Malgré des divergences d’opinions de plus en plus marquées sur des questions clés telles que la guerre en Ukraine et l’aide à apporter au pays, le groupe de Visegrád — qui réunit quatre pays d’Europe centrale (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) — a jusqu’à présent réussi à perdurer.
Le Premier ministre tchèque Petr Fiala a accueilli ses homologues hongrois, polonais et slovaque pour un sommet à Prague mardi (27 février), qui s’est déroulé sur fond de doutes quant à l’avenir du groupe, de plus en plus divisé sur diverses questions.
Créé en 1991 lorsque les pays se sont entraidés pour adhérer à l’UE et à l’OTAN, le groupe s’est vu qualifié de « toxique » lors de la crise migratoire de 2015, sa réaction à celle-ci dégradant son image. Les quatre pays de la région ont en effet rejeté avec fermeté la solution européenne à la crise migratoire sans pour autant proposer activement de solutions alternatives.
La réputation du groupe de Visegrád a également souffert des actions du gouvernement polonais précédent, dirigé par le parti Droit et Justice (PiS), et de l’actuel gouvernement hongrois dirigé par le Fidesz, qui ont tous deux porté atteinte à l’État de droit dans leur pays respectif.
La guerre en Ukraine a été une autre pomme de discorde pour le groupe. La République tchèque et la Pologne soutiennent fermement l’Ukraine, tandis que la Hongrie et la Slovaquie adoptent un discours davantage pro-russe.
Quelques jours avant le sommet, le Premier ministre slovaque Robert Fico a tenu un discours controversé et pro-russe dans lequel il a déclaré que le président russe Vladimir Poutine avait été « faussement diabolisé ».
Les manifestants qui se trouvaient à l’extérieur des locaux où se sont rencontrés les membres du groupe de Visegrád ont « accueilli » M. Fico avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « [Robert] Fico, rentre chez toi, en Russie », un message également adressé à son homologue hongrois, Viktor Orbán.
« Nous ne cachons pas qu’il existe des différences entre nous […] Le V4 [groupe de Visegrád] est une institution légèrement différente de ce qu’elle était avant l’agression russe en Ukraine », a déclaré le Premier ministre tchèque.
« La réunion d’aujourd’hui a montré qu’il est utile de débattre, même si c’est difficile, et qu’il est utile de s’écouter les uns les autres », a-t-il ajouté.
Selon lui, les dirigeants ont parlé ouvertement en l’absence de leurs délégations.
Un groupe toujours actif malgré les divergences
« Alors que le monde change, nous devons nous demander si nous avons besoin du V4 — et si oui, sous quelle forme », a déclaré M. Orbán, qualifiant la réunion comme n’étant « pas la plus facile ».
« Je reconnais que j’ai déjà assisté à des réunions du V4 où j’avais envie de bâiller parce qu’elles étaient un peu techniques. Aujourd’hui, je n’ai pas eu une seconde pour bâiller. C’était l’une des réunions les plus importantes pour l’avenir du V4», a pour sa part affirmé M. Fico.
Une réunion séparée entre Donald Tusk et Petr Fiala avant le sommet devait avoir lieu lundi, mais elle a été reportée au lendemain en raison du sommet de Paris sur l’Ukraine.
Jan Škvrňák, expert de la Pologne à l’Université Charles de Prague, a confié à Euractiv République tchèque que les Tchèques et les Polonais ont essayé de persuader la Hongrie et la Slovaquie de soutenir davantage l’Ukraine.
« Il n’est pas certain qu’ils aient réussi. Ils n’ont pas les outils et les moyens de pression nécessaires », a ajouté M. Škvrňák.
Après le sommet, les quatre Premiers ministres ont « convenu qu’ils n’étaient pas d’accord » sur des questions spécifiques et ont précisé qu’ils ne voulaient pas enterrer le format du groupe de Visegrád.
« Il est évident que le V4 survivra d’une manière ou d’une autre. C’est une plateforme qui fonctionnera, et il n’est pas nécessaire de lui attribuer une grande valeur », a déclaré Pavlína Janebová, directrice de recherche de l’Association pour les affaires internationales (AMO), basée à Prague, ajoutant que, selon elle, la réunion n’a pas été déterminante.
Selon M. Fiala, les divisions au sein du groupe demeurent : « Nous avons des points de vue différents sur les causes de l’agression russe et sur la résolution du conflit ».
Mais il existe deux aspects du conflit sur lesquels les quatre pays sont d’accord : l’agression de la Russie constitue une violation flagrante du droit international et l’aide à l’Ukraine doit être maintenue.
Dans la déclaration du sommet, les Premiers ministres du groupe de Visegrád entendent consacrer leur future coordination à des thématiques communes, telles que l’immigration, l’énergie, l’agriculture et la réforme de l’Union européenne.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




