Inquiet du désengagement des États-Unis, l’OTAN envisage un filet de sécurité pour l’Ukraine

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Ces deux dernières années, les responsables militaires russes ont mis en garde contre l’implication de l’OTAN dans la guerre en Ukraine. [EPA-EFE/TOMS KALNINS]

Les membres de l’OTAN envisagent de transférer la coordination des livraisons militaires à l’Ukraine d’une structure ad hoc vers l’institution de l’alliance atlantique et de créer un fonds de 100 milliards d’euros afin de garantir un soutien à long terme et d’être en mesure de faire face à tout changement politique majeur au sein de l’alliance militaire occidentale.

L’alliance militaire occidentale étudie les moyens de protéger et d’assurer un soutien à long terme à l’Ukraine, sur la base d’un plan présenté par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, baptisé « Mission pour l’Ukraine ».

Selon plusieurs diplomates de l’OTAN informés de la question, un consensus se forme parmi les 32 membres de l’OTAN, dont l’Allemagne et les États-Unis, pour intégrer pour la première fois les missions de la coalition Ramstein directement dans les structures de l’Alliance. Cette coalition est actuellement dirigée par les États-Unis et est responsable de la coordination de l’aide militaire (létale et non létale) à Kiev.

Jusqu’à présent, certains membres de l’OTAN, plus prudents, considéraient cette initiative comme difficile, redoutant qu’elle ne fasse de l’Alliance un belligérant dans la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.

Bien que la proposition n’en soit qu’à ses débuts, les ministres des Affaires étrangères de l’OTAN, qui se réunissent à Bruxelles mercredi et jeudi (3 et 4 avril), devraient en discuter afin de décider des mesures à prendre lors du sommet des dirigeants de l’OTAN qui se tiendra à Washington en juillet.

L’objectif de la coalition Ramstein est de répondre aux besoins de la guerre, mais sur une base ad hoc, selon des personnes proches du dossier, qui soulignent qu’une structure institutionnalisée pourrait donner une perspective, et déjà planifier l’aspect futur de l’armée ukrainienne.

Pour l’instant, on ne sait pas exactement quelles seraient les responsabilités de l’OTAN.

« De nombreuses questions restent sans réponse », a affirmé un fonctionnaire.

Il est encore incertain si l’OTAN supervisera les livraisons d’aide militaire létale ou si elle se limitera à l’assistance non létale, comme cela a été le cas jusqu’à présent. Cette incertitude s’explique en partie par les réticences de la Hongrie et de la Slovaquie à soutenir l’Ukraine par des livraisons létales.

Ces deux dernières années, les responsables militaires russes ont mis en garde contre l’implication de l’OTAN dans la guerre en Ukraine.

Cependant, les diplomates occidentaux favorables à cette initiative ont annoncé qu’ils ne considéraient pas cela comme une réelle implication de l’OTAN dans la guerre.

La première étape du nouveau plan pour l’Ukraine concernerait l’équipement et la formation des forces ukrainiennes, alors que la facilitation des livraisons militaires sur le territoire ukrainien interviendrait à un stade ultérieur.

Il reste également à déterminer la charge financière supplémentaire que cette initiative ferait peser sur l’alliance militaire occidentale.

L’augmentation du budget commun de l’OTAN pour financer les ressources administratives fait depuis longtemps l’objet d’un différend entre les alliés occidentaux.

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Un fonds à l’épreuve de Donald Trump

En outre, le Secrétariat international (SI) de l’OTAN – l’organe consultatif et administratif de l’alliance militaire – a conseillé aux alliés de promettre un fonds de 100 milliards d’euros pour l’Ukraine, y compris pour le soutien militaire.

Un montant comparable a été mentionné dans les discussions au sein de l’UE. Le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton a déclaré que c’était ce dont l’industrie de l’UE avait besoin pour se préparer à la guerre, et l’Estonie a jugé cette somme indispensable à la victoire de l’Ukraine.

Toutefois, la base sur laquelle est calculé ce chiffre n’est pas claire, selon deux personnes proches des discussions.

D’après Euractiv, l’OTAN a déjà fourni environ 100 milliards d’euros de soutien militaire depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

L’origine et la durée des nouveaux fonds doivent également être discutées à ce stade, de même que l’éventuelle inclusion de l’aide bilatérale dans cette somme.

L’OTAN ne dispose pas d’assez de ressources pour assumer une telle charge financière, ce qui signifie que le fonds devrait être basé sur les contributions des pays membres, suivant une répartition financière spécifique.

Cette proposition, selon des personnes au fait des discussions, aurait trois objectifs principaux.

Premièrement, préserver l’alliance occidentale de toute perturbation politique, plus précisément la « protéger de [Donald] Trump », c’est-à-dire d’un futur président américain réticent à soutenir Kiev, ou de tout autre changement politique majeur sur le continent européen, où les gouvernements penchent lentement vers la droite et remettent en question la poursuite de l’aide militaire, comme en Slovaquie et en Hongrie.

Deuxièmement, une somme aussi importante et un pôle de coopération institutionnalisé, plutôt qu’une base de travail ad hoc, pourraient rendre la fourniture de l’aide plus durable et servir de garantie à plus long terme.

Enfin, selon des personnes au fait des discussions, cette initiative rapprocherait l’Ukraine de l’adhésion à l’alliance militaire, promise par l’OTAN lors du sommet de Vilnius en juillet dernier, et répondrait à la fois aux besoins actuels et au modèle futur des forces armées ukrainiennes.

Dans la version actuelle de Ramstein, les réformes en Ukraine ne sont pas abordées, mais le fait d’associer les travaux de l’OTAN sur les livraisons d’aide militaire aux réformes attendues créerait un lien entre le soutien de l’OTAN et la voie de l’Ukraine vers l’adhésion.

Les planificateurs de l’OTAN auraient également une vue d’ensemble de la structure militaire ukrainienne à l’avenir et du type d’équipement dont elle aurait besoin pour s’adapter à ce modèle.

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[Édité par Anna Martino]

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