L’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et l’Ukraine ont annoncé mardi (28 novembre) leur intention de boycotter la réunion ministérielle de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui se tiendra à Skopje cette semaine en raison de la présence du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
Cette décision fait notamment suite aux tentatives de la Russie et de la Biélorussie de bloquer la candidature de l’Estonie à la présidence de l’OSCE pour 2024, en raison desquelles un pays neutre, Malte, a été proposé en guise de compromis.
En effet, Moscou avait précédemment exigé qu’aucun pays de l’OTAN ne puisse assurer la présidence annuelle de l’organisation, ont indiqué des diplomates.
Dans une déclaration commune, les ministres letton, lituanien et estonien des Affaires étrangères, Krisjanis Karins, Gabrielius Landsbergis et Margus Tsahkna, ont indiqué qu’ils ne participeraient pas à la réunion ministérielle de l’OSCE, car la présence de M. Lavrov « risque de légitimer l’agresseur russe en tant que membre légitime de notre communauté de nations libres, de banaliser les crimes atroces commis par la Russie et de tolérer la violation et le mépris flagrants des principes fondamentaux et des engagements de l’OSCE par la Russie ».
« La Russie profitera de cette occasion pour diffuser sa propagande et saper l’unité de l’Occident », a soutenu M. Tsahkna.
« Le fait est que pendant que la réunion de l’OSCE se tient à Skopje, la machine de guerre russe attaque des Ukrainiens innocents et déporte des enfants sans sourciller […] L’Estonie ne peut pas s’asseoir à la même table que l’agresseur et porter la responsabilité des conséquences que la présence de M. Lavrov pourrait entraîner. Cela va à l’encontre de nos principes fondamentaux », a ajouté le ministre.
« La place de M. Lavrov est à un tribunal spécial, pas à la table de l’OSCE », a-t-il conclu.
« La guerre d’agression et les atrocités commises par la Russie contre son voisin souverain et pacifique, l’Ukraine, violent de manière flagrante le droit international, y compris la charte des Nations unies, et constituent une attaque contre l’OSCE et ses principes fondamentaux », ont déclaré les trois ministres dans leur déclaration.
Ils ont également déclaré qu’il était essentiel de mettre un terme à l’agression, de retirer les troupes russes des zones occupées, de procéder à des dédommagements pour les destructions subies et de demander aux criminels de rendre des comptes.
« L’OSCE a été conçue à l’origine pour construire la sécurité européenne, prévenir les conflits et préserver la paix. Or, la Russie, par ses actions illégales et atroces, a prouvé à maintes reprises qu’elle n’était pas une partenaire de l’Europe en matière de sécurité. En fait, l’Europe a aujourd’hui besoin d’une sécurité face [à la menace que représente] la Russie, plutôt qu’avec elle », ont-ils déclaré.
Tout en remerciant explicitement la présidence nord-macédonienne de l’OSCE « pour la priorité accordée à la question de la lutte contre l’agression russe contre l’Ukraine » durant son mandat, le ministère ukrainien des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué publié peu après celui des États baltes que sa délégation ne participerait pas non plus à la réunion ministérielle de l’OSCE.
« Le blocage de la candidature de l’Estonie à la présidence de l’OSCE en 2024 est un nouvel exemple des abus de la Russie », a noté le ministère, rappelant également que la Russie détient « illégalement trois fonctionnaires ukrainiens de l’OSCE depuis plus de 500 jours ».
« La Russie a créé une crise existentielle au sein de l’OSCE et a transformé l’Organisation en otage de ses caprices et de son agression », a-t-il ajouté.
« La présence de la délégation russe à la réunion ministérielle pour la première fois depuis le début de l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie ne fera qu’aggraver la crise dans laquelle la Russie a plongé l’OSCE », peut-on lire dans le communiqué.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]


