Aide à l’Ukraine : les dirigeants de l’UE perdent patience face à la Hongrie à l’approche d’un sommet qui s’annonce difficile

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Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Alors que les dirigeants européens s’apprêtent à approuver cette semaine une enveloppe de 50 milliards d’euros pour venir en aide à l’Ukraine en guerre, avec ou sans le feu vert de la Hongrie, à Bruxelles, nombreux sont ceux qui se rendent compte du coût élevé de cette mesure.

Le sommet de jeudi (1er février) portera sur le soutien financier et militaire à Kiev et sur l’approbation du budget annuel de l’UE.

Après que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán avait refusé en décembre de donner son feu vert à un financement destiné à soutenir le gouvernement ukrainien au cours des quatre prochaines années, les dirigeants de l’UE feront tout pour parvenir à un accord sur ce sujet.

Depuis une semaine, Budapest a de nouveau insisté sur ses conditions au sujet de l’aide, bien qu’une proposition de compromis ait déjà été mise sur la table au début du mois.

Les responsables et diplomates de l’UE s’attendent à ce qu’une décision de dernière minute soit prise lors du sommet, comme ce fut le cas lors du dernier sommet, en décembre, quand Viktor Orbán avait quitté la salle pour laisser les 26 autres chefs d’État et de gouvernement décider de lancer des négociations d’adhésion à l’UE avec l’Ukraine, ce à quoi son gouvernement nationaliste et réputé pro-russe s’était fermement opposé, sans toutefois le bloquer formellement.

Mais à Bruxelles, nombreux sont ceux qui craignent que cette fois-ci, le coût politique d’un feu vert hongrois soit plus élevé.

Aide à l’Ukraine : la Hongrie sous pression pour lever son veto

Alors que Bruxelles s’efforce de lever le blocage hongrois concernant l’aide à l’Ukraine depuis que Viktor Orbán a opposé son veto au programme de l’UE en décembre, les diplomates européens ont préparé un compromis potentiel en échange de l’abandon de son veto.

La Hongrie de moins en moins flexible

Des responsables de l’UE chevronnés ont déclaré fin de la semaine dernière que les négociations concernant l’octroi à l’Ukraine d’une aide financière de 50 milliards d’euros s’étaient « compliquées » en raison du manque de flexibilité de la Hongrie à l’approche du sommet de jeudi.

« Les négociations se compliquent un peu […] la position de la Hongrie n’a pas vraiment été flexible sur ce point », a déclaré un haut responsable de l’UE s’exprimant sous couvert d’anonymat vendredi (26 janvier).

Au début du mois, les dirigeants de l’UE ont commencé à signaler qu’ils pourraient envisager d’inclure une révision à mi-parcours du programme d’aide qui s’étale sur quatre ans. Cette révision aurait donc lieu l’année prochaine, en 2025, et permettrait à M. Orbán de s’opposer au programme de financement, selon des personnes au fait des discussions.

Cette révision comprendrait également un mécanisme de « frein d’urgence » que tout État membre pourrait activer avant de demander un débat sur la question, ont-ils ajouté.

Certaines idées proposées par M. Orbán — comme le fait de conditionner l’aide à l’Ukraine à une approbation à l’unanimité chaque année — n’étaient pas acceptables pour de nombreux États membres, a-t-il également précisé.

« Aucun État membre ne veut s’embarquer dans une situation où il faudrait passer par l’unanimité pour apporter un soutien à l’Ukraine », a expliqué le haut responsable de l’UE.

Pour le moment, la plupart des États membres croient encore qu’un accord à l’unanimité des Vingt-Sept pourrait être possible.

« Pour l’instant, nous visons toujours le plan A [avec les 27 États membres], mais il ne faut pas se faire d’illusions, si nécessaire, nous sommes prêts à agir avec les 26 États membres [sans la Hongrie] », a déclaré un diplomate européen.

Une autre option consistant à envoyer de l’argent à l’Ukraine en dehors du budget de l’UE nécessiterait la ratification des parlements nationaux, ce qui entraînerait des retards et probablement davantage d’incertitude pour le pays en guerre.

« Nous sommes tout à fait conscients qu’une solution de type “plan B” exigerait que certains États membres, comme l’Allemagne, consultent leurs parlements, mais nous sommes prêts à l’accepter si c’est la seule option restante », a ajouté le diplomate.

Aide de l’UE à l’Ukraine : Viktor Orbán veut un accord « sur une base annuelle »

Le Premier ministre hongrois, qui bloque une aide de l’UE à l’Ukraine, a explicitement réclamé jeudi (18 janvier) la possibilité d’une révision annuelle, sur fond de difficiles négociations à Bruxelles à l’approche d’un sommet européen extraordinaire.

Frapper là où ça fait mal

Les autres États membres éprouvent une frustration croissante à l’égard de la Hongrie. Ceux-ci souhaitaient en effet apporter une aide plus importante à l’Ukraine, car les fonds actuels s’amenuisent peu à peu des deux côtés de l’Atlantique, a ajouté un responsable de l’UE impliqué dans les préparatifs du sommet.

Dans le cas où le sommet de jeudi se terminerait à nouveau sur un désaccord et où les dirigeants des 26 autres États membres seraient contraints d’avancer sans la Hongrie, certains diplomates européens estiment que le sentiment tournera définitivement en défaveur de Budapest.

Quelques États membres ont déclaré que M. Orbán enfreignait désormais le principe de « coopération loyale », un devoir fondamental qui doit être respecté par tous les membres de l’Union européenne, selon les diplomates européens.

Dimanche (28 janvier), le Financial Times a rapporté que Bruxelles a défini une stratégie qui prévoit que les dirigeants des Vingt-Six s’engagent à supprimer définitivement tout financement de l’UE à la Hongrie.

Selon le journal, cette stratégie ciblerait explicitement les faiblesses économiques de la Hongrie, mettrait en péril sa monnaie, le forint, et provoquerait un effondrement de la confiance des investisseurs dans le but de nuire aux « emplois et à la croissance », si Budapest refuse de lever son veto contre l’aide à Kiev, aurait indiqué Bruxelles dans un document.

Le Parlement européen accuse la Commission d’avoir cédé au « chantage » de la Hongrie

La plupart des groupes politiques du Parlement européen sont favorables à une enquête sur la décision de la Commission européenne de débloquer les fonds de l’UE pour la Hongrie, suivie d’une action en justice devant la CJUE et éventuellement d’un vote sur une motion de censure.

Article 7

La semaine dernière, des diplomates de l’UE ont également laissé entendre que dans un tel cas, l’article 7 du traité sur l’Union européenne (TUE), relatif à l’État de droit, pourrait être utilisé. La Hongrie serait alors suspendue de ses droits dans le processus de vote au sein du Conseil.

Plusieurs États membres seraient prêts à recourir à cette option, selon plusieurs diplomates, qui ont également ajouté que mener à bien une telle procédure prendrait probablement des mois.

« Il suffit de regarder l’article du traité lui-même, il parle d’une “violation grave et persistante des valeurs de l’UE”. Si la situation actuelle n’en est pas une, alors je ne sais pas ce que c’est », a déclaré un second diplomate à Euractiv.

« S’il surjoue sa carte lors de ce sommet, cela pourrait se retourner contre lui, notamment parce que la colère vient de trop de côtés différents pour être ignorée », a déclaré un troisième diplomate de l’UE.

Toutefois, bien que la plupart des États membres de l’UE aient souligné que le sommet de l’UE n’impacterait pas directement les prochains développements au sujet de la crise de l’État de droit en Hongrie, il y a déjà suffisamment raisons pour justifier de telles mesures dans le futur, a-t-il ajouté.

« La Hongrie a agacé un certain nombre de pays — les pays de l’Est à propos de l’Ukraine, certains pays du Sud à cause de son veto qui entrave le financement de leur politique migratoire puisque le budget de l’UE qui n’a pas encore fait l’objet d’un accord », a précisé un quatrième diplomate d’Europe occidentale.

« S’il en fait trop cette fois-ci, ces voix deviendront beaucoup plus fortes », a-t-il averti.

Toutefois, les diplomates de l’UE affirment que de nombreux États membres ont déclaré qu’ils ne seraient pas à l’aise avec une dynamique 26-vs-1 dans un tel cas, craignant de pouvoir subir le même sort dans le futur.

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[Édité Anne-Sophie Gayet]

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