Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé mercredi (28 février) aux pays des Balkans occidentaux de commencer à produire des équipements militaires pour aider son pays à combattre la Russie, alors que l’UE et les États-Unis peinent toujours à fournir de l’aide militaire et financière dont Kiev a tant besoin.
Volodymyr Zelensky était présent au sommet entre l’Ukraine et l’Europe du Sud-Est organisé à Tirana par le Premier ministre albanais Edi Rama, aux côtés de 10 autres dirigeants ou représentants de haut niveau, dont la présidente du Kosovo, Vjosa Osmani, et le président serbe, Aleksandar Vučić.
Tout comme lors du sommet de Paris lundi (26 février), M. Zelensky a tenu à parler de défense, déclarant lors d’une conférence de presse que malgré des partenariats avec quelque 500 entreprises de défense, cela ne suffit pas à vaincre l’armée de Vladimir Poutine.
« Nous constatons un problème d’approvisionnement en munitions qui a des effets sur le champ de bataille. C’est pourquoi nous sommes intéressés par la coproduction de munitions avec vous et nos partenaires », a déclaré le président ukrainien mercredi.
« Je propose un forum commun pour l’industrie de la défense entre l’Ukraine et les Balkans. »
Une telle initiative permettrait de trouver des moyens de coopérer en matière de production de défense avec des partenaires régionaux et de renforcer les livraisons de munitions dont l’Ukraine a tant besoin, dans un contexte où l’UE peine à tenir ses propres engagements.
La Serbie, le plus grand pays des Balkans occidentaux, possède le secteur de la défense le plus important de la région et, en 2021, elle a exporté pour quelque 1,2 milliard de dollars d’armes et d’équipements militaires et abrite également plusieurs établissements d’enseignement en ingénierie d’équipements militaires.
Mais alors que le pays a condamné la guerre russe en Ukraine et que M. Vučić a accueilli chaleureusement M. Zelensky à Tirana, Belgrade continue de refuser d’aligner sa politique étrangère à l’égard de la Russie sur celle de l’Union européenne. Elle n’a pas rejoint le régime de sanctions imposé par l’UE et continue d’entretenir des liens commerciaux et politiques avec Moscou.
M. Vučić n’a pas encore réagi à la demande formulée par M. Zelensky mercredi.
Un document confidentiel du Pentagone, divulgué en avril dernier, laissait entendre que la Serbie avait accepté de fournir des armes à Kiev ou les avait déjà envoyées, tout en gardant publiquement ses distances. Des affirmations démenties par M. Vučić.
Finies les excuses
Lors d’un entretien avec Euractiv à la veille du sommet, M. Rama a confié que les Balkans occidentaux étaient cruciaux pour l’UE, car ils garantiront sa sécurité. Il a également affirmé qu’il était temps pour la région de faire un pas en avant, en dépit des « excuses » et des « contraintes » provenant des « plus grands et des plus riches ».
Son commentaire faisait écho à une question portant sur les problèmes rencontrés par l’UE en matière de veto, qui l’empêche de se mettre rapidement d’accord sur des paquets de financement, et la lenteur de l’assistance militaire, mais également au blocage des fonds par le Congrès des États-Unis.
Edi Rama a réitéré ses déclarations mercredi, affirmant que l’existence de l’Union européenne et de ses États membres était menacée en cette troisième année de guerre en Ukraine.
« L’ordre fondé sur des règles est remis en question parce que les relations de pouvoir se sont transformées en luttes de pouvoir. Nous ne devons pas laisser la Russie gagner et l’Ukraine perdre, car c’est l’existence même de l’UE qui serait en jeu », a déclaré M. Rama.
« La déclaration commune que nous avons signée aujourd’hui pour soutenir l’intégration euroatlantique de l’Ukraine renforcera encore nos relations et notre détermination à soutenir l’Ukraine », a affirmé M. Rama, réfutant l’idée que les six pays de sa région candidats à l’adhésion à l’UE se sentaient menacés par le fait que l’attention portée à l’Ukraine pourrait entraver davantage leur propre progression.
« Nous méritons d’être membres »
M. Zelensky a également exprimé sa gratitude pour l’organisation de l’évènement à Tirana, faisant un clin d’œil au sujet de l’élargissement et déclarant : « J’apprécie grandement l’hospitalité et l’opportunité de discuter de la manière dont nous pouvons renforcer nos pays, car nous savons tous que la voie que l’Europe suivra pendant des générations est déterminée aujourd’hui. »
À propos de Vladimir Poutine, il a déclaré qu’il était « important pour nos États libres que le régime de [M.] Poutine perde du terrain ».
Il a ajouté que tous les pays européens qui respectent les principes de l’Europe et souhaitent devenir membres de sa communauté méritent d’en être membres à part entière.
« Nous méritons tous de faire partie des communautés européennes et euroatlantiques », a-t-il souligné.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




