Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé mardi (2 avril) un texte de loi abaissant l’âge de la mobilisation militaire de 27 à 25 ans, ce qui devrait permettre de renforcer les capacités défensives de l’armée du pays face à la Russie, alors que le soutien des alliés de Kiev demeure insuffisant.
Approuvé en mai 2023 par les députés ukrainiens, le texte de loi a désormais reçu le feu vert de Volodymyr Zelensky, qui avait déclaré qu’il ne le signerait que si on lui donnait une raison suffisante pour le faire.
Les raisons qui ont poussé M. Zelensky à signer à ce moment précis sont incertaines, mais il convient de souligner que la Russie a intensifié ses attaques sur les infrastructures et les réseaux énergétiques ukrainiens ces dernières semaines et que les troupes ukrainiennes n’ont pas réussi à progresser sur le champ de bataille.
Dans ce contexte, Kiev a également déclaré son intention de poursuivre ses attaques contre des cibles en Russie, notamment des raffineries de pétrole.
La mobilisation est devenue une question controversée en Ukraine, la nécessité d’augmenter les effectifs étant contrebalancée par le risque de déstabiliser davantage l’économie et d’accroître les tensions sociales dans le pays.
Le choc initial de l’invasion russe étant dissipé depuis longtemps, Kiev fait face à une réduction significative du nombre de volontaires qui s’engagent, et de nombreux cas de désertion ont été signalés.
Le président ukrainien avait déclaré en décembre que les commandants de l’armée avaient demandé jusqu’à 500 000 personnes supplémentaires, un chiffre qu’il avait qualifié de « très important ».
La décision prise mardi élargit le nombre de civils que l’armée ukrainienne peut mobiliser pour combattre dans le cadre de la loi martiale, en vigueur depuis que la Russie a lancé son opération militaire spéciale en février 2022.
Parallèlement à cela, M. Zelensky a signé un deuxième texte de loi exigeant que les hommes dispensés du service militaire pour cause de handicap se soumettent à une nouvelle évaluation médicale, ainsi qu’un troisième texte visant à créer une base de données en ligne des personnes éligibles pour le service militaire.
Le parlement ukrainien discute également d’un autre projet de loi visant à renforcer les règles du service militaire.
La Russie prépare une nouvelle offensive
La décision d’abaisser l’âge de la mobilisation de deux ans intervient en prévision d’une offensive russe prévue en mai ou au début de l’été, alors que Kiev redouble d’efforts pour construire des fortifications de défense solides le long de la ligne de front.
Selon une nouvelle estimation, l’offensive russe pourrait viser la partie ouest de la région ukrainienne de Donetsk.
L’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW) estime que le commandement militaire russe pourrait considérer la zone proche de la ville d’Avdiïvka, une ville clé de la ligne de front dans la région de Donetsk, comme une nouvelle cible.
Les responsables ukrainiens ont prévenu que les forces russes accumulaient leurs effectifs sur plusieurs axes, mais selon l’ISW, Moscou ne pourrait probablement lancer une opération offensive concertée à grande échelle que dans une seule direction à la fois, en raison de limitations en termes d’effectifs et de planification militaire.
Une aide occidentale au compte-gouttes
Alors que la guerre se poursuit, l’Ukraine est également confrontée à un manque de munitions, aggravé par les retards des États-Unis et de l’Union européenne dans la livraison de l’aide militaire promise.
Le président démocrate Joe Biden a exhorté la Chambre des représentants des États-Unis, contrôlée par les républicains, à approuver un programme d’aide militaire et financière, mais le président de la Chambre, Mike Johnson, bloque la procédure depuis des mois, invoquant des priorités nationales.
« S’il n’y a pas de soutien américain, cela signifie que nous n’avons pas de défense aérienne, pas de missiles Patriot, pas de brouilleurs pour la guerre électronique, pas d’obus d’artillerie de 155 millimètres », a déclaré le président ukrainien lors d’un entretien accordé au Washington Post.
« Cela signifie que nous allons reculer, battre en retraite, étape par étape, par petits pas », a-t-il poursuivi.
« Nous essayons de trouver un moyen de ne pas reculer », a-t-il affirmé, ajoutant qu’en cas de recul, « les Russes pourraient s’attaquer aux grandes villes ».
De leur côté, les membres de l’OTAN envisagent de transférer la coordination des livraisons militaires à l’Ukraine et de créer un fonds de 100 milliards d’euros pour garantir un soutien à long terme en cas de changement politique important au sein de l’Alliance.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]


