Après des propos inquiétants, Robert Fico se montre rassurant sur le soutien de la Slovaquie à l’Ukraine

M. Fico a fait les gros titres cette semaine en remettant en cause la souveraineté de l’Ukraine lors d’un entretien avec les médias slovaques, avant de suggérer qu’il n’y avait pas de guerre à Kiev. Il a déclaré que l’Ukraine n’était « pas une nation souveraine » et a insisté sur le fait qu’elle devait « céder une partie de son territoire à la Russie ». [EPA-EFE/Lubos Bilacic/Slovakia's Prime Minister's Office HANDOUT]

Après avoir tenu un discours hostile à l’égard de l’Ukraine plus tôt cette semaine, le Premier ministre slovaque Robert Fico a fait preuve de plus de modération auprès de ses homologues étrangers et des Ukrainiens, rassurant le chancelier allemand Olaf Scholz et le Premier ministre ukrainien Denys Chmyhal sur son soutien au pays en guerre.

M. Fico a fait les gros titres cette semaine en remettant en cause la souveraineté de l’Ukraine lors d’un entretien avec des médias slovaques, avant de laisser entendre qu’il n’y avait pas de guerre à Kiev. Il a déclaré que l’Ukraine n’était « pas une nation souveraine » et a insisté sur le fait qu’elle devait « céder une partie de son territoire à la Russie ».

Cette position a suscité des craintes que le Premier ministre slovaque emprunte la voie de son homologue hongrois, Viktor Orbán, qui n’hésite pas à user de son droit de veto pour bloquer des décisions importantes concernant le soutien de l’UE à l’Ukraine.

Toutefois, Robert Fico a rassuré le Premier ministre ukrainien Denys Chmyhal mercredi (24 janvier) à Oujhorod, en Ukraine, en affirmant que la Slovaquie ne bloquerait pas l’aide financière de 50 milliards d’euros de l’UE prévue pour le pays et qu’elle soutenait son adhésion au bloc.

Dans un document signé par les deux Premiers ministres, M. Fico s’engage à poursuivre la coopération avec Kiev dans le but de restaurer l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine.

Le document conjoint indique également que la Slovaquie continuera à soutenir l’intégration de l’Ukraine dans l’UE et à participer à sa reconstruction.

« Malgré les désaccords, nous avons l’intention de mettre en place une politique de “nouveau pragmatisme” avec le gouvernement slovaque, ce qui profitera aux deux États. Je suis certain que la réunion d’aujourd’hui avec le Premier ministre Fico ouvrira une nouvelle page dans nos relations », a commenté M. Chmyhal.

Selon le Premier ministre ukrainien, son homologue slovaque n’a pas non plus l’intention d’entraver les livraisons d’armes à Kiev.

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Les craintes de l’Ukraine

Les autorités ukrainiennes appréhendaient la rencontre de M. Chmyhal avec M. Fico, compte tenu des propos virulents tenus par ce dernier à l’encontre de Kiev.

En effet, la veille de son arrivée en Ukraine mercredi (23 janvier), interrogé par un journaliste slovaque sur les raisons pour lesquelles il ne rencontrait pas son homologue ukrainien à Kiev, M. Fico s’est emporté : « Vous pensez vraiment qu’il y a une guerre à Kiev ? Vous vous moquez de moi ? Allez-y et vous verrez que les gens y mènent une vie tout à fait normale. »

Sa déclaration est survenue alors que la Russie venait de lancer une nouvelle attaque de missiles sur l’Ukraine, le même jour, et que le dirigeant slovaque s’est retrouvé confronté à un raid aérien lors de sa visite à Oujhorod, ville située à la frontière entre la Slovaquie et l’Ukraine.

Cette déclaration controversée de M. Fico a soulevé des questions quant à la pertinence de la réunion. Le député ukrainien Oleksandr Merezhko a même demandé l’annulation de la visite.

L’analyste ukrainien Dmytro Tuzhansky a pour sa part déclaré au média Denník N que les relations entre Kiev et Bratislava n’avaient pas besoin d’être amicales, mais qu’une certaine forme de communication restait nécessaire, raison pour laquelle l’annulation de la réunion représenterait un faux pas diplomatique.

Réactions des États membres de l’UE

Avant une réunion avec le Premier ministre slovaque mercredi, le chancelier allemand Olaf Scholz a souligné les antécédents de M. Fico en matière de soutien à l’Ukraine, ne semblant pas s’inquiéter des propos de son homologue.

« Je tiens à souligner que le Premier ministre slovaque a activement soutenu l’accord qui avait été conclu par au moins 26 membres de l’UE […] pour soutenir l’Ukraine avec 50 milliards d’euros jusqu’en 2027 », a expliqué M. Scholz aux journalistes à Berlin, faisant référence aux négociations en cours pour augmenter l’aide de l’UE à l’Ukraine.

M. Fico, qui espérait discuter d’une collaboration économique plus étroite avec l’Allemagne lors de la réunion, a profité de l’occasion pour réaffirmer le maintien de son soutien à l’Ukraine.

« Nous voulons aider l’Ukraine et nous sommes donc naturellement favorables à son adhésion à l’Union européenne », a-t-il déclaré à Berlin, tout en précisant que l’Ukraine devrait encore remplir tous les critères nécessaires à son adhésion.

En Slovaquie, M. Fico garde une attitude sceptique à l’égard de l’Ukraine pour diverses raisons internes importantes, dont la plus importante est le fait que son parti a remporté les récentes élections nationales sur la base d’un consensus.

Son parti a effectivement remporté les récentes élections nationales, notamment en critiquant l’aide militaire apportée à l’Ukraine par le gouvernement précédent. Par ailleurs, cette question constitue l’un des principaux points de divergence avec l’opposition libérale et pro-occidentale dans le pays.

Jusqu’à présent, la Hongrie reste le seul pays à bloquer l’octroi de fonds supplémentaires à l’Ukraine.

Cependant, M. Fico s’est dit convaincu que tous les pays de l’UE se mettraient d’accord sur le prochain budget de l’UE et sur l’aide à l’Ukraine lors du sommet extraordinaire du 1er février.

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« La seule réponse de l’Ukraine est la guerre »

Interrogé sur ses remarques provocatrices, le Premier ministre slovaque a affirmé qu’il y avait certains « sujets sur lesquels nous avons une position totalement différente de celle de l’Ukraine ».

« Lorsque j’ai demandé aux Ukrainiens quels étaient leurs projets aujourd’hui, leur seule réponse a été “la guerre” », a souligné M. Fico, ajoutant que son gouvernement ne pensait pas que le conflit pouvait être résolu par des moyens militaires.

Le montant adéquat pour l’aide militaire est également un point d’achoppement entre les partenaires européens, la Slovaquie n’étant pas le seul pays à avoir une position incertaine.

M. Scholz a réaffirmé mercredi que l’Allemagne « espérait davantage de contributions » en termes de soutien militaire de la part de ses alliés européens.

Faisant suite à des remarques similaires tenues par le chancelier début janvier, la France et le Royaume-Uni ont promis une aide militaire supplémentaire.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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