Une opération de soutien de l’OTAN en Ukraine n’irait pas à l’encontre du droit international, selon le président tchèque

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Le président tchèque, Petr Pavel. [EPA-EFE/MARTIN DIVISEK]

Les troupes de l’OTAN pourraient mener des activités de soutien sur le territoire ukrainien sans que cela ne constitue une atteinte au droit international, a déclaré le président tchèque Petr Pavel lors d’un entretien pour la télévision publique tchèque (Česká televize) vendredi (8 mars).

Les commentaires de M. Pavel sur la possibilité d’un soutien accru à l’Ukraine sont intervenus quelques jours après sa rencontre avec le président français Emmanuel Macron, qui a récemment fait allusion à l’envoi de troupes occidentales en Ukraine.

Selon M. Pavel, il convient de faire une distinction claire entre le déploiement de troupes de combat et l’implication éventuelle de troupes dans certaines activités de « soutien » à Kiev, ce que l’OTAN a déjà fait par le passé.

« Il faut se rappeler qu’après l’annexion de la Crimée et l’occupation d’une partie du Donbass, qui était un acte d’agression, bien qu’à une échelle beaucoup plus limitée qu’aujourd’hui, une mission de formation de l’OTAN opérait sur le territoire ukrainien, qui comptait à un moment donné plus de 15 pays et comptait environ 1 000 personnes », a noté Petr Pavel, ancien président du comité militaire de l’Alliance.

« Du point de vue du droit international et de la Charte des Nations unies, rien n’empêcherait les troupes des États membres de l’OTAN — ainsi que des civils, par exemple — de prêter main-forte à l’Ukraine », a affirmé le président.

Il n’a pas exclu une intervention future des troupes de l’OTAN pour soutenir directement l’Ukraine sur son territoire.

« Je ne rejetterais certainement pas un débat sur cette question. Si nous pouvions convenir avec les alliés que, par exemple, il serait beaucoup plus logique de transporter quelques dizaines d’instructeurs sur le territoire ukrainien et d’y former les soldats ukrainiens plutôt que de former les soldats ukrainiens sur le territoire des États membres de l’OTAN et de transporter des milliers de soldats vers, disons, la Pologne ou la République tchèque », a-t-il indiqué.

Le président tchèque a également souligné qu’après le début de l’invasion russe en Ukraine en février 2022, Moscou avait déclaré que tout pays apportant une aide quelconque à l’Ukraine serait une cible légitime.

Jeudi dernier (7 mars), Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a par ailleurs déclaré dans une vidéo diffusée sur Telegram qu’Emmanuel Macron augmentait « l’implication » de la France dans la guerre en Ukraine en n’évoquant la possibilité d’envoyer des troupes sur le terrain.

« Aujourd’hui, nous ne fournissons pas seulement des armes légères à l’Ukraine, nous lui fournissons des chars, nous pourrions même bientôt lui fournir des avions, nous lui fournissons des missiles de croisière à moyenne portée, et pourtant il n’y a pas eu d’attaque sur le territoire de l’OTAN. La Russie sait très bien qu’il s’agirait d’une violation du droit d’une bien plus grande ampleur que ses agissements actuels », a expliqué M. Pavel, ajoutant que la Russie est consciente de la puissance de l’OTAN.

Selon M. Pavel, les alliés occidentaux devraient avoir le courage de défendre leurs activités sur le plan juridique, « car aider à l’entraînement des troupes et à l’entretien des équipements dans un pays souverain ne relève pas du combat », a-t-il expliqué.

Le président tchèque a fait des commentaires similaires après avoir rencontré son homologue français, Emmanuel Macron, le 5 mars dernier.

Lors d’une conférence de presse, les deux dirigeants ont discuté de la nécessité de réfléchir à toutes les manières possibles d’aider Kiev, Petr Pavel indiquant que la formation des troupes ukrainiennes sur le terrain était l’une des options possibles.

« Même s’il y a une mission d’entraînement sur le territoire ukrainien, il ne s’agit pas d’une violation du droit international. Et c’est à nous de décider quelle forme d’assistance nous choisissons de fournir à l’Ukraine, tant que nous restons dans cette limite d’engagement non combattant », a déclaré le président tchèque.

M. Pavel s’avère donc être l’un des rares responsables politiques européens à soutenir la suggestion de M. Macron d’envoyer des troupes en Ukraine. Plusieurs dirigeants européens ont en effet rejeté les propos du président français concernant l’envoi de troupes occidentales en Ukraine.

Petr Pavel n’avait initialement pas soutenu la proposition du président français. Toutefois, s’il ne s’agit pas d’une action militaire, mais d’une action de soutien, tel que le décrit M. Pavel, le soutien des pays européens pourrait s’avérer plus réaliste.

Les dirigeants européens rejettent en bloc l’envoi de troupes en Ukraine

La possibilité évoquée par le président français Emmanuel Macron d’envoyer des troupes occidentales en Ukraine a été rejetée par plusieurs dirigeants européens, que ce soit en Allemagne, en Pologne ou encore en Espagne.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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