Le président du Conseil européen, Charles Michel, est arrivé à Kiev mardi (21 novembre) pour rassurer une nouvelle fois l’Ukraine sur son adhésion à l’UE et sur le soutien du bloc dans le cadre de la lutte contre l’offensive russe, trois semaines seulement avant un sommet décisif de l’Union consacré à ces deux sujets.
La visite de Charles Michel, sa cinquième depuis que la Russie a lancé son invasion de l’Ukraine en février 2022, coïncide avec le 10e anniversaire des manifestations pro-européennes Euromaïdan en Ukraine , qui ont débuté le 21 novembre 2013 et ont été provoquées par la décision soudaine du président de l’époque, Viktor Ianoukovitch, de ne pas signer l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine, et de choisir au contraire de resserrer les liens du pays avec la Russie.
« C’est un jour fondamental », a déclaré Charles Michel à un groupe de journalistes dans le train qui se dirigeait vers Kiev. « Il y a dix ans, des citoyens ukrainiens sont morts pour réclamer une association avec l’Union européenne, pour leurs valeurs, leur avenir, leur liberté. »
635 jours après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Kiev espère se rapprocher de son souhait d’entamer les négociations d’adhésion à l’UE à la mi-décembre, un sujet central qui sera au cœur de la rencontre de M. Michel avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky et d’autres hauts responsables ukrainiens.
Lors de ces rencontres, M. Michel devrait rassurer Kiev sur la détermination de l’UE à poursuivre son soutien à long terme, mais aussi à canaliser les attentes avant le sommet décisif de décembre.
« Il est très important de se rencontrer en personne pour comprendre ce qui est réaliste et pour que les Ukrainiens comprennent ce qui se passe du côté de l’UE », a indiqué M. Michel aux journalistes.
Ces dernières semaines, l’Ukraine et certains de ses plus fervents partisans ont exprimé la crainte que l’attention des États-Unis et de leurs alliés occidentaux ne se tourne vers le Moyen-Orient, en raison des inquiétudes croissantes suscitées par la guerre entre Israël et le Hamas palestinien, qui pourrait déstabiliser la région.
Après la contre-offensive en demi-teinte de l’Ukraine au début de l’année, Moscou et Kiev se trouvent désormais dans l’impasse.
L’Europe et les États-Unis craignent de plus en plus que l’Ukraine ait du mal à reconquérir des pans entiers de territoire à court terme, en particulier durant l’hiver, et concentrent leurs efforts sur les moyens d’aider les forces ukrainiennes à éviter toute progression russe.
Les gouvernements européens ont commencé à augmenter leur aide à l’Ukraine, craignant que le refus de Washington d’approuver une nouvelle aide au pays ne fasse perdre du terrain à Kiev.
Au début du mois, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est rendue à Kiev pour une mission similaire à celle de Charles Michel, juste avant que l’exécutif de l’UE ne recommande d’entamer les négociations d’adhésion avec l’Ukraine, promettant à M. Zelensky un soutien continu de la part de l’UE.
Incertitude concernant l’aide de l’UE
La visite de Charles Michel en Ukraine intervient alors que l’UE s’enlise dans les discussions difficiles concernant l’octroi d’une aide financière et militaire supplémentaire à l’Ukraine.
Les 14 et 15 décembre, les dirigeants européens réunis au sein du Conseil européen tiendront un sommet décisif à Bruxelles, au cours duquel ils décideront d’autoriser ou non l’ouverture de négociations d’adhésion avec le pays et de statuer sur un complément au budget de l’UE. Ce dernier élément a retardé l’approbation du programme de soutien de l’Union à l’Ukraine, d’un montant de 50 milliards d’euros.
Le nouveau fonds de guerre pour l’Ukraine, qui prévoit une aide militaire de 20 milliards d’euros, se heurte à la résistance de certains États membres et pourrait ne pas être conservé dans sa forme actuelle.
Par ailleurs, une huitième tranche de 500 millions d’euros au titre de la Facilité européenne pour la paix (FEP) pour le remboursement des aides accordées par les États membres à Kiev est actuellement bloquée par la Hongrie.
Dans le même temps, le débat sur l’aide militaire de l’UE intervient alors qu’il est peu probable que l’Union atteigne son objectif de fournir à l’Ukraine un million d’obus d’ici mars 2024.
Un sommet « difficile » en perspective
Les problèmes liés à l’aide militaire de l’UE à l’Ukraine surviennent alors que des diplomates chevronnés s’attendent à un sommet européen difficile en décembre sur la proposition de révision du budget de l’Union, qui devrait être liée aux négociations d’adhésion de l’Ukraine et aux demandes internes de certains membres de l’Union.
« Lorsque je dis que le sommet européen sera difficile, c’est un fait », a reconnu M. Michel à la presse. « Je ne ménagerai pas mes efforts pour parvenir à une décision positive en décembre, mais je ne peux pas prédire ce qui se passera, tout n’est pas noir ou blanc », a-t-il ajouté.
D’autant plus que la Commission européenne a donné à l’Ukraine jusqu’au mois de mars de l’année prochaine pour finaliser l’essentiel des sept recommandations sur les réformes nécessaires pour entamer concrètement les négociations.
« Cette échéance m’a surpris. Elle sera prise en compte par les États membres dans leurs réflexions », a indiqué M. Michel aux journalistes présents, dans une critique à peine voilée de la proposition de l’exécutif européen.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



