœur de notre stratégie. Les échanges économiques et la connectivité aérienne suivent la même courbe de progression. Aussi, des aéroports bien connectés, ce sont des régions entières qui en retirent les bénéfices. Il n’y a pas de secret ! Je connais trop la valeur d’un aéroport, notamment les aéroports régionaux pour m’être battu à leurs côtés lors de la révision des lignes directrices sur les aides d’État qui les concernaient[i]. Un aéroport, c’est un formidable outil de développement économique. C’est aussi la vitrine d’un territoire, parfois même d’un continent. Or, la connectivité européenne est en berne (-7 % en connectivité directe depuis 2008[ii]). L’attractivité aérienne de l’Europe se détériore, et c’est notre économie qui en pâtit.

Libérons le potentiel des entreprises de l’aérien et de l’aéronautique ! Tâchons d’apprendre de nos erreurs. Faisons tout pour qu’elles retrouvent de la compétitivité qui leur fait, malheureusement trop souvent, défaut ; pour qu’elles se battent efficacement face à nos concurrents. Les décideurs politiques que nous sommes doivent les soutenir, et non leur imposer des charges de plus en plus lourdes, voire limiter leur développement. Les autres puissances aériennes le font, alors pourquoi pas nous ?

Diminuons la pression fiscale. Soutenons le développement de nos  infrastructures aéroportuaires. Rendons la réglementation moins dense, plus stable, plus prévisible. Ayons le courage d’imposer un moratoire sur toute nouvelle législation qui viendrait détériorer la compétitivité du secteur, comme je l’avais proposé pour l’automobile lorsque j’étais rapporteur sur CARS2020[iii]. Faisons en sorte que l’Europe ait toujours un coup d’avance sur le reste du monde. Technologie, fiscalité, réglementations techniques et droits des passagers. En imposant nos standards, nous ferons en sorte que nos entreprises soient toujours à l’avant-garde. En d’autres termes, affranchissons-nous une bonne fois pour toutes des débats idéologiques et stériles. Le pragmatisme doit prendre le pas sur la théorie !

Au final, je souhaite que l’Europe retrouve le souffle des grands projets. L’aérien doit faire partie de ces secteurs prioritaires. La liste que j’ai évoquée ne prétend pas être exhaustive, mais je pense qu’elle va dans le bon sens. Et je sais que nous partageons les mêmes objectifs : développer la croissance et créer des emplois sur notre sol, et pas ailleurs. Aussi, je souhaite m’entretenir avec vous de ce nouvel élan.

Antoine de Saint-Exupéry disait : « dans la vie il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent ». Cette citation résonne comme la stratégie que nous devons adopter !

 


[ii] Airport Industry Connectivity Report 2004-2014, ACI Europe

[iii] Référence: « CARS 2020: plan d’action pour une industrie automobile forte, compétitive et durable en Europe »(2013/2062(INI)), paragraphe 38.

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