Le président français Emmanuel Macron est à Prague mardi (5 mars) pour rencontrer le président tchèque Petr Pavel et son Premier ministre Petr Fiala dans l’espoir de renforcer un « dialogue politique et stratégique » et afficher un soutien partagé à l’Ukraine.
Le déplacement de M. Macron fait suite à un sommet sur l’Ukraine qui s’est tenu à Paris la semaine dernière, au cours duquel plus de vingt pays ont soutenu une initiative tchèque visant à mettre en commun des ressources financières pour acheter des munitions de pays tiers pour l’Ukraine.
Après des difficultés et des retards, les alliés européens de l’Ukraine s’efforcent à présent de réunir les ressources financières et industrielles nécessaires pour fournir aux Ukrainiens les munitions dont ils ont besoin.
La pression est d’autant plus forte que l’Ukraine est de plus en plus dépassée sur le champ de bataille, et que la promesse européenne de longue date d’expédier un million d’obus fabriqués sur le continent d’ici mars souffre de retards considérables.
Le ministère tchèque de la Défense a annoncé mi-février qu’il avait identifié 800 000 obus qui pourraient être livrés à l’Ukraine dans les semaines à venir, si enfin les financements étaient au rendez-vous.
« [N]ous nous sommes tous engagés autour de la table à aller au bout des stocks qui sont encore disponibles, à identifier les pays tiers qui sont mobilisables, dans les différentes catégories de munitions, et à aller vers aussi toutes les solutions nouvelles proposées pour aller solliciter des pays tiers », a déclaré M. Macron aux journalistes la semaine dernière à Paris, confirmant que toutes les parties prenantes s’étaient également engagées à mobiliser davantage de fonds.
En pratique, cette « initiative tchèque » — qui a reçu le soutien du Danemark, des Pays-Bas, du Canada, de la Belgique et des États-Unis — doit fonctionner comme une plateforme de connexion entre des acheteurs européens de munitions, et des pays producteurs hors du continent, a expliqué l’Élysée.
Pendant des mois, la France s’était montrée réticente face à ce plan, préconisant plutôt une approche « buy European » (« acheter Européen ») qui, selon les analystes, ne pouvait pas répondre aux besoins urgents de l’Ukraine. Ce n’est que lors de la conférence en soutien à l’Ukraine que Paris a assoupli sa position.
L’Europe centrale « négligée »
Cette réticence a créé des tensions avec les pays membres d’Europe centrale et orientale, qui se sont plaints de l’écart entre le discours français, et son soutien réel et effectif à l’effort de guerre ukrainien.
« Il y a un peu de tension entre M. Macron et ses homologues d’Europe centrale », a déclaré à Euractiv Luigi Scazzieri, chercheur au Centre for European Reform, un think tank basé à Londres.
La position de M. Macron dans la période précédant l’invasion russe et les premières phases de la guerre a été perçue comme trop peu offensive à l’égard de la Russie, alimentant le sentiment dans les capitales d’Europe centrale qu’elles étaient mises sur le banc de touche, a affirmé M. Scazzieri.
C’est donc un petit « virage baltique » qu’Emmanuel Macron aurait opéré la semaine dernière lors de la conférence en soutien à l’Ukraine.
« Emmanuel Macron a arrêté de prendre les Européens de l’Est de haut », a déclaré un diplomate européen à Euractiv, sous couvert d’anonymat.
Le changement de position du président français vise en partie à apaiser les relations avec Prague et à renforcer « le dialogue politique et stratégique » entre les deux pays, souligne l’Élysée.
« Les initiatives tchèques montrent la voie en matière d’aide militaire européenne à l’Ukraine. Bien sûr, nous serions heureux que la France s’y associe plus qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent. Le voyage de M. Macron à Prague est une bonne occasion de le faire », a déclaré à Euractiv l’eurodéputé tchèque Alexandr Vondra, ancien ministre de la Défense et membre du Parti démocratique civique (ODS/CRE) de M. Fiala.
Ce rapprochement s’inscrit dans le prolongement d’une série de réunions présidentielles et ministérielles avec des homologues allemands et polonais, alors que la diplomatie de « Weimar » connaît un second souffle avec la nomination du Premier ministre polonais pro-UE Donald Tusk.
Ce voyage intervient également au moment où la Commission européenne dévoile sa stratégie industrielle de défense européenne, qui vise à renforcer la capacité de production européenne et à encourager les États membres à favoriser les achats communs d’armes.
M. Macron et M. Pavel se rencontreront pour un déjeuner de travail. Plus tard, auprès du Premier ministre Petr Pavel, un nouveau « partenariat stratégique » bilatéral pour la période 2024-2028 sera signé.
Emmanuel Macron doit également s’exprimer lors d’un forum nucléaire franco-tchèque — alors que le géant français de l’électricité EDF est en lice pour la construction d’un nouveau réacteur à Dukovany, aux côtés du Sud-Coréen KHNP.
C’est la troisième fois qu’Emmanuel Macron se rend en République tchèque depuis son entrée en fonction en 2017. Petr Pavel était à Paris en décembre 2023.



