Kiev prête à des restrictions commerciales avec l’UE en échange d’une interdiction totale des importations russes

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Alors que les agriculteurs polonais continuent de manifester contre la libéralisation des échanges agricoles avec l’Ukraine, Kiev a déclaré mercredi qu’elle accepterait de nouvelles restrictions sur ses importations agricoles si l’UE interdisait tout échange commercial avec la Russie. [Przemyslaw Piatkowski/EPA-EFE]

L’Ukraine est prête à accepter des restrictions commerciales temporaires avec l’UE, si cette dernière impose une interdiction des importations de céréales russes, a déclaré le ministre ukrainien du commerce, Taras Kachka, au Financial Times.

Alors que les agriculteurs polonais continuent de manifester contre la libéralisation des échanges agricoles avec l’Ukraine, Kiev a déclaré mercredi (6 mars) qu’elle accepterait de nouvelles restrictions sur ses importations agricoles si l’UE interdisait tout échange commercial avec la Russie, via la Biélorussie et les pays baltes.

« Peut-être que pour une période transitoire, ce type d’approche de gestion des flux commerciaux entre l’Ukraine et l’UE est quelque chose dont nous avons tous besoin », a déclaré M. Kachka.

La colère des agriculteurs ne faiblit pas. Ils affirment que les produits alimentaires ukrainiens provoquent des perturbations massives sur le marché polonais, entraînant une baisse significative des prix. La Pologne applique déjà une interdiction unilatérale sur les importations de céréales ukrainiennes, mais les manifestants demandent que cette interdiction soit étendue à d’autres types de produits.

Cette demande est partagée par plusieurs partis politiques, en premier chef le parti du Premier ministre Donald Tusk, Plateforme civique, qui souhaite que l’embargo s’applique à la volaille, aux œufs, aux fruits surgelés, aux spiritueux, au miel et au jus de pomme.

« Nous [la Pologne] ne pouvons pas sacrifier notre économie au nom de l’aide à l’Ukraine », insiste le parti sur son site Internet, arguant que la plupart des denrées alimentaires en Ukraine sont produites par d’immenses exploitations agricoles, qui « n’ont pas grand-chose à voir avec les Ukrainiens en général et le sort des combats russo-ukrainiens sur le front de la guerre ».

« Kiev doit comprendre certaines réalités », a récemment déclaré à Euractiv Pologne Andrzej Danielak, de l’Union polonaise des éleveurs et producteurs de volaille. « La structure des exploitations agricoles de l’Union européenne est complètement différente de celle des exploitations ukrainiennes, le système de l’UE étant historiquement basé sur des exploitations familiales relativement petites. Ces exploitations sont généralement petites par rapport aux exploitations ukrainiennes. »

« L’Ukraine ne peut pas exiger un accès illimité aux marchés de l’UE, car cette agriculture à grande échelle détruira l’agriculture européenne », a ajouté M. Danielak.

L’Ukraine accuse la Russie

Kiev, en revanche, estime que la source du problème est différente. « Pour le blé, ce n’est pas l’Ukraine qui cause des problèmes aux agriculteurs polonais, c’est la Russie », a déclaré M. Kachka au Financial Times.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk est d’accord avec le ministre ukrainien sur la nécessité d’interdire les importations agricoles en provenance de Russie et de la Biélorussie. Il a déclaré qu’il prendrait des mesures, même s’il estime que des restrictions au niveau européen seraient beaucoup plus puissantes.

« Nous devons trouver une solution qui protégera efficacement les marchés polonais et européens contre une concurrence inégale », a déclaré M. Tusk.

Le Financial Times a souligné qu’une interdiction des importations de céréales russes à l’échelle de l’UE pourrait être difficile à mettre en place, plusieurs États membres craignant qu’une telle mesure ne déstabilise les marchés mondiaux.

L’Ukraine estime en outre que les manifestations des agriculteurs polonais sont provoquées par la Russie, une accusation reprise par le commissaire européen au Commerce, Valdis Dombrovskis. M. Kachka blâme Moscou pour l’attaque d’un train transportant des céréales ukrainiennes par des agriculteurs polonais le mois dernier. Le train s’était renversé en déversant sa cargaison.

Bien que certaines des bannières brandies par les agriculteurs polonais lors des manifestations aient été ouvertement anti-ukrainiennes ou même pro-Poutine, les agriculteurs ont généralement nié tout lien avec la Russie ou le Kremlin et ont insisté sur le fait qu’ils n’avaient aucun intérêt à l’escalade des tensions avec l’Ukraine.

Colère des agriculteurs : un ministre ukrainien appelle à écarter « préjugés » et « manipulations »

Pour désamorcer la colère agricole dans l’UE et face au raidissement de Varsovie, le vice-ministre ukrainien au Commerce Taras Kachka réclame dans un entretien avec l’AFP « un dialogue ouvert » pour démonter les « préjugés ».

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