Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui bloque une aide de l’Union européenne à l’Ukraine, a explicitement réclamé jeudi (18 janvier) la possibilité d’une révision annuelle, sur fond de difficiles négociations à Bruxelles à l’approche d’un sommet européen extraordinaire dédié à la question.
« Si nous voulons soutenir l’Ukraine, alors faisons-le en dehors du budget de l’UE et sur une base annuelle ! C’est la seule position démocratique tenable à cinq mois des élections [européennes de juin] », a déclaré le leader du Fidesz sur X (ex-Twitter).
Il clarifie ainsi ses propos après s’être déjà dit prêt mardi à soutenir Kiev « sans que cela nuise au budget commun ».
Le responsable nationaliste — seul dirigeant de l’UE à avoir maintenu des liens étroits avec le Kremlin après l’offensive russe en Ukraine —, a mis en décembre son veto au versement d’une aide de 50 milliards d’euros sur quatre ans au pays en guerre.
Un sommet extraordinaire a été fixé au 1er février pour tenter de trouver un compromis.
Ses commentaires interviennent alors que les ambassadeurs de l’UE s’efforcent de trouver un compromis qui serait acceptable pour toutes les parties et que la pression s’accentue sur la Hongrie pour qu’elle lève son veto.
La majorité des États membres s’opposent à ce que la question soit débattue d’année en année, car ils estiment que cela priverait l’Ukraine d’une capacité de planification à long terme et donnerait à Budapest l’option d’un « veto annuel ».
Les eurodéputés ont exhorté mercredi (17 janvier) la Commission européenne et les États membres membres à faire preuve de fermeté face à Viktor Orbán et à ne pas débloquer les fonds de l’UE pour la Hongrie, gelés pour des questions liées à l’État de droit dans le pays.
Le Premier ministre hongrois a fustigé l’attitude de ces « parlementaires libéraux ». « Ils veulent donner des sous à l’Ukraine sur une période de quatre ans », alors que le scrutin européen est prévu en juin, a-t-il lancé, dans l’espoir d’une victoire des forces anti-système qui rebattrait les cartes. Il serait selon lui « antidémocratique » de prendre cette décision juste avant les élections.
La présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, insiste de son côté sur la nécessité pour Kiev d’un « financement prévisible » en 2024 et au-delà pour gagner la guerre.
D’intenses tractations sont en cours à Bruxelles, où personne n’a de certitude sur la position qu’adoptera in fine Viktor Orbán.
« Nos positions sont très éloignées, il n’est donc pas certain qu’un accord soit trouvé », a averti jeudi lors d’une conférence de presse son directeur de cabinet Gergely Gulyas.
« Ce ne serait pas non plus une tragédie », a-t-il ajouté, évoquant le cas échéant « une possible solution à 26 », sans la Hongrie qui pourrait elle agir bilatéralement.
En contrepartie de la levée de son veto, le dirigeant hongrois avait exigé mi-décembre le versement de « la totalité des fonds » européens attribués à la Hongrie.
Le mois dernier, la Commission européenne a été critiquée pour avoir débloqué 10 milliards d’euros de fonds européens gelés pour la Hongrie, dans l’espoir de convaincre M. Orbán de coopérer avant le sommet de décembre.
Des milliards d’euros restent gelés par Bruxelles, en raison d’inquiétudes liées notamment aux droits des personnes LGBT+, à la liberté académique et au droit d’asile.
Budapest refusera « tout compromis sur les questions de la migration et de la protection des enfants », a insisté M. Gulyas, dénonçant « une âpre lutte de pouvoir ».
Par ailleurs, si Viktor Orbán faisait cavalier seul lors du dernier sommet européen, cela pourrait bien ne pas être le cas en février. Certains diplomates de l’UE craignent la formation d’une nouvelle alliance entre le dirigeant hongrois et son homologue slovaque, le Premier ministre Robert Fico. Un développement qui pourrait compliquer davantage les discussions.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



